Dans les prisons de l’ICE : témoignage d’une Brésilienne expulsée des États-Unis

Vivian, Brésilienne, a été arrêtée en août 2024 et est restée huit mois en détention sous la garde de l’ICE (la police de l’immigration des États-Unis), jusqu’à sa déportation. Nous publions des extraits de son interview parue dans le journal brésilien O Trabalho.

Dans une prison de l'ICE, en Floride. (AFP)
Par Interview
Publié le 17 avril 2026
Temps de lecture : 3 minutes
Vivian, Brésilienne, vivait aux États-Unis depuis 2019, avec une procédure de régularisation en cours d’approbation. Malgré cela, elle a été arrêtée en août 2024 et est restée huit mois en détention sous la garde de l’ICE (la police de l’immigration des États-Unis), jusqu’à sa déportation. Elle a participé à la journée continentale pour la défense du droit de migrer, en mars dernier. Nous publions des extraits de son interview parue dans le journal brésilien O Trabalho n° 959.

Même si cela est douloureux de parler de votre déportation, vous dites vouloir que tout le monde connaisse votre histoire et comprenne ce qui arrive aux immigrés dans ce pays. La parole est à vous.

Vivian : Revivre tout ce que j’ai traversé est douloureux, cela touche tout : le corps, l’esprit, la dignité. Mais j’ai choisi de parler parce que le silence protège le système, pas les personnes.

Ce qui arrive aux immigrés aux États-Unis, surtout dans les centres de détention, est très loin de ce qui est montré.

Les personnes sont traitées comme des numéros et, pendant huit mois, j’ai été le numéro A22 12 17 27.

Nous ne sommes pas considérés comme des êtres humains. Et je ne parle pas seulement pour moi, mais pour toutes les personnes qui étaient avec moi, qui ont souffert, qui ont été ignorées, qui n’ont pas eu de voix. J’ai vu des femmes subir toutes sortes d’abus, beaucoup d’entre elles fuyant la guerre, des régimes oppressifs, ou la violence au sein de leur propre foyer. Des femmes fortes, mais complètement vulnérables dans un système profondément violent.

Ce furent huit mois de torture. Nous avons été privées de nourriture, d’eau, de médicaments et, comme si cela ne suffisait pas, j’ai vu des femmes avec des os brisés à cause de la brutalité des gardiens. Revendiquer le moindre droit se transformait en « punition ». On nous plaçait dans des pièces sombres et isolées ou dans des « cellules » en verre, totalement nues, surveillées jour et nuit, comme un avertissement aux autres détenues de ne pas se plaindre.

Nous avons été privées de tant de choses et avons subi tant de brutalité dans les prisons contrôlées par l’ICE que nous pourrions parler uniquement de cela dans cette interview. Et si j’ai l’opportunité de raconter mon histoire, j’ai aussi la responsabilité de dénoncer ce qui ne va pas. Je pense que le changement n’existe que lorsque la vérité éclate. Donc oui, c’est douloureux, mais nécessaire ! (…)

Le gouvernement Lula a mis en place un service d’accueil pour les Brésiliens déportés, à l’aéroport de Confins (dans l’État de Minas Gerais). Comment s’est passé votre accueil ?

Après avoir quitté l’aéroport, je n’ai reçu aucun suivi. Aucun appel, aucune orientation, aucun soutien pour recommencer. J’ai cherché des organismes publics dans ma ville, mais je n’ai trouvé ni aide, ni informations claires. Tout ce que j’ai réussi à faire, je l’ai fait seule, avec beaucoup de difficulté, comme refaire mes documents. Et c’est très compliqué quand on arrive sans téléphone, sans argent et, souvent, sans réseau de soutien.

Sur le site du gouvernement, il existe de nombreuses informations sur l’aide disponible, mais en pratique, cela n’atteint pas ceux qui en ont vraiment besoin. Il existe un grand décalage entre ce qui est écrit et la réalité. L’accueil doit être continu, jusqu’à ce que la personne puisse se réinsérer dans la société et sur le marché du travail avec dignité. Car le retour n’est pas la fin, c’est souvent le début d’un autre défi.

Avant de conclure, pouvez-vous nous dire comment vous avez connu la Journée continentale ? Pensez-vous que c’était une initiative utile ?

J’ai découvert la journée continentale lors de la manifestation pour la journée internationale des femmes, qui dénonçait les violences faites aux femmes. C’est là que j’ai rencontré la conseillère Sandra Perpetuo, qui a écouté mon histoire et m’a invitée à participer à l’audience publique et à rejoindre le comité pour le droit de migrer. Je pense que c’est une initiative plus que pertinente.

Nous ne pouvons pas rester silencieux face à tant d’injustices. Nous devons nous renforcer en tant que peuple, nous unir pour faire face à un système qui produit souvent douleur, exclusion et inégalités. Des mouvements comme celui-ci sont essentiels pour donner de la visibilité, créer des réseaux et transformer la douleur en lutte et en changement réel.

J’espère sincèrement que davantage de pays rejoindront cette cause et que nous pourrons construire ensemble un monde où, malgré toute la technologie, nous ne perdrons pas notre essence. Nous ne sommes pas des machines, nous ne sommes pas faits de fer. Nous avons des sentiments, des droits, nous voulons de la dignité. Et comme je l’ai dit en réunion publique : aucun être humain n’est illégal.