Palestine : « La solution à un seul état reste une nécessité »
Commentaire d'Awad Abdel Fattah (coordinateur de la Campagne pour un seul État démocratique) sur l'avenir de la libération palestinienne dans un contexte de désintégration, de guerre et de bouleversements régionaux.
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Article publié sur le site Arab48.com, le 13 avril 2026.

La solution à un seul État reste une nécessité, non pas parce qu’elle est sur le point de se concrétiser, mais parce qu’elle définit l’objectif pour lequel il faut lutter : une Palestine libérée, démocratique, fondée sur l’égalité, sans murs ni ghettos, sur les ruines du colonialisme et de la fragmentation…
Les déceptions ne s’arrêtent pas, et la folie meurtrière ne cesse pas. La région, le monde et ses peuples vivent dans un état d’absurdité et de terreur. Le prix à payer n’est pas seulement les pertes économiques, mais des rivières de sang et des vies fauchées sans limites ni retenues. Dans cet absurde, qui a permis à des personnes rebelles au comportement infantile de tenir la mèche qui menace le monde, comment les opprimés peuvent-ils préserver leur équilibre psychologique, penser à l’avenir et garder l’espoir d’une délivrance de cette absurdité répétée sous ses pires formes ? Qui aurait pu imaginer que le monde s’habituerait à l’effacement d’un groupe humain soumis à un siège brutal depuis vingt ans, qui fait partie d’un peuple spolié de sa patrie et dont la résistance à ce vol est réprimée avec une extrême brutalité depuis plus d’un siècle ? Et puis vient la guerre impérialiste contre l’Iran, qui ajoute un fardeau supplémentaire colossal sur le chemin des opprimés et de ceux qui luttent en leur nom. La Palestine est la première et principale victime politique de cette guerre d’agression, qui n’a pas réussi à imposer une solution décisive à Gaza et au Liban. Tout ce chaos extérieur, et la souffrance qu’il engendre, ne doit pas être une raison pour cesser de s’attacher à imaginer des issues politiques, mais au contraire une motivation pour renouveler l’engagement dans cette tâche. Imaginer une vision politique et un avenir différent n’est pas un luxe, mais un acte de résistance, l’expression d’un attachement à la vie.
La Palestine, qui a subi les formes d’agression les plus brutales depuis la Nakba de 1948 – incarnées aujourd’hui par le génocide à Gaza et l’annexion de facto et violente de la Cisjordanie –, n’est pas seulement marginalisée par la guerre contre l’Iran, mais elle est délibérément écartée du centre de l’attention mondiale par un processus organisé de recadrage politique. Cette guerre est présentée, par ses architectes sans scrupules, comme une question de prolifération nucléaire ou de défense de l’ordre international, alors qu’elle dissimule sa véritable fonction au sein d’une stratégie impérialiste plus large visant à redessiner la région et à consolider le régime israélien génocidaire en tant que puissance régionale dominante.
Ce cadrage n’est pas fortuit, mais constitue un processus idéologique nécessaire visant à dissocier l’agression illégale et brutale contre l’Iran de son lien organique avec la cause palestinienne, tout en faisant avancer un autre axe politique consistant à approfondir la normalisation entre le régime d’apartheid israélien et les régimes arabes autoritaires vaincus.
Ces opérations constituent ensemble une stratégie intégrée, dont l’objectif n’est pas seulement de redessiner la géographie politique, mais aussi d’enterrer le droit des Palestiniens à l’autodétermination par des moyens parmi les plus brutaux de l’histoire moderne.
En réalité, la Palestine est au coeur de cette confrontation. Le ministre de la Sécurité du régime d’apartheid, Yisraël Katz, a déclaré peu après le déclenchement de la guerre que le sort de Gaza serait déterminé par les résultats de l’agression contre l’Iran. Il ne s’agit pas là d’un simple discours politique, mais d’un aveu stratégique : la guerre contre l’Iran, ainsi que contre le Liban et d’autres pays arabes, est en partie une guerre contre l’avenir de la Palestine. De même, les déclarations de hauts responsables iraniens selon lesquelles cette confrontation dépasse la simple légitime défense pour englober l’engagement envers la cause palestinienne reflètent à quel point la Palestine est ancrée dans l’équilibre des pouvoirs régional.
