L‘Union européenne sacrifie les déserteurs

La décision de l’UE foule aux pieds la tradition démocratique du droit d’asile et du statut de réfugié.

Par Marguerite Leuwen
Publié le 11 septembre 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Alors que les États-Unis poursuivent les bombardements contre l’Iran et que l’État d’Israël bombarde massivement la bande de Gaza et le sud du Liban, Trump, « le faiseur de paix », envoie, son ami l’homme d’affaires, Steve Witkoff, et son gendre, Jared Kushner à Moscou et à Kiev.

On ne connaît pas le détail des propositions de « paix » américaine mais Trump a annoncé qu’il allait téléphoner après ces rencontres à Poutine et à Zelensky. Steve Witkoff a déclaré que la Russie et l’Ukraine devaient être prêtes à « accepter des compromis ». On sait que la position de Poutine pour signer un cessez-le-feu est que la totalité du Donbass soit sous le contrôle russe. On sait que Zelensky s’oppose à toute cession du territoire ukrainien et qu’il est partisan de la guerre jusqu’au bout pour récupérer ces territoires.

Les dirigeants de l’Union européenne (UE) poussent à l’escalade guerrière non seulement en déversant des milliards au régime oligarchique de Zelensky, mais également des armes. Macron et le Premier ministre britannique Burnham sont tombés d’accord pour aider l’Ukraine à fabriquer sur son territoire des missiles. Ils viennent donc de franchir un pas supplémentaire dans la cobelligérance de la guerre, s’inscrivant pleinement dans les forces combattantes contre la Russie.

C’est un secret de polichinelle : des conseillers militaires et des experts français, allemands, anglais… sont présents en Ukraine pour aider les forces ukrainiennes à bombarder la Russie. La précision des bombardements ukrainiens en profondeur du territoire russe est permise par les renseignements fournis par les satellites européens et américains.

Cet engagement des pays de l’UE satisfait totalement Trump qui veut aller encore plus loin. En effet, Donald Trump vient de déclarer que l’Europe doit rembourser l’aide américaine à l’Ukraine : « Des centaines de milliards de dollars ont été donnés gratuitement à l’Ukraine et à l’OTAN, somme que l’Europe aurait dû payer. Et nous allons réclamer cet argent. »

L’UE, afin d’aider à l’escalade guerrière, décide de refuser d’accueillir les déserteurs russes, et refuse d’accueillir les Ukrainiens qui n’ont pas rempli leur obligation militaire, et les menace d’expulsion. Selon l’état-major ukrainien, ce sont près de 300 000 Ukrainiens qui ont déserté et selon les associations russes de défense des droits de l’homme, ce sont 150 000 déserteurs en Russie.

À ces chiffres s’ajoutent des centaines de milliers d’Ukrainiens et de Russes qui ont fui leurs pays pour échapper à l’enrôlement dans l’armée.

La décision de l’UE foule aux pieds la tradition démocratique du droit d’asile et du statut de réfugié. On lira ci-contre comment la Suisse, pas « neutre » et réputée comme terre d’asile, décide de fermer ses frontières aux déserteurs.

La Suisse interdit aux déserteurs ukrainiens d’obtenir l’asile !

Depuis le 20 août 2026, la Suisse n’accueillera plus aucune personne en âge de servir en Ukraine qui ne se sera pas acquittée de ses obligations militaires. Le statut S destiné depuis bientôt cinq ans aux Ukrainiens et Ukrainiennes qui fuient la guerre ne permettra plus aux déserteurs de ce pays d’obtenir l’asile en Suisse.

Le Conseil fédéral a ainsi formalisé arbitrairement cette reprise de la décision de l’Union européenne entrée en vigueur le 31 juillet. Il fait ainsi écho à la loi martiale en vigueur en Ukraine, qui interdit aux hommes en âge de combattre de quitter le pays. Cela concerne les hommes âgés de 23 à 60 ans, ainsi que les femmes volontaires qui se seraient engagées dans l’armée ukrainienne.

Selon le journal Le Temps du 14 août, le secrétariat d’État aux migrations (SEM) a reçu, durant le premier semestre de cette année, 618 demandes de statut S de la part d’Ukrainiens en âge d’être mobilisés. Cela alors que le pays continue à compter ses morts. Durant la même période, les bombardements russes contre les civils et les centres urbains ont causé la mort de 1 396 personnes et blessé 7 978 autres.

À l’occasion de la conférence et du meeting contre la guerre des 19 et 20 juin à Londres, une campagne de soutien aux déserteurs russes et ukrainiens a été lancée. Nous vous invitons à contresigner leur appel.

Correspondant

« Voilà pourquoi j’ai signé l’appel en faveur des déserteurs russes et ukrainiens »

William Audoux, syndicaliste CGT à Renault-Cléon (76)

« J’ai signé l’appel en faveur des déserteurs russes et ukrainiens parce qu’évidemment, en tant qu’élu CGT Cléon, je soutiens parfaitement les jeunes et moins jeunes d’ailleurs qui décident de ne pas aller se faire massacrer pour les intérêts financiers et économiques d’une poignée de milliardaires.

Donc là je suis tout à fait en accord avec eux. D’autant plus que nous à Cléon, on va bientôt – même si ce n’est pas la direction qui nous le dit, parce que pour l’instant ils sont très silencieux – fabriquer des moteurs pour les drones militaires, donc fabriquer des armes de guerre. Ce n’est pas du tout notre vocation.

Nous, on a signé pour fabriquer des voitures pour la mobilité de la population, pas pour fabriquer des armes pour aller tuer je ne sais qui. Donc voilà pourquoi j’ai signé cet appel. »