Répression : où nous mènent-ils ?

Sous couvert de lutte contre le terrorisme, le gouvernement poursuit son entreprise de criminalisation de tous ceux qui refusent l’union nationale avec lui.

L’exécutif se rendant à l’Elysée à la demande de Macron, le 4 janvier.
Par Jo Calathea
Publié le 27 octobre 2023
Temps de lecture : 5 minutes

Interdiction de manifester ­­pour la paix, arrestation de syndicalistes qui affichent un soutien au peuple palestinien, pour ne prendre que les exemples les plus récents.

Et, parce qu’il faut inoculer les « valeurs de la République » dès le plus jeune âge, le ministre de l’Éducation continue de terroriser la jeunesse : on connaissait les interpellations en classe sous couvert de lutte contre le harcèlement, aujourd’hui le ministre Attal vient de décider, seul, que 183 élèves ne reprendraient pas les cours après les vacances d’octobre, parce qu’ils auraient perturbé l’hommage au professeur assassiné à Arras.

Le ministre s’arroge le droit de sanctionner ces mineurs en dehors de toute procédure réglementaire. C’est la déclinaison de la déclaration du président Macron qui annonçait en fin d’été : « L’école est devenue un sujet régalien. [Elle] fait partie du domaine réservé du président. »

Mettre au pas la jeunesse

Il leur faut à tout prix mettre au pas la jeunesse et, pour cela, Attal ne lésine pas sur les annonces : toutes les semaines une nouvelle mesure. La dernière en date : interviewé par France 2, il promet de « sortir des établissements » un millier de jeunes qui se seraient « radicalisés ». Marion Maréchal Le Pen approuve immédiatement en proposant « des solutions d’accueil dans des internats spécialisés, encadrés sur le plan militaire ». Non content de briser l’obligation scolaire, le gouvernement tente d’introduire l’obligation du service national universel (SNU).

Et que dire de Gérald Darmanin, qui accuse le footballeur Karim Benzema de compromission avec Les Frères musulmans parce qu’il n’a pas twitté au bon moment ? Ce gouvernement tente aujourd’hui de livrer à la vindicte toute une partie de la population.

Où mènent-ils toute la société ? Malgré cela, lundi 16 octobre, à l’occasion de l’hommage à leur collègue Dominique Bernard, nombreux sont les enseignants qui ont rappelé leurs revendications au gouvernement au lieu de lui emboîter le pas. Et les manifestations en soutien au peuple palestinien se tiennent partout, malgré les interdictions.

 

La militante palestinienne Mariam Abou Daqqa a failli être expulsée

Le 20 octobre, le tribunal administratif de Paris a suspendu l’arrêté d’expulsion de la militante palestinienne Mariam Abou Daqqa qui est arrivée légalement en France fin septembre pour y tenir des conférences.

Le juge des référés a estimé que « le ministère de l’Intérieur a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression et à la liberté d’aller et venir » de Mariam Abou Daqqa. « [Elle n’a] pas appelé à soutenir le Hamas, ni tenu de propos antisémites, ni commis d’agissements de provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence (…). » Son expulsion, ordonnée en urgence absolue, n’est donc « ni nécessaire, ni adaptée, ni proportionnée à la nature des troubles à l’ordre public que sa présence est susceptible d’entraîner », a ajouté le tribunal dans sa décision.

L’avocate de Mariam Abou Daqqa s’est exprimée dans la presse : « C’est une vraie victoire contre la criminalisation de tout soutien au peuple palestinien à laquelle nous assistons depuis quelques jours. »

Gérald Darmanin annonce déjà qu’il va faire appel…

SAVOIE : La préfecture interdit la manifestation pour présence d’individus « issus de la communauté musulmane »

Le 21 octobre, l’association France-Palestine a vu sa manifestation de « soutien de la Palestine et d’appel à la paix » interdite par la préfecture de Savoie, notamment sous ce scandaleux prétexte : « Considérant la présence lors [d’un précédent] rassemblement de nombreux membres issus de la communauté musulmane et d’individus liés à l’extrême gauche et ultra gauche ».

Le président de l’association a immédiatement réagi : « L’interdiction de la présence de la communauté musulmane, ça s’appelle de l’islamophobie d’État, puisqu’elle a été prononcée par un représentant de l’État, Monsieur le préfet. » De son côté, le sous-préfet d’Albertville se défend piteusement : « S’il y a une incompréhension, on en est désolé, c’est une erreur matérielle et ce n’est que ça. »

La manifestation se sera finalement déroulée sans encombre durant deux heures, les forces de l’ordre faisant le choix de ne pas empêcher le cortège de défiler dans les rues de Chambéry. Mais, au départ et à l’arrivée de la manifestation, une vingtaine de participants, principalement « issus de la communauté musulmane » ou suspectés tels, ont vu leur identité relevée et pourraient faire l’objet d’une amende de 135 € pour participation à une manifestation interdite…

