Gaza : un génocide très largement documenté et démontré

Plusieurs sites Internet, présentés par le journal israélien « Haaretz», ont accumulé une masse de preuves sur la réalité du génocide perpétré par Tsahal à Gaza, dont le documentaire NAZA, avec des témoignages de soldats israéliens, donne une illustration glaçante.

Par François Lazar
Publié le 17 octobre 2026
Temps de lecture : 4 minutes

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a demandé l’ouverture d’une enquête sur les soldats ayant participé au documentaire NAZA tandis que l’armée génocidaire israélienne affirme dans un communiqué que les réalisateurs présentent « une image déformée, trompeuse et malhonnête du processus de planification et de frappe de Tsahal ».

À noter qu’au lieu de la première accusation d’Israël selon laquelle le film était entièrement mensonger, Netanyahou vient de déclarer formellement que les soldats de NAZA « ont exposé des informations classifiées » et « ont violé la sécurité des informations dans une unité de renseignement sensible ». Il s’agit donc d’une confirmation.

La réalité du génocide à Gaza a été documentée bien au-delà du film de Yuval Abraham et Rachel Szor. Le journaliste israélien Nir Hasson rappelle dans Haaretz du 7 octobre qu’il existe de nombreux sites internet qui recensent les exactions et crimes de guerre de l’armée israélienne à Gaza.

Il cite notamment le site archivegenocide.com qui constitue avec plus de 200 000 vidéos en ligne « la plus grande collection de preuves contre Israël ». Le site, indique-t-il citant ses rédacteurs, contient « plus de 100 000 extraits vidéos provenant de médias, de réseaux sociaux, de drones, de civils, de médecins, de soldats israéliens et d’autres sources ».

Nir Hasson décrit dans son article les méthodes rigoureuses de vérification des rédacteurs du site. Il précise que « le site est actuellement accessible en 25 langues, dont l’hébreu. Il comprend des centaines de déclarations de responsables politiques israéliens appelant à commettre des crimes de guerre, un moteur de recherche permettant de relier des événements à des personnes, et désormais également le moteur d’intelligence artificielle Iris, qui maîtrise l’ensemble de la documentation provenant de Gaza, selon les éditeurs ».

Un autre site majeur est celui lancé par l’universitaire israélien Lee Mordechaï, intitulé Bearing witness Gaza (Témoignages sur Gaza).

« Le site compte 184 pages contenant plus de 21 000 références à des dizaines de milliers de sources, notamment des vidéos, des enquêtes journalistiques, des rapports d’organisations humanitaires et des publications sur les réseaux sociaux. »

Une historienne collaborant à ce projet, Liat Kozma citée par Nir Hasson, précise que « nous travaillons également presque exclusivement en hébreu et en anglais pour dire aux Israéliens : tout existe, et vous pouvez le savoir si vous le souhaitez (…)  L’objectif est que, lorsque quelqu’un s’y intéressera, le jour où la société israélienne aura le désir ou le courage de se regarder dans le miroir, que ce soit dans cinq ans, dans vingt ans ou dans cinquante ans, elle dispose des sources nécessaires. »

L’article de Haaretz nous explique qu’une « section est consacrée aux déclarations de hauts responsables israéliens appelant à commettre des crimes contre l’humanité à Gaza, depuis le ministre du Patrimoine Amichay Eliyahu, qui a déclaré qu’Israël devrait “attaquer les entrepôts alimentaires ; les Gazaouis doivent mourir de faim’’, en passant par la ministre de la Protection de l’environnement, Idit Silman, qui a appelé à vider Gaza de ses habitants, jusqu’au ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui a écrit en février 2025 sur X qu’Israël devait “détruire, démolir, éradiquer, effacer, écraser, fracasser, brûler, brutaliser, punir, dévaster, pulvériser. Détruire !” 1 500 autres déclarations sont en attente de classification, notamment celles de journalistes et de personnalités du monde culturel. “L’objectif est de brosser un tableau global du discours qui a rendu cela possible”, selon Lee Mordechaï ».

Le site Bearing Witness Gaza comprend une carte interactive, qui « indique l’emplacement de centaines d’attaques vérifiées par l’organisation britannique Airwars, considérée comme la référence absolue en matière de recoupement et de vérification des victimes civiles lors de frappes aériennes à travers le monde. Au cours des trois dernières années, l’organisation a recueilli 16 000 rapports faisant état d’attaques ayant entraîné des victimes civiles à Gaza. Parmi celles-ci, 1 586 attaques ont fait l’objet d’un recoupement et d’une vérification, la plupart mentionnant les noms des civils touchés, le lieu, la riposte de l’armée israélienne ainsi que des documents provenant du lieu des faits et des hôpitaux. »

Tandis que Netanyahou cherche à censurer le documentaire NAZA, alors que ses réalisateurs sont menacés de mort en Israël, les témoignages, vidéos, rapports – dont plusieurs émanant de structures de l’ONU – confirmant les témoignages des soldats qui y sont interviewés, se comptent en dizaines de milliers.

L’historien israélien Omer Bartov, spécialiste de l’histoire des génocides nous permet de comprendre le fondement de la rage des génocidaires israéliens contre ce documentaire.

Bartov note dans un article publié par le quotidien britannique The Guardian que « la plupart des informations que le film nous livre étaient déjà connues grâce aux enquêtes journalistiques publiées ces dernières années dans des médias tels que The Guardian, le magazine +972, Local Call et le New York Times. Mais entendre les témoignages des personnes mêmes qui ont fait fonctionner ce système sophistiqué de surveillance et de ciblage apporte un éclairage crucial. »

Bartov ajoute, concernant ce documentaire : « C’est un point de vue rarement mis en lumière : les agents des services de renseignement sont choisis pour leur capacité à garder des secrets, à rester à l’écart des regards du public, à se concentrer sur leurs missions et à maîtriser leurs émotions. Les combattants sur le terrain sont toujours plus visibles. Les hommes et les femmes silencieux qui dirigent les frappes depuis des salles obscures et climatisées retiennent peu l’attention. »

Après avoir rappelé que lors du procès de Nuremberg en 1945 « les accusés allemands ont fait valoir qu’ils n’avaient fait qu’obéir aux ordres », il affirme : « Nous devrions nous réjouir que ces 24 personnes aient pris la parole, même si elles reconnaissent avoir participé à la destruction de Gaza. Leurs témoignages offrent un éclairage unique sur la manière dont des individus ordinaires se retrouvent enrôlés dans une machine de mort. »

NAZA, qui est l’acronyme hébreu de « dommage collatéral » vient d’être projeté pendant deux jours dans quelques cinémas français, faisant salle comble à chaque fois. Il sera bientôt visible gratuitement sur internet selon la volonté des auteurs et des producteurs.