La situation à Gaza est « proche de l’heure la plus sombre de l’humanité »

C’est ainsi que l’Organisation mondiale de la santé qualifie ce qui se passe dans la bande de Gaza aujourd’hui. La rédaction d'Informations ouvrières a rassemblé les faits, déclarations entre le 29 novembre et le 5 décembre.

Bombardement de l’armée israélienne sur le sud de la bande de Gaza, le 1er décembre (Photo AFP).
Par la rédaction d'IO
Publié le 6 décembre 2023
Temps de lecture : 9 minutes
29 novembre

Le jour de l’anniversaire de la résolution 181 (29 novembre 1947) qui décida la partition de la Palestine, l’assemblée générale des Nations unies a adopté un document (non contraignant) qui appelle Israël à se retirer de tous les territoires occupés depuis 1967 et du plateau du Golan. 91 pays ont voté pour, dont la Russie, le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Arabie saoudite. 8 pays, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, ont voté contre. 62 pays se sont abstenus.

– L’armée israélienne a admis aujourd’hui avoir bombardé la bande de Gaza avec plus de 100 000 obus d’artillerie depuis le 7 octobre.

– Netanyahou : « Israël reprendra-t-il les combats ? Ma réponse est un oui sans équivoque. Il est impossible que nous ne reprenions pas le combat jusqu’au bout. C’est ma politique. »

– Le New York Times estime que plus le processus d’échange de prisonniers dure longtemps, plus « le dilemme auquel Israël est confronté est grand ».

– Les Palestiniens qui sont rentrés dans la ville de Gaza mardi pendant la trêve temporaire affirment que les destructions causées par Israël l’ont rendue « invivable ».

30 novembre

Les forces israéliennes ont kidnappé au moins dix mères du nord de Gaza alors qu’elles évacuaient vers le sud. Elles ont été torturées et isolées des autres détenues.

La presse israélienne rend compte de rapports indiquant que les forces militaires qui sont intervenues le 7 octobre ont utilisé des chars pour tuer des civils israéliens barricadés à l’intérieur des maisons avec leurs ravisseurs du Hamas, et des hélicoptères Apache pour tirer sur les combattants du Hamas et leurs captifs israéliens alors qu’ils retournaient à Gaza.

– Dans une interview accordée à la chaîne publique espagnole TVE, le Premier ministre Pedro Sanchez a déclaré : « Ce que nous voyons à Gaza n’est pas acceptable (…). Au vu des images que nous voyons et du nombre croissant d’enfants qui meurent, je doute sérieusement qu’Israël respecte le droit humanitaire international. »

– Plus de 1 300 artistes et personnalités culturelles britanniques ont signé une déclaration accusant les institutions artistiques des pays occidentaux de censurer la voix et la solidarité palestiniennes. La lettre a été signée par l’actrice Olivia Colman, lauréate d’un Oscar.

– Après avoir contraint les Palestiniens du nord de la bande de Gaza à fuir vers le sud, l’armée israélienne lance des tracts demandant aux habitants des villes du sud de se réfugier à Rafah, située à la frontière avec l’Égypte, et déclare que « la ville de Khan Younis est une zone de combat dangereuse ».

– Pour l’ancien ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman, « il n’y a pas d’innocents à Gaza ».

– Selon le Financial Times, Israël prévoit une campagne contre le Hamas qui s’étendra sur un an ou plus, la phase la plus intensive de l’offensive terrestre se poursuivant jusqu’au début de 2024. Les médias israéliens, qui relaient les déclarations des dirigeants militaires, annoncent « une guerre qui va durer très longtemps ».

1er décembre

Fin de la trêve d’une semaine qui a permis la libération de 110 otages, parmi lesquels 80 Israéliens ou binationaux, contre 240 Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes. Les bombardements ont repris.

Les établissements d’enseignement supérieur palestiniens, à l’initiative de l’université palestinienne Beir Zeit, lancent un appel à leurs collègues du monde entier : « Ne restez pas silencieux face au génocide israélien en cours (…). Nous, les établissements d’enseignement supérieur palestiniens soussignés de la Palestine occupée, nous unissons dans un appel à la justice, à l’humanité et à la fin de 75 ans de régime israélien d’oppression coloniale et d’apartheid (…). »  

« Israël a informé plusieurs États arabes qu’il souhaitait créer une zone tampon du côté palestinien de la frontière avec Gaza pour empêcher de futures attaques dans le cadre des propositions concernant l’enclave après la fin de la guerre, ont indiqué des sources égyptiennes et régionales. » (Reuters.)

