Quand le député PS Jérôme Guedj recycle l’idée d’une « grande Sécu »…

Après avoir voté avec ses camarades députés le projet de loi délétère de financement de la Sécurité sociale du gouvernement Macron-Lecornu, Jérôme Guedj considère que le système actuel est « à bout de souffle ». Voyons ce qu’il propose…

(photo AFP).
Par Nicole Bernard
Publié le 19 avril 2026
Temps de lecture : 4 minutes

Le 26 mars, Jérôme Guedj, député PS, annonçait qu’il était candidat à l’élection présidentielle pour défendre le programme : « Jamais avec Mélenchon qui est antisémite ». Y a-t-il autre chose dans son programme ? Oui.

Il « se reconnaît dans la proposition de l’UFC-Que Choisir ? d’une Sécu intégrale » et défend « l’idée d’une grande Sécurité sociale avec des mutuelles intégrées ».

« Nous ne pouvons plus ignorer que le système actuel de financement de nos soins arrive à bout de souffle et pèse de plus en plus lourdement sur le portefeuille des usagers », dit-il. C’est le même député Guedj qui, avec le groupe PS, a voté le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026 préparé par Lecornu qui prévoit justement de « peser plus lourdement sur les usagers » en baissant l’indemnisation des arrêts de travail, et en distinguant dans les affections de longue durée celles qui ne seraient plus prises en charge à 100 %.

Que propose, donc, l’UFC-Que choisir ?

« Une prise en charge à 100 % des soins essentiels. »

– Les cotisations des assurances complémentaires seraient réorientées dans la Sécu.

Cette idée avait déjà été lancée, en 2021, par Olivier Véran, le ministre de la Santé de Macron qui s’appuyait sur les scénarios du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie1Des scénarios qui allaient du « bouclier sanitaire » définissant le reste à charge en fonction des revenus de l’assuré à la définition de 2 paniers de soins, un essentiel pour l’assurance maladie obligatoire l’autre, moins, pour l’assurance maladie supplémentaire qui ne porterait pas sur les mêmes soins..

Précisons d’abord une chose. S’agit-il que la Sécurité sociale rembourse tous les soins à 100 % comme cela aurait pu (et dû) être décidé en 1945 ?2Précisons, quand même, que le ticket modérateur, laissé à la charge de l’assuré pour le « responsabiliser », était de 20 % et était supprimé dans tous les cas de maladie grave ou coûteuse (notion supprimée) alors qu’il est aujourd’hui de 30 % sur les soins médicaux, 40 % sur les soins dentaires et les soins d’auxiliaires médicaux, et que s’y ajoutent les franchises et forfaits divers.

S’il s’agissait de cela (et, bien sûr, de la suppression des franchises et autres forfaits), on ne pourrait qu’être d’accord et engager une campagne commune.

Mais ce n’est pas cela que veut Jérôme Guedj qui a voté le PLFSS.

Une notion de « soins essentiels » définie par l’État, à l’opposé de la Sécu de 1945

Pour l’UFC-Que choisir ? et pour Jérôme Guedj, cette « grande Sécu » ne rembourse que « les soins essentiels ». Et qui décide des soins essentiels ? C’est l’État. L’outil de cette sélection pourrait même être l’actuelle CNAM.

Et les soins prétendument non essentiels ? Les assurés s’assureraient librement dans le privé. Par exemple : pour la CNAM, une mammographie devrait être remboursée tous les 3 ans. Et, dans l’intervalle, où peut apparaître brutalement une tumeur3D’où l’importance du suivi annuel par un(e) gynécologue médical(e).? L’assuré payera.

Qu’est-ce qu’on gagne alors ?

D’après Jérôme Guedj, on gagne que « les frais de gestion de la Sécurité sociale sont bien plus faibles que ceux des mutuelles » qu’il évalue à 22 milliards… 22 milliards, le déficit actuel de la Sécurité sociale. Quelle aubaine !