Indépendamment des contradictions et des défauts du régime iranien, le fait qu’il soit constamment pris pour cible par la coalition américano-sioniste ne peut être dissocié de sa position politique vis-à-vis de la Palestine et de sa contestation de l’hégémonie américaine. Par conséquent, ce qui se passe n’est pas une série de conflits distincts, mais le théâtre d’un seul et même conflit en expansion, dans lequel la Palestine est une cible centrale et une ligne de fracture décisive. Laissez de côté ceux qui sont enlisés dans le marécage de l’interprétation sectaire et qui, objectivement, se rangent du côté des agresseurs.
Cette réalité impose une réévaluation radicale de la question palestinienne, non pas comme un conflit local limité, mais comme un élément central d’un affrontement régional et mondial plus large. Elle soulève également des questions pressantes quant aux perspectives stratégiques qui s’offrent aux élites et aux forces palestiniennes à un moment marqué par une profonde agitation et des guerres d’expansion ouvertes, qui ne cachent pas seulement des ambitions géopolitiques, mais aussi des prophéties ésotériques extrêmement dangereuses.
Depuis l’effondrement de l’illusion d’Oslo, les élites palestiniennes, aux côtés des militants critiques, mènent un débat de plus en plus intense sur la voie capable de restaurer l’unité nationale et de construire un consensus autour d’une vision et d’une stratégie. Il n’est pas clair si nous sommes dans les affres d’une naissance nouvelle, ou si nous sommes face à un noeud complexe dont le dénouement est encore loin d’être atteint. Néanmoins, deux voies principales se dessinent au sein des élites palestiniennes – toutes deux confrontées à des questions et des défis difficiles, notamment au lendemain du génocide, et aujourd’hui confrontées à de nouveaux défis graves engendrés par l’agression impérialiste contre l’Iran et les pays arabes.
La première voie est celle du projet d’un État démocratique unique, considéré comme un retour au projet de libération palestinien originel, par opposition aux solutions imposées de l’extérieur. La seconde recadre le conflit dans le concept d’apartheid, tout en adoptant un discours des droits de l’homme qui reporte la décision sur une solution politique globale à l’après-libération ou à l’effondrement du régime sioniste.
L’État démocratique unique comme horizon stratégique
La question de l’État démocratique unique est revenue au centre de la réflexion politique palestinienne après la répression brutale de la deuxième Intifada et l’effondrement de l’illusion de la « solution à deux États ». Cette proposition n’est plus une simple théorie, limitée à une élite restreinte d’activistes ou de militants enthousiastes, mais s’est élargie pour inclure de nouveaux segments d’intellectuels, de chercheurs et d’intellectuels palestiniens, ainsi qu’un nombre croissant de Juifs et d’étrangers, et les études et la littérature sérieuse sur cette voie s’accumulent. Ces personnes considèrent que le retour de l’idée d’un État unique est une réponse à une crise structurelle profonde, et sont convaincues qu’il s’agit de la solution la plus juste et la plus durable.
L’effondrement du modèle des deux États, la désagrégation du mouvement national palestinien et la guerre d’extermination contre Gaza ont imposé une révision globale de la stratégie et de la perspective politique. Cependant, aucun consensus ne s’est encore dégagé parmi les élites palestiniennes sur la manière d’avancer vers un nouveau projet national, similaire à celui qui s’était cristallisé lors de la reconstruction du mouvement national et de l’Organisation de libération après la Nakba – lorsque le programme du retour et de la libération a évolué vers la vision d’un État démocratique, laïc et unique.
Dans le même temps, l’agression américano-sioniste contre l’Iran, parallèlement à la guerre d’extermination contre Gaza et à l’agression de grande envergure contre le Liban, ajoute une nouvelle dimension régionale susceptible de redéfinir les conditions de la lutte palestinienne. Car les résultats de cette confrontation, qu’ils conduisent à l’affaiblissement ou au renforcement de l’Iran, auront un impact direct sur la possibilité, le calendrier et la trajectoire de tout projet politique en Palestine, y compris celui de l’État unique.
Il est clair que la Palestine, contrairement aux interprétations superficielles, se trouve au coeur de la guerre illégale et brutale contre l’Iran. L’Iran est en effet considéré par la coalition impérialiste comme un obstacle majeur à la liquidation de la cause palestinienne et à l’établissement d’une hégémonie coloniale israélienne totale sur la région.