Le sénateur démocrate Bernie Sanders a déclaré que « les États-Unis ne devraient pas être complices de la stratégie militaire qui a provoqué ces destructions dans la bande de Gaza (…). Le meurtre de près de 15 000 civils palestiniens depuis le début de la guerre est inacceptable. »

– Le Wall Street Journal citant des responsables américains : nous avons fourni à Israël 100 bombes anti-bunker BLU-109, pesant chacune 1 000 kg, environ 15 000 bombes et 57 000 obus d’artillerie.

– Le New York Times révèle, après une enquête approfondie, qu’Israël connaissait le plan d’attaque du Hamas depuis plus d’un an. Le journal cite un document de 40 pages, baptisé « Mur de Jéricho », dont l’écho est très important dans la presse israélienne.

2 décembre

Le président brésilien Lula a indiqué que les États-Unis pouvaient faire arrêter les bombardements à Gaza depuis des semaines s’ils le voulaient.

L’ancien procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo, a déclaré que le siège d’Israël sur Gaza est un génocide et que de nombreux responsables israéliens ont exprimé des intentions génocidaires. Au même moment, l’armée israélienne annonçait : « Durant la nuit, nous avons attaqué plus de 400 cibles à Gaza, dont plus de 50 dans la région de Khan Yunis. »

– Le porte-parole officiel du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), James Elder, qui a refusé de quitter la bande de Gaza malgré la reprise des bombardements, a déclaré : « C’est une guerre contre les enfants. L’hôpital devant lequel je me trouve fonctionne à 200 % de sa capacité. »

– Un article documenté publié sur le site de l’organisation pacifiste israélienne +972 explique que les opérations militaires israéliennes sont toutes préparées et coordonnées : « Lorsqu’une petite fille âgée de 3 ans est tuée dans une maison à Gaza, c’est parce que quelqu’un dans l’armée a décidé que c’était un bon contrat pour elle de se faire tuer – que c’est le prix important à payer pour toucher [une autre] cible. Nous ne sommes pas le Hamas. Il n’y a pas de roquettes à trajectoire aléatoire. Tout est intentionnel. Nous savons exactement combien de dommages collatéraux il y a dans chaque habitation. »

– Selon le quotidien Israel Hayom, Netanyahou a demandé à son ministre de la Planification stratégique d’élaborer un plan pour le « jour d’après » à Gaza et, si nécessaire, qui « permette une fuite massive [des Palestiniens] vers les pays européens et africains » en ouvrant des routes maritimes hors de la bande. Le journal précise que le « plan visera à contourner l’opposition attendue des États-Unis et de l’Égypte. À moins que l’Égypte ne commence à tirer sur les Palestiniens qui entrent dans le pays, la “résistance déterminée” du Caire peut être surmontée. »

– Le coordinateur des secours de l’Onu, Martin Griffiths, a déclaré : « Près de deux mois de combats, les enfants, les femmes et les hommes de Gaza sont tous terrifiés. Ils n’ont nulle part où aller en sécurité et très peu pour survivre. Ils vivent entourés de maladie, de destruction et de mort. »

– Selon le ministère de la Santé de Gaza, « plus de 800 000 Palestiniens sont bloqués dans le nord de la bande de Gaza, sans accès à la nourriture ni aux médicaments ».

3 décembre

– L’armée israélienne détruit systématiquement les puits d’eau dans le nord de la bande de Gaza.

– Le directeur général du bureau d’information du gouvernement à Gaza informe que plus de 700 personnes ont été tuées à Gaza au cours des dernières vingt-quatre heures.

Le scientifique palestinien Sufyan Tayeh et sa famille ont été tués par une frappe aérienne israélienne. Tayeh, qui était président de l’université islamique de Gaza, était un chercheur de premier plan en physique et en mathématiques appliquées. Le syndicat FO ESR de l’Hérault a publié un communiqué informant de la tenue d’un rassemblement à la fac de sciences Triolet de Montpellier pour lui rendre hommage jeudi 7 décembre à 12 h 15. « Toucher à un scientifique, c’est toucher à toute la communauté scientifique (…). Tout cela doit s’arrêter. »

– Les bombardements israéliens sur le camp de réfugiés de Jabalyia à Gaza ont tué au moins 100 personnes, dont de nombreux enfants.

