Allemagne : Volkswagen, 100 000 emplois devraient être supprimés dans le monde entier

Qu’en est-il de la revendication du syndicat IG Metall « Aucun emploi, aucun site ne doit être perdu » ?

Plus de 100 000 travailleurs de la métallurgie ont manifesté en Allemagne, le 21 septembre 2026. (AFP)
Par Gotthard Krupp
Publié le 12 octobre 2026
Temps de lecture : 4 minutes

Volkswagen a été fondée en 1937. (…) Avant même que la production civile ne soit véritablement lancée, avec le déclenchement de la guerre en 1939, la production a été réorientée vers l’armement. Volkswagen ne construisait pas de voitures civiles, mais des véhicules militaires, et même des fusées telles que la V1. (…) Après 1945, l’entreprise a été nationalisée et est devenue la propriété du Land de Basse-Saxe ; elle n’a été privatisée qu’en 1960, et à ce jour, le Land de Basse-Saxe détient une minorité de blocage de 20 %.

Aujourd’hui, 88 ans plus tard, non seulement des dizaines de milliers d’emplois doivent être supprimées rien qu’en Allemagne pour garantir la rentabilité, mais un « retour » à la production d’armement est également prévu. L’État de guerre se dessine.

Il s’agit là d’un défi historique pour le mouvement syndical allemand. Sous la pression de menaces de licenciements massifs et de fermetures d’usines, IG Metall, ainsi que son comité d’entreprise, ont accepté les plans de la direction de l’entreprise. (…) Dès 2024, les syndicats s’étaient mis d’accord avec le conseil d’administration sur la suppression d’environ 50 000 emplois d’ici à 2030, dont 35 000 en Allemagne. Au nom d’une « réduction des effectifs socialement acceptable », la direction d’IG Metall était prête à demander aux travailleurs d’accepter des concessions salariales, c’est-à-dire en échange de la promesse que cela permettrait de préserver tous les autres emplois. La question « Comment sauver les emplois ? » est toutefois remplacée par « Comment rendre les suppressions d’emplois aussi acceptables que possible sur le plan social ? ». En d’autres termes, pour des milliers de personnes, c’est la voie vers le chômage.

Un nouveau plan de 50 000 suppressions d’emplois supplémentaires

À peine deux ans plus tard, le 3 septembre 2026, le conseil de surveillance a adopté à l’unanimité un nouveau « Plan d’avenir 2030 ». 50 000 emplois supplémentaires doivent être supprimés, portant le total à 100 000, dont la moitié en Allemagne. La concession salariale n’a permis de sauver aucun emploi ! Fin 2025, le groupe Volkswagen comptait 284 032 salariés directement en Allemagne. À ce titre, Volkswagen est l’un des plus grands employeurs industriels du pays. Si 20 % des emplois doivent désormais disparaître rien qu’en Allemagne, il faut parler d’une attaque portée au cœur même de la production industrielle. Si l’on inclut les sous-traitants, ce sont 100 000 à 200 000 emplois supplémentaires qui sont concernés. Avec cette réduction, Volkswagen entend diminuer massivement sa capacité de production et porter sa marge d’exploitation à 9 % d’ici à 2030. Il s’agit donc avant tout d’une question de profit. La situation s’est aggravée pour l’industrie allemande, et donc pour Volkswagen, en raison des coûts énergétiques élevés résultant de la politique de guerre et des sanctions contre la Russie. Ceux-ci pèsent sur l’ensemble de la production industrielle en Allemagne.

Des milliers de salariés vont devoir céder leur place pour permettre à l’entreprise d’atteindre son objectif d’une marge sur le chiffre d’affaires de 9 %.

Selon IG Metall, Volkswagen n’a pour l’instant pas fourni de liste définitive précisant quels postes, sites et catégories de salariés seront effectivement concernés. (…) Toute cette situation exige une réaction de la part d’IG Metall : aucun emploi ne doit être perdu, nous voulons un avenir pour tous, et ces régions ont besoin d’un avenir. La lutte pour préserver les sites et tous les emplois doit être placée au cœur du combat. (…)

Le seul avenir : la production d’armement !

Enfin, il convient de se poser la question suivante : que pourront produire ces entreprises à l’avenir qui ait une portée sociale significative ? Il pourrait s’agir de nouvelles formes de mobilité, de bus, de véhicules utilitaires, de composants pour les transports publics, de technologies énergétiques, de systèmes de stockage, de robotique ou d’autres technologies d’avenir. Du côté du gouvernement, mais aussi de celui des investisseurs, le débat prend une direction complètement différente. Pour preuve, quelques jours seulement après la décision concernant Volkswagen, une reconversion vers la production d’armement a été décidée dans la soi-disant « ville de la paix » d’Osnabrück. Là-bas, la fin de la production automobile est déjà un fait accompli. Des rumeurs circulaient depuis longtemps selon lesquelles des chars et autres engins similaires seraient peut-être fabriqués sur ce site. Le 7 septembre, Volkswagen a conclu un contrat portant sur la vente de l’usine.

L’investisseur financier israélien Aurelius, dont le siège se trouve à Tel-Aviv, en Israël, va acquérir conjointement avec le Land de Basse-Saxe une participation majoritaire dans l’usine. Son premier partenaire majeur pour ce projet sera le fabricant d’armes israélien Rafael.

Ce dernier est connu pour être le fabricant du système de défense aérienne « Iron Dome ». À l’avenir, des composants destinés aux systèmes de défense aérienne de l’Allemagne et de l’Europe seront fabriqués sur place. Qui ne se souvient pas de la production des V1 chez Volkswagen pendant la dernière période d’économie de guerre ? Et tous les emplois seront-ils préservés ? Non, selon IG Metall, seuls 75 % des emplois seront maintenus : au lieu de 1 800, il y en aura dans un premier temps 1 400, puis 1 200 au final. IG Metall et le comité d’entreprise, ainsi que le gouvernement régional SPD/Verts, saluent cet accord comme un « grand succès ». Ce modèle est considéré en interne chez Volkswagen comme un exemple potentiel de la manière dont on peut trouver des utilisations industrielles alternatives pour d’autres sites menacés dont la production automobile est en voie de réduction.

C’est là le chemin qui mène à une économie de guerre qui dicte le rythme. Et nous devons nous demander si les 135 milliards d’euros destinés aux actifs corporels, ainsi qu’à la recherche et au développement, ne constituent pas avant tout des investissements dans l’économie de guerre. Cela ne peut avoir qu’un avenir funeste si le gouvernement poursuit ses préparatifs de guerre. Cela exige un État de guerre, un État qui garantisse les profits de l’industrie de l’armement, caractérisé par la destruction de tous les acquis sociaux et par l’hostilité envers les syndicats. Un syndicat ne doit pas céder face à une telle politique. Il en va de leur propre existence. La lutte pour préserver tous les emplois doit également être une lutte contre la voie empruntée par le gouvernement fédéral vers une économie de guerre.

Article paru dans le journal Soziale Politik & Demokratie, le 13 septembre