TARN-ET-GARONNE : La préfecture qualifie la manifestation de soutien au peuple palestinien d’« atteinte à la dignité humaine »

Dans son arrêté d’interdiction d’une manifestation contre la guerre à Gaza organisée à Montauban le lundi 23 octobre par l’Association France-Palestine Solidarité 82, la CGT, Solidaires, le Parti communiste, La France insoumise et le NPA, la préfecture du Tarn-et-Garonne écrit : « La tenue d’une manifestation de soutien au peuple palestinien constitue, en elle-même, une atteinte à la dignité humaine et un trouble à l’ordre public. »

NORD : Deux syndicalistes CGT arrêtés pour un communiqué de soutien au peuple palestinien

Le 20 octobre, le secrétaire général de l’union départementale CGT du Nord (59) a été arrêté à l’aube à son domicile pour « apologie du terrorisme » et « incitation à la haine ». La secrétaire administrative a également été interpellée. Ils ont tous deux subi des heures de garde à vue afin de s’expliquer sur un communiqué de soutien au peuple palestinien, publié dix jours plus tôt, intitulé « La fin de l’occupation est la condition de la paix en Palestine » et qui appelait « à rejoindre la manifestation de soutien au peuple palestinien le jeudi 12 octobre, 18 h 30, place de la République à Lille »

Gérald Darmanin, police du tweet

À la suite du tweet de Karim Benzema, qui adressait « toutes [ses] prières pour les habitants de Gaza victimes une fois de plus de ces bombardements injustes qui n’épargnent ni femmes ni enfants », le ministre de l’Intérieur a accusé le footballeur d’entretenir « des liens notoires avec Les Frères musulmans ». N’ayant aucune preuve pour étayer son accusation, Gérald Darmanin a tenté d’argumenter sur BFMTV : « Si M. Benzema veut montrer sa bonne foi, qu’il est capable dans quelques minutes de montrer devant 20 millions de personnes qui le suivent qu’il pleure également la mort de ce professeur, je retirerai mes propos. »

Une polémique créée par le ministre de l’Intérieur pour désigner à la vindicte populaire une partie de la population. Opération ratée puisque même Édouard Philippe s’est fendu d’un commentaire appelant Darmanin à se consacrer à son job.

183 élèves exclus sur simple décision du ministre Attal

Gabriel Attal continue de mettre au ban de la société (et de l’école) les élèves qu’il juge ne pas être dignes de bénéficier des mêmes droits que les autres : ce sont 183 élèves qui, parce qu’ils ont perturbé l’hommage au professeur assassiné à Arras, ne reprendront pas les cours après les vacances. Une « mesure conservatoire » décidée de manière unilatérale par le ministre et annoncée le jour des vacances pour empêcher toute possibilité de recours.

Jusque-là, la procédure voulait que l’élève et sa famille soient entendus par l’établissement avant qu’une sanction soit décidée par le chef d’établissement, en lien avec l’équipe pédagogique.

1 000 jeunes que le ministre Attal veut « sortir » de l’école

Dans une interview à France 2 le 19 octobre, le ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal a indiqué vouloir « sortir des établissements » scolaires les élèves signalés pour des faits de « radicalisation ».

Le ministère de l’Intérieur compterait environ 1 000 mineurs fichés S mais, de l’aveu même de Gabriel Attal, « ils ne sont pas tous suivis parce qu’ils constitueraient un danger. Certains le sont parce que leurs parents, un oncle, une tante, ont été signalés. »
Et Attal : « Je vais travailler avec mon collègue de l’Intérieur et mon collègue de la Justice à des mesures qui nous permettent de les sortir de nos établissements scolaires. Le principe de protection que je veux appliquer à l’ensemble de nos élèves et de nos personnels fait qu’on doit trouver une autre solution que de les scolariser ».

Tout en continuant de supprimer des milliers de postes, le ministre de l’Éducation nationale ordonne de déscolariser des jeunes. Où va-t-on ?

À 15 ans, devoir choisir entre un patron ou l’armée

Fin septembre, le ministre Attal décidait de rendre obligatoire un stage de deux semaines au mois de juin pour tous les élèves de seconde.

Le projet d’arrêté qu’il vient de présenter prévoit que les élèves devront choisir entre un stage en entreprise ou le service national universel (SNU) ou encore une mission d’intérêt général du SNU. La « reconquête du mois de juin » consiste donc à se débarrasser de milliers d’élèves de 2 de… À 15 ans, au lieu de se consacrer uniquement à sa scolarité, il faudra donc trouver un stage en entreprise au mois de juin (et il ne faudra pas compter sur les enseignants déjà bien occupés par les épreuves du bac) ou se rabattre sur le SNU…

Beaucoup n’auront pas la chance d’avoir les relations nécessaires pour trouver un bon stage en entreprise. Pour ceux-là, ce sera levée de drapeau et éducation au patriotisme, encadrées par des militaires !