C’est ça, un programme de gauche ? Les frais de gestion de la Sécu sont bien plus faibles ? Parce que la Sécurité sociale ne fait pas de publicité contrairement aux mutuelles, d’accord.

Mais surtout parce qu’elle a supprimé des milliers d’emplois, supprimé des guichets, qu’elle laisse les assurés sans aide, qu’elle a fermé des caisses et paupérisé ses personnels !

Les salariés des mutuelles pourraient peut-être, au lieu d’être licenciés, rouvrir les guichets de la Sécurité sociale, recevoir les assurés, etc. ? Oui, mais alors, l’opération n’aurait plus d’intérêt financier !

Décidément, cette « grande Sécu » revient à opposer à la formule de 1945 – chacun perçoit selon ses besoins – une sélection des « soins essentiels » couverts par la Sécurité sociale, et, finalement une médecine à deux vitesses !

Précisons que d’autres propositions ont été faites pour cette « grande Sécu ».

La Cour des comptes a ainsi proposé de « repenser le champ des soins remboursés par l’assurance maladie en fonction du niveau de revenu des assurés ». En ajoutant : « Être remboursé à 100 % des médicaments quand on a des revenus supérieurs à la moyenne, est-ce vraiment indispensable ? »

On le voit : le but est, à chaque fois le même : rembourser l’essentiel en fonction des possibilités financières.

Et justement, quand la manne des mutuelles aura été utilisée, où trouver l’argent ?

Par le salaire socialisé (les cotisations) ? Vous n’y pensez pas ! N’est-il pas plutôt normal, dans cette logique-là, que les usagers financent par l’augmentation de la CSG ? Rappelons que c’est ce que proposait Lecornu dans son premier budget !

Arrêts maladie : le gouvernement veut un nouveau tour de vis

Le 9 avril, le gouvernement a présenté les grandes lignes d’un plan visant à restreindre les arrêts maladie. S’agit-il de revenir sur sa réforme des retraites, qui fait trimer deux ans de plus les salariés âgés, avec des conséquences inévitables sur leur santé ? Ou encore de revenir sur l’augmentation, à deux chiffres, des franchises médicales et autres forfaits hospitaliers, intervenue ces dernières semaines, qui restreignent davantage l’accès aux soins, entraînant l’aggravation de maladies non soignées à temps ? Bien évidemment non : ces augmentations, résultant de la loi de financement de la Sécurité sociale adoptée grâce aux voix du PS, doivent être maintenues et poursuivies. Le gouvernement attend des syndicats, dans le cadre de la conférence « travail, emploi, retraite » lancée en novembre dernier, qu’ils trouvent des « mesures d’économies » supplémentaires. Selon Le Figaro (10 avril), l’augmentation des jours de carence « pourrait faire son retour dans les discussions ». Le Medef applaudit. Nous y reviendrons. Y. L.

« Le dossier explosif de l’allocation sociale unique » (Le Parisien)

Quand un gouvernement de la Ve République parle de « simplification » en matière de droits sociaux, les travailleurs savent d’expérience qu’il vaut mieux se méfier et s’alerter ! Le Parisien (13 avril) rapporte que le gouvernement Macron-Lecornu entend ressortir un « vieux » projet visant à instituer une « allocation sociale unique » se substituant aux allocations logement (APL), au RSA et à la prime d’activité.

Le projet de loi pourrait être présenté le mois prochain au conseil des ministres. Cette allocation unifiée ferait « des gagnants… mais beaucoup de perdants », titre le journal. Des gagnants, c’est à voir, mais des perdants, assurément !

On lit dans Le Parisien : « Selon les calculs de la Dress, intégrés dans le projet de loi, près de 4 millions de bénéficiaires du RSA, de la prime d’activité et/ou des APL vont voir leur versement mensuel rogné. La perte mensuelle moyenne sera de 100 euros. » Nous y reviendrons également dans un prochain numéro.