Le taux de pauvreté à Gaza devrait atteindre plus de 90 %, selon le directeur du bureau central des statistiques à Gaza. Au moins 147 000 personnes ont cessé de travailler et environ 56 000 entreprises ont fermé leurs portes et le chômage devrait atteindre environ 65 %.

Le Comité international de la Croix-Rouge a déclaré que les conditions actuelles à Gaza « ne permettent pas une réponse humanitaire significative (…). Un très grand nombre de civils ont été tués et mutilés, dont des milliers d’enfants. Des maisons, des hôpitaux et d’autres infrastructures essentielles à la survie de la population civile ont subi des destructions colossales. »

– Les violations israéliennes contre le système de santé ont entraîné la mort de 282 membres du personnel de santé ainsi que la destruction de 56 ambulances. L’occupation israélienne a complètement détruit 56 établissements de santé et évacué 20 hôpitaux et 46 centres de soins primaires. Les bombardements de l’occupation ont entraîné la destruction totale de 50 000 logements et partiellement de 250 000 autres.

– Selon Gideon Golber, directeur exécutif du port israélien d’Eilat : « Le port d’Eilat a commencé à se vider. Les voitures n’arrivent plus et nous perdrons le reste des navires. » Les coûts d’expédition ont augmenté de 300 %.

4 décembre

– Alors qu’un porte-parole de Tsahal indique que « l’armée étend son offensive terrestre à toutes les zones de la bande de Gaza », le journal Yediot Aharonot explique que « l’une des leçons tirées des huit premières semaines de combats est qu’il n’est pas facile de débarrasser Gaza des combattants du Hamas ».

– La présidente de la Croix-Rouge, Mirjana Spoljaric Egger, a déclaré : « Je suis arrivée à Gaza, où les souffrances des gens sont intolérables. Il est inacceptable que les civils n’aient aucun endroit sûr où aller à Gaza, et avec un siège militaire en place, il n’y a pas non plus de réponse humanitaire adéquate actuellement possible ».

L’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) a déclaré lundi que près de 1,9 million de personnes, soit 80 % de la population, ont été déplacées à Gaza depuis le début de la guerre. L’Unrwa précise : « Un nombre stupéfiant de 1,2 million de personnes est hébergé dans 156 installations de l’Unrwa réparties dans les cinq gouvernorats. »

5 décembre

– Le général de division à la retraite des forces israéliennes, Yitzhak Brick : « Tous nos missiles, munitions et avions proviennent des États-Unis. Nous ne pouvons pas mener cette guerre sans les États-Unis, même pour un certain temps. »

La situation à Gaza est « proche de l’heure la plus sombre de l’humanité », a averti l’Organisation mondiale de la santé mardi. « Beaucoup de gens sont désespérés et presque en état de choc permanent. »

Selon l’OMS, le nombre d’hôpitaux opérationnels à Gaza est passé de 36 à 18 en moins de 60 jours. Trois d’entre eux n’assurent que les premiers soins de base, tandis que les autres ne fournissent que des services partiels. Douze des dix-huit hôpitaux opérationnels se trouvent dans le sud de la bande de Gaza. Il reste 1 400 lits d’hôpitaux dans le territoire palestinien, mais l’OMS estime qu’il en faudrait 5 000.

Méningite, jaunisse, gale, poux, varicelle… Les humanitaires font état d’une forte augmentation des maladies. Selon l’OMS, 120 000 cas d’infections respiratoires aiguës ont par exemple été recensés, 86 000 cas de diarrhée, dont 44 000 chez les enfants de moins de 5 ans. L’absence de toilettes et d’eau potable ne fait qu’accroître les risques de maladies.

« Il est impossible » de ramener tous les otages a déclaré Benyamin Netanyahou, lors d’une réunion tendue avec les familles des otages détenus à Gaza.

Les forces israéliennes ont lancé une attaque dévastatrice contre la ville de Khan Younis, dans le sud de Gaza, au cours de l’une des journées les plus violentes depuis le lancement de l’offensive terrestre de l’armée.

