États-Unis : « Nous ne nous arrêterons pas avant que le peuple palestinien ne bénéficie de son droit à l’autodétermination »
Interview de Sara Katz (Jewish Voice for Peace), réalisée à Washington, le 9 juillet.
- Actualité internationale, Antisionisme, Etats-Unis

Sarah Katz est membre du bureau de la section de Jewish Voice for Peace de Washington et banlieue. Elle est permanente du local 500 du syndicat de services publics SEIU, et syndiquée au syndicat de journalistes News Guild de Washington et Baltimore.
Il y a eu de nombreuses manifestations en Europe contre le génocide du peuple palestinien. L’establishment français et les médias ont prétendu que les manifestants étaient antisémites. Comment cela se passe-t-il aux Etats-Unis ?
On est aujourd’hui devant le conseil de DC parce que nous avons entendu des membres de ce conseil laisser entendre de même que, si nous organisions et présentions une résolution pour le cessez-le-feu, ce serait antisémite. Je pense que c’est pour une part la crainte de cela qui a retenu ses partisans de soumettre une telle résolution au conseil. Jewish Voice for Peace affirme que ce n’est pas antisémite.
L’antisionisme n’a rien à voir avec l’antisémitisme. Il y a une forte communauté juive à Washington, religieuse et laïque : dans son ensemble, elle pense qu’il est fondamental que chacun bénéficie des droits humains, et que les Palestiniens aient droit à l’autodétermination. Nous essayons vraiment de contrer ce discours.
Quelle est l’audience de JVP aux Etats-Unis ?
On a 720 000 membres dans tout le pays. On a des sections dans 80 villes. A Washington, nous avons, je dirais, environ 2 000 membres soutenant notre section et engagés dans notre travail d’une manière ou d’une autre : construction de la communauté, organisation de manifestations, travail législatif… On a vu une nette hausse de l’organisation. JVP se construit depuis des décennies, mais on a vu un regain d’intérêt dans la communauté juive : des gens veulent nous rejoindre pour se trouver un foyer politique, où s’organiser avec d’autres sur la question palestinienne.
JVP a organisé de nombreuses manifestations, y compris dans le Congrès, ce qui a été une source d’inspiration en Europe, y compris pour la communauté juive et ses organisations. Est-ce que vous poursuivez ces manifestations aujourd’hui encore ?
Oui, et nous ne sommes pas près de nous arrêter. Aujourd’hui, évidemment, la principale question est celle du cessez-le-feu, mais JVP organisait des actions bien avant déjà. Nous ne nous arrêterons pas avant que le peuple palestinien ne bénéficie de son droit à l’autodétermination. Nous soutenons le mouvement BDS, pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions, et nous continuerons d’organiser des manifestations. Je pense que c’est très important pour nous à Washington de nous assurer de le faire.
Notre action d’aujourd’hui a été bloquée pour une part à cause du sommet de l’Otan. On n’arrêtera pas de manifester quand des pontes viennent visiter la ville, pour leur montrer que la communauté à Washington, et plus largement aux Etats-Unis, veut un cessez-le-feu et soutient la liberté pour les Palestiniens.
La manifestation d’aujourd’hui a également été organisée par des syndicats locaux et par la Coalition syndicale contre le génocide de Washington. Peux-tu nous expliquer ce qu’est cette coalition, et jusqu’où le mouvement syndical américain est allé dans le soutien au mouvement en défense du peuple palestinien contre le génocide ?
On a vu les syndicats, à l’échelle nationale, le temps qu’il leur a fallu pour réagir. Je pense que beaucoup n’ont pas réagi assez vite, mais depuis des mois, ils appellent à un cessez-le-feu. Et ces derniers mois, les gens à Washington veulent s’assurer de leur présence dans les manifestations devant le conseil de DC, pour que nos dirigeants sachent que le mouvement ouvrier veut un cessez-le-feu. On a fait un piquet il y a environ un mois, et la coalition syndicale pour le cessez-le-feu soutient cela ainsi que quelques autres syndicats. On a vu une augmentation énorme du nombre de syndicats soutenant spécifiquement l’action d’aujourd’hui. On voit des syndiqués qui s’organisent pour aider leurs directions à prendre des positions correctes sur ce sujet et à les affirmer plus publiquement.