Cette intervention part de l’idée que la solution d’un État démocratique unique n’est pas un état final figé, mais un horizon stratégique au sein d’un processus de libération dynamique, qui doit être réévalué et développé en permanence à la lumière des transformations régionales et mondiales.
L’État démocratique unique, fondé sur la fin du colonialisme et la réalisation de la justice, de l’égalité et d’une paix durable, fait désormais partie d’une lutte mondiale plus large pour un ordre international plus juste. Cela n’ignore pas pour autant la question éthique et existentielle douloureuse de la possibilité d’une coexistence entre un peuple autochtone colonisé et une société coloniale génocidaire au sein d’une seule entité politique fondée sur l’égalité.
Néanmoins, la plupart des partisans de cette thèse considèrent que son objectif principal est de libérer le peuple palestinien d’un régime colonial-apartheid violent, et de le remplacer par un système politique fondé sur l’égalité totale entre tous les individus, indépendamment de leur religion ou de leur origine ethnique.
En fin de compte, les Palestiniens ont besoin d’un État démocratique — ni un régime d’apartheid israélien, ni un régime arabe autoritaire et corrompu, ni un système tel que celui de la « province » de Ramallah. Une Palestine libérée, démocratique et décolonisée pourrait constituer un modèle culturel, ethnique et religieux diversifié dans la région.
Il n’y a pas de contradiction entre l’unité et la vision politique, mais bien une complémentarité et une unité
Une idée courante dans le discours palestinien est que se concentrer sur la solution politique finale pourrait détourner l’attention des priorités immédiates : l’unité, la résistance et la survie en Palestine
dans son ensemble, en particulier à Gaza, qui fait face à un risque d’extermination aux mains d’un régime sioniste de droite sauvage, religieux et messianique, et en Cisjordanie où le projet de colonisation s’étend et s’enracine avec une violence sans précédent, de manière ouverte et conjointe entre les colons et l’armée.
Selon cette thèse, les programmes politiques doivent être reportés à après la libération. Certains estiment qu’il suffit de se contenter de lutter contre l’apartheid, sans s’attaquer au cadre colonial plus large dont il est le produit, ou bien ils supposent que le démantèlement de la structure coloniale se fera automatiquement après la fin de l’apartheid. Cette approche a sa logique, qui réside dans la facilité avec laquelle le cadre de l’apartheid peut être promu au niveau international et juridique, en s’appuyant sur l’expérience sud-africaine, sans compter qu’elle représente un consensus palestinien qui évite d’avoir à se plonger dans les différentes solutions politiques et les divergences qu’elles impliquent. Bien sûr, le mouvement de boycott (BDS) joue un rôle important, considérable et historique. À mon avis, c’est l’entité la plus représentative des Palestiniens face à la fragmentation interne catastrophique. Le mouvement de boycott constitue une stratégie de lutte efficace, mais il ne se présente pas comme le leadership du mouvement national palestinien et n’est pas en mesure de sortir ce dernier de sa crise étouffante, bien qu’une grande partie de ses figures emblématiques et de ses militants de premier plan, tels que le Dr Omar Barghouti et le Dr Haidar Eid, adoptent la solution de l’État unique et ont même publié des ouvrages à ce sujet. Parmi les partisans de cette thèse figurent également des intellectuels palestiniens, tels qu’Edward Saïd et Azmi Bishara, qui réfléchissent à l’État unique depuis les années 1990.
Mais cette thèse, qui se contente d’un discours sur l’apartheid, repose sur une erreur manifeste.
Premièrement, l’apartheid est né d’un projet de colonisation, c’est-à-dire qu’il n’en est pas l’origine, et ce projet de remplacement n’est pas figé comme c’était le cas dans les anciennes puissances coloniales, mais il s’étend avec férocité et brutalité.
Deuxièmement, le régime sioniste est structurellement incapable de se réformer et structurellement incapable de coexister sur un pied d’égalité avec les Palestiniens, ce dont les partisans de ce discours sont conscients.
Troisièmement, l’expérience historique montre que la clarté de la vision politique n’est pas un obstacle, mais une condition essentielle à une mobilisation efficace. Une vision juste et claire renforce la cohésion interne, élargit les alliances internationales, confère une légitimité morale à la lutte et rassemble les gens autour d’un objectif commun. Elle sort les gens de l’ambiguïté et apporte de la clarté, tant sur l’objectif final que sur la voie à suivre.
Dans le cas palestinien, la solution à un seul État offre un cadre unificateur qui dépasse la désagrégation et la fragmentation, redéfinit la Palestine comme une seule entité politique et recadre le conflit comme une lutte contre le colonialisme de peuplement, l’apartheid et la fragmentation meurtrière, et non comme un conflit entre deux nationalités égales. Elle s’inscrit également dans la lignée des orientations éthiques des mouvements mondiaux qui adoptent les luttes intersectionnelles, en particulier avec le slogan « Une Palestine libre de la mer au fleuve » qui a dominé les manifestations de solidarité massives en Occident.
Cette proposition, celle d’un État unique, reflète le large consensus national qui s’est développé et a prévalu parmi les Palestiniens dans les années 1960 et 1970, lorsque le Conseil national palestinien a officiellement adopté la vision d’un État démocratique. Le programme « Retour et libération », puis la proposition d’un État laïc et démocratique en Palestine, ont contribué à unir le peuple sous la bannière de l’Organisation de libération de la Palestine et à renforcer ses relations avec les mouvements de libération mondiaux. Aucun des dirigeants du mouvement national ni des intellectuels de l’époque n’a avancé que la définition d’une solution politique constituait un obstacle à l’unité ou un frein à la mobilisation populaire autour de l’action de résistance, car ses résultats positifs étaient évidents, cette vision s’étant traduite en action sur le terrain.
Ainsi, l’adoption de la solution de l’État unique représente la renaissance d’une vision palestinienne authentique, face aux cadres imposés de l’extérieur tels que la « solution à deux États », division injuste.
Bien qu’il soit souvent qualifié d’utopie, il s’agit en réalité d’un projet de libération à long terme fondé sur le démantèlement des structures de domination et la construction d’une nouvelle société politique fondée sur l’égalité et la paix véritable.
Ce projet opère théoriquement à plusieurs niveaux :
– Structurel : démantèlement de l’apartheid et des privilèges coloniaux.
– Démographique : l’intégration des réfugiés et la redéfinition de la citoyenneté.
– Idéologique : le démantèlement du sionisme en tant que système de suprématie.
– Institutionnel : la construction d’un système démocratique inclusif.
La guerre contre l’Iran et la question palestinienne
La confrontation avec l’Iran constitue un facteur déterminant susceptible de redéfinir les options palestiniennes. On constate une prise de conscience croissante du fait que les puissances impérialistes sont enlisées dans cette guerre, tandis que l’Iran fait preuve de résilience dans ce qu’il considère comme une guerre d’existence. Dans le même temps, le peuple iranien, victime de massacres honteux, a le droit de vivre librement et démocratiquement, de façonner son avenir et la nature de son système, loin des ingérences colonialistes, racistes et de l’agression extérieure.
Premier scénario : l’échec de l’agression contre l’Iran, qui entraînerait :
– l’érosion de la dissuasion américano-israélienne ;
– une perte de confiance des régimes du Golfe dans la protection américaine et une réflexion sur la sortie de la dépendance ;
– le renforcement des forces opposées à la domination israélienne dans la région et dans le monde ;
– Une relance des efforts visant à faire revivre des blocs alternatifs tels que le « BRICS », susceptibles d’élargir l’espace d’action palestinien.
– L’élargissement de la marge de manoeuvre des mouvements de résistance et l’orientation vers un concept plus global de résistance à l’injustice, afin que la forme populaire et civile devienne la forme principale, après la conclusion probable que l’action militaire, ou la résistance armée, a joué son rôle et épuisé son énergie, dans un contexte de destruction et de tueries d’une ampleur sans précédent.
Dans ce contexte, la cause palestinienne pourrait acquérir une dimension stratégique, et le projet d’un État unique deviendrait plus réalisable à long terme.
Deuxième scénario : la réussite des objectifs de l’agression, scénario peu probable :
– Consolidation de la domination coloniale israélienne.
– Marginalisation de la cause palestinienne et aggravation de la désagrégation sociale et politique interne.
– Accélération de la normalisation et de la tyrannie dans le monde arabe.
Dans ce cas, le mouvement palestinien pourrait se retrouver confronté à un isolement encore plus profond. Cependant, renoncer au projet d’un seul État serait une erreur stratégique. Il faut le préserver comme horizon de libération et boussole morale.
La solution de l’État unique est-elle toujours d’actualité ?
Cette question se pose avec force dans le contexte de l’extermination. Comment coexister avec une société coloniale brutale qui pratique cette violence, voire s’en délecte ?
C’est une question pertinente, mais la réponse est : oui, mais à certaines conditions : le démantèlement du système meurtrier et la poursuite des criminels. Le peuple palestinien ne disparaîtra pas ; il a prouvé qu’il était impossible à effacer, malgré toutes les atrocités commises à son encontre.
La résistance de ce peuple et son attachement à la justice pourraient pousser certains secteurs de la société israélienne à prendre conscience de l’impossibilité de maintenir ce statu quo, et à se convaincre que cette société coloniale ne peut continuer à vivre sous la menace de l’épée, victime d’un lavage de cerveau et de la désinformation de la part de ses dirigeants.
En effet, certaines estimations au sein même de la société sioniste indiquent que si la question palestinienne n’est pas résolue, des générations palestiniennes plus radicales et plus assoiffées de vengeance verront le jour, et refuseront même la réconciliation. Mais une nouvelle vague de violence, encore plus brutale, n’affectera pas seulement le colon, mais imposera également un lourd tribut au peuple palestinien. La lutte, par nature, a un coût exorbitant pour les résistants, et il faut s’efforcer de le réduire autant que possible, en préservant le sang et les vies précieuses. C’est pourquoi l’État unique doit être compris comme un long parcours libérateur et humaniste, qui permette au peuple d’en supporter le coût, et qui soit flexible et fondé sur des valeurs universelles :
– Égalité et justice.
– La fin du colonialisme.
– L’unité de la terre, du peuple et de la cause.
Reconstruire le mouvement national palestinien

Le défi fondamental sur le plan interne : il réside dans la crise de la représentation, le rôle de l’Autorité palestinienne en tant qu’agent de l’occupation, et l’incapacité de l’opposition à construire une alternative. Pour reprendre les termes de Gramsci : « L’ancien est en train de mourir, et le nouveau n’est pas encore né. »
La reconstruction exige :
– La refonte d’institutions représentatives unificatrices par le biais d’élections au Conseil national palestinien.
– L’intégration de la population intérieure et de la diaspora au sein d’une seule instance politique représentative.
– La restauration du programme de libération global, et la mise en place d’un mécanisme ou d’une formule permettant à l’ensemble des formations palestiniennes de jouer leur rôle dans ce projet.
Le mécanisme ou la formule concernant le rôle des Palestiniens de 1948 pourrait s’avérer le plus complexe, nécessitant davantage de réflexion et d’efforts, compte tenu de l’intensification de l’agression israélienne à leur encontre, de la volonté de vider de tout sens ce qui reste de leur citoyenneté, et de la liberté d’action accordée aux criminels pour démanteler leur structure interne et les pousser à l’émigration.
Conclusion
Nous sommes conscients que ce qui est en jeu n’est pas simplement un projet politique, mais l’avenir de la Palestine, l’avenir et la vie de ses fils et de ses filles, ainsi que des générations à venir. Réimaginer un avenir libérateur, débarrassé du colonialisme et de l’apartheid, n’est pas un luxe, mais une nécessité morale et politique. La lutte contre la dépolitisation de la cause palestinienne et sa réduction à une question humanitaire gérée par des régimes voyous et des marchands, ainsi que le développement d’une conscience libératrice moderne, constituent une nécessité existentielle.
La solution à un seul État n’est pas une idée abstraite, mais une perspective stratégique nécessaire. Y renoncer reviendrait à perdre un appui stratégique dans la lutte, tout comme la proposer sans stratégie la viderait de son sens. Ce qu’il faut : une stratégie de résistance populaire à l’intérieur, et une lutte civile et de boycott à l’extérieur.
Le défi est clair : affronter un système régional en cours de reconfiguration contre la Palestine, et construire un mouvement national fort et cohérent capable de lui résister.
La solution de l’État unique reste une nécessité, non pas parce qu’elle est sur le point de se concrétiser, mais parce qu’elle définit l’objectif pour lequel il faut lutter : une Palestine libérée, démocratique, fondée sur l’égalité, sans murs ni ghettos, sur les ruines du colonialisme et de la fragmentation.