Au Liban, l’ingérence de Macron pour couvrir les attaques d’Israël au phosphore blanc

Le quotidien libanais Al-Akhbar rapporte les tentatives d’ingérence française au Liban menée par l’envoyé spécial de Macron, Jean-Yves Le Drian, qui, au nom du « groupe des cinq nations sur le Liban », demande la prolongation du mandat de chef de l’armée du général Aoun, proche de Washington, dès le 1er janvier 2024. Al-Akhbar rappelle qu’une telle prolongation serait contraire à la Constitution libanaise et qu’il faudrait attendre un délai de six mois pour qu’Aoun soit éligible à la présidence.

L’armée israélienne procède à des largages réguliers de phosphore blanc sur le sud Liban. Ce produit rend l’air irrespirable, brûle la peau et les muqueuses et détruit la végétation, notamment les récoltes agricoles.

Dan Harel, chef d’état-major adjoint de l’armée israélienne et secrétaire du ministère de la Guerre, a déclaré que « nous devons faire voler des avions F35 à basse altitude au-dessus du ciel de Beyrouth et à très grande vitesse afin de briser toutes les fenêtres de leurs maisons par ce froid, afin qu’ils puissent voir ce qui les attend s’ils tentent une escalade dans le nord. » L’envoyé spécial français au Liban n’a pas émis la moindre condamnation des exactions israéliennes au sud Liban.

Le témoignage d’un prisonnier palestinien après sa libération

Ramzi al-Abbasi, un prisonnier palestinien libéré d’une prison israélienne, a décrit les conditions de vie dans les prisons dans une vidéo publiée le 28 novembre : « Nous n’avons pas vu la lumière du soleil depuis soixante jours. Nous avons eu soixante jours de passages à tabac, le matin, l’après-midi et le soir. Dans le Néguev, la prison abrite 3 000 Palestiniens et s’est transformée en cimetière. De nombreux prisonniers ont des os cassés, certains ont les mains ou la tête cassées (…). »

Il a appelé la Croix-Rouge à visiter les prisons et à constater par elle-même « les passages à tabac, les fractures et les agressions sexuelles, les violences verbales, le fait d’uriner sur le Coran, de dormir nus à même le sol, dans le froid, sans eau ni nourriture ».

Retour sur l’attaque du 7 octobre

Récits et faits non vérifiés ou inexacts

Une enquête présentée par le journal israélien Haaretz affirme que de nombreux crimes présumés commis par des Palestiniens le 7 octobre étaient basés sur des récits non vérifiés ou inexacts : « Le massacre du Hamas a donné lieu à la propagation d’histoires d’horreur, qui ne se sont pas toutes produites dans la réalité. La vérité est déjà assez dure. »

Haaretz précise que « Zaka, une organisation bénévole de recherche et de sauvetage qui a travaillé sur les lieux des attaques et a fourni des témoignages aux médias, a également déclaré que certains de ses membres avaient peut-être “mal interprété” ce qu’ils avaient vu ».

L’enquête indique que la semaine dernière, un journaliste israélien a partagé une interview avec un soldat qui affirmait que « des bébés et des enfants étaient pendus à la suite sur une corde à linge » le 7 octobre. Selon Haaretz, ces allégations étaient fausses.

Une autre fausse déclaration a été faite directement par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui a déclaré au président américain Joe Biden que les Palestiniens « attachaient des dizaines d’enfants » ensemble, pour les brûler et les exécuter. Haaretz note qu’il n’existe aucune preuve disponible suggérant que des groupes d’enfants ont été retrouvés morts à l’endroit décrit par Netanyahou.

Un QR code largué par Israël pour « prévenir » la population des bombardements !

Le journal Ouest-France rapporte que, vendredi, « l’État hébreu a largué par drones des tracts où figure un QR code qui permet depuis son téléphone d’accéder à une carte de Gaza, divisée en 2 300 petits carrés numérotés. À charge pour chaque Palestinien de savoir dans quel carré il se trouve et de l’évacuer, s’il est prévenu qu’il va être bombardé. Et tant pis s’il faut, pour voir la carte, un téléphone en état de marche, de l’électricité pour le charger et un accès à internet ».

Le journal cite un habitant de Rafah : « C’est la panique. Tout le monde veut venir à Rafah, mais c’est complètement saturé (…). Il n’y a plus de place à Rafah (…). Les gens dorment dans la rue (…). Quelle est l’étape suivante ? Que l’on passe la frontière pour se réfugier en Égypte ? Pour moi, c’est l’objectif d’Israël. Vider la bande de Gaza d’un maximum de Palestiniens. »