Au PS, entraver LFI à tout prix

De Glucksmann à Hollande, en passant par Faure, Guedj et Bouamrane, tous semblent poursuivre le même objectif : empêcher Jean-Luc Mélenchon d’accéder au second tour de la présidentielle.

François Hollande, le 29 août 2026. (AFP)
Par Jo Calathea
Publié le 10 septembre 2026
Temps de lecture : 4 minutes

De Glucksmann à Hollande, en passant par Faure, Guedj et Bouamrane, tous semblent poursuivre le même objectif : empêcher Jean-Luc Mélenchon d’accéder au second tour de la présidentielle. Un objectif loin d’être simple à atteindre quand on a soi-même contribué, au pouvoir ou en ouvrant la voie à Emmanuel Macron, à mettre en œuvre une politique de casse sociale que l’on prétend aujourd’hui vouloir combattre.

Et, en ce moment, c’est la valse des tacles dans le camp de la « gauche » anti-LFI. En pleine campagne pour la primaire, chacun y va de son commentaire pour tenter d’affaiblir ses adversaires. Ségolène Royal rappelle ainsi que Raphaël Glucksmann avait soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de 2007. Olivier Faure, lui, accuse François Hollande de se situer « au centre, voire à droite ».

Mais l’essentiel, c’est d’occuper le terrain médiatique pour tenter de masquer la dynamique autour de la France insoumise et les milliers de personnes qui se rassemblent autour des meetings de Mélenchon.

L’exercice est impossible. La campagne de la France insoumise bat son plein, rassemblant toutes celles et ceux qui veulent une rupture totale avec cette politique néfaste, celles et ceux qui ont applaudi à tout rompre lorsque Mélenchon a lancé aux Amfis cet été « qu’ils s’en aillent tous ! ».

Lors de la manifestation place Vendôme contre les violences sexuelles le 7 septembre, une scène très partagée sur les réseaux sociaux en est une illustration. Une syndicaliste enseignante interpelle vivement Raphaël Glucksmann : « Vous ne faites pas de bien à la gauche, barrez-vous ! Avec votre équipe de macronistes, vous vous présentez comme le candidat de la rupture, mais c’est pas possible ! ».

Et elle explique sa colère : « Je lui reproche d’être là, d’essayer de voler des voix de la gauche. Personne ne veut de lui ! Il n’a rien à faire là, il fait juste de la récup pour sa campagne ». Rappelons effectivement que Raphaël Glucksmann n’avait, avant cette manifestation, jamais participé aux mobilisations concernant l’affaire Lyhanna ou les violences sexuelles. On n’attendait pas autre chose de l’homme qui refuse toujours de parler de génocide du peuple palestinien et qui veut mener les Français à la guerre.

Les continuateurs de la politique de Macron

Quant à François Hollande, en déplacement à Châlons-en-Champagne, il vient de déclarer que la censure ne serait pas « la bonne attitude » à adopter face au gouvernement lors de l’examen du budget 2027. « L’intérêt du pays est de trouver un compromis » selon lui. De la part de l’inventeur de Macron et de l’artisan de l’accord entre le PS et Lecornu sur le dernier budget pour faire passer des dizaines de milliards de coupes budgétaires au profit des armées, on n’est pas surpris…

François Hollande souhaite d’ailleurs augmenter la TVA sociale, comme Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal et Édouard Philippe. Une mesure qu’Olivier Faure rejette sur le plateau d’Apolline de Malherbe : « Je ne me suis pas engagé au PS pour appliquer, quatorze ans après, le programme de François Fillon ».

Que propose Faure à part poursuivre la politique de Macron ?

Qu’a-t-il fait d’autre en refusant de voter la censure, en trouvant une porte de sortie au gouvernement pour faire passer son budget criminel et en étant à l’initiative d’une primaire qui accouchera au final d’un candidat de l’union de la gauche compatible avec les institutions contre la candidature de rupture portée par Jean-Luc Mélenchon ?

Cet objectif qu’ils partagent tous est pourtant loin de faire l’unanimité dans leur propre camp. Pierre Jouvet, secrétaire général du PS, se moque du « petit tour de piste » de François Hollande qui selon lui « prendra fin à Noël ». Le maire PS de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, a annoncé qu’il ne soutiendrait pas une candidature de François Hollande si ce dernier ne faisait pas un « mea culpa » sur la déchéance de nationalité1En 2015, lorsqu’il était président, François Hollande souhaitait réviser la Constitution pour étendre la déchéance de nationalité aux binationaux condamnés pour « terrorisme »..

Même situation au PCF. Partout, ceux qui cherchent à diviser les voix de la France insoumise pourraient bien, au bout du compte, contribuer à diviser ce qui reste de leur propre camp.

Fabien Roussel candidat !

À la présidentielle de 2022, Fabien Roussel avait fait 2,28 %. En 2026, 22 % des adhérents du PCF ont voté contre sa candidature et près de 6 % se sont abstenus. Pourtant, il a choisi d’annoncer qu’il était de nouveau candidat au journal de 20 heures de TF1 dimanche soir, à une heure de grande écoute, à quelques jours de la fête de l’Humanité organisé par le PCF où il y a fort à parier que, comme les années précédentes, le discours le plus suivi sera celui de Mélenchon. Le ridicule ne tue pas… mais chez les communistes cette candidature semble en agacer plus d’un. Comme Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine : « En annonçant sa candidature, Fabien Roussel pousse une stratégie d’isolement et d’échec jusqu’au bout. Il y a là un grave déni : celui de ne pas voir notre responsabilité historique face à la montée de l’extrême droite » (l’Opinion, 7 septembre).

Mais aussi Stéphane Peu, le président du groupe GDR à l’Assemblée nationale, où siègent les communistes : « La situation est différente de 2022 où Roussel voulait à tout prix se distinguer de Mélenchon. On a vu le résultat. L’aspiration à l’union de notre électorat est bien plus forte. Le sujet majeur va être le risque de l’accession de l’extrême droite au pouvoir et la capacité de la gauche à hisser un candidat au second tour. »

Nul doute que ce débat sera au cœurs des échanges militants dans quelques jours à la fête de l’Huma…