Loi Yadan : La contestation enfle, la « majorité présidentielle » se fissure
Universitaires, magistrats, éditorialistes, journalistes et désormais une partie de la « majorité présidentielle » tirent la sonnette d’alarme, tandis que la pétition a dépassé 700 000 signatures, transformant l’indignation en véritable rapport de force politique.
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Sur le site de l’Union juive française pour la paix (UJFP), Étienne Balibar, professeur émérite à l’université Paris-Nanterre, frappe fort : « La loi Yadan, qui prétend protéger les Juifs contre de nouvelles formes d’antisémitisme, contribuerait, si elle était adoptée, à leur intensification ». Plus grave encore, elle « conduira à désigner tout citoyen juif de notre pays comme un représentant volontaire ou involontaire des politiques israéliennes ». Et Balibar d’asséner : « Bien loin d’universaliser la défense des Juifs et de garantir leurs droits égaux, elle les essentialise et les soumet de nouveau à l’emprise des vieux préjugés de l’antisémitisme historique ». L’accusation est frontale : loin de protéger, la loi essentialise, stigmatise et expose.
Dans l’Humanité, l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic dénonce une machine à arbitraire : « Ce sera de l’arbitraire (…). Je n’avais jamais vu ça. » Le magistrat attaque au cœur du dispositif : « Cette loi introduit la notion de provocation implicite au terrorisme. Il faudra être censeur de la pensée des autres. » Pour lui, il s’agit d’une attaque directe contre la liberté d’expression et d’une extension sans précédent d’un droit pénal déjà instable : « Le terrorisme est déjà la notion la plus floue du droit pénal français ».
La contestation déborde désormais largement les cercles habituels. De L’Express au Figaro, les critiques convergent autour de la défense des libertés fondamentales. Anne Rosencher, directrice de la rédaction de L’Express, alerte au nom de la « nécessaire défense de la liberté d’expression » : « Créer ce lien organique entre Israël et les Français juifs (…) me paraît une concession faite aux antisémites. » Elle enfonce le clou : « Non seulement la loi Yadan serait inefficace, mais elle attiserait en plus un sentiment de résistance clandestine. »
Le MoDem exige « son retrait de l’ordre du jour »
Même du côté de certains éditorialistes des groupes Bolloré et Dassault, le texte suscite l’inquiétude. Mathieu Bock-Côté, soutenu par Eugénie Bastié, dénonce dans Le Figaro « l’instauration d’un délit d’opinion » : on ne « se contentera plus de traîner devant les tribunaux des gens pour ce qu’ils ont dit, mais aussi pour ce qu’ils ont voulu dire sans l’avoir pourtant dit ».
Le signal politique le plus fort vient désormais de l’Assemblée. Après le groupe parlementaire socialiste, qui annonce voter contre malgré le maintien de François Hollande et Jérôme Guedj parmi les signataires du texte, le MoDem prend à son tour ses distances et évoque presque ouvertement son retrait : « Nous appellerions quasiment à son retrait de l’ordre du jour afin d’apaiser les choses et d’examiner le sujet plus en profondeur dans les mois à venir. »
Face à ces fissures au sein même de la majorité, Aurore Bergé, ministre chargée de la lutte contre les discriminations, choisit la fuite en avant et annonce sur LCI vouloir accélérer le calendrier : « On a décidé de l’inscrire en procédure accélérée (…). Il faut la voter et une application rapide. »
La majorité se fissure, la contestation s’élargit, et la loi Yadan apparaît plus que jamais comme un texte isolé, contesté et imposé à marche forcée.
« Députés, votez contre ! »Les unions régionales d’Île-de-France (URIF) FO et CGT appellent conjointement à se rassembler à proximité de l’Assemblée nationale, le jeudi 16 avril, pour exiger des députés qu’ils ne votent pas la loi Yadan (affiche ci-contre). On lira ci-dessous, le communiqué FO. « Depuis plus de deux ans notre union régionale Île-de-France Force ouvrière (URIF-FO) dénonce avec constance les massacres, le génocide dans la bande de Gaza, exige un cessez-le-feu immédiat, la levée du blocus organisé par le gouvernement israélien de Netanyahou. Pour chercher à empêcher la solidarité avec le peuple palestinien, le gouvernement Macron-Lecornu à travers une députée de la “majorité présidentielle”, Caroline Yadan, députée des Français de l’étranger, notamment d’Israël, va présenter ces jeudi et vendredi 16 & 17 avril un projet de loi “visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme”. Pour notre URIF FO, nous restons sur nos principes et valeurs en rejetant et condamnant toutes formes de racismes et rejet de l’autre, rien n’est à “renouveler”. Ce projet de loi ne fera qu’amplifier les interprétations pour punir les opinions qui ne seraient pas dans le cadre de la bien-pensance. (…) Pour l’URIF-FO, ce texte met gravement en cause la liberté d’opinion. L’interdiction de remise en cause d’un État, qu’elle vise à instaurer, constituerait un très grave précédent. Avec une telle loi s’opposer publiquement au régime de l’apartheid aurait constitué un délit. Par conséquent, l’URIF-FO rejette la tentative d’instaurer un délit d’opinion. Il forcerait à l’acceptation du génocide en cours. La partialité est confirmée par la rédaction de ce projet de loi qui ne condamne qu’à “lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme”. Ce projet de loi vise clairement à réprimer davantage le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien, à interdire toutes les recherches et expressions académiques sur Israël ou les Palestiniens et à faire taire toute voix exigeant l’arrêt du génocide en cours, donc le cessez-le-feu immédiat et permanent à Gaza, la levée du blocus, l’acheminement de l’aide humanitaire, la fin des relations diplomatiques avec le gouvernement de Netanyahou, comme l’a fait notre confédération à plusieurs reprises. Notre URIF-FO appelle les députés à voter contre ce projet de loi et invite toutes ces structures à se rassembler le premier jour de l’examen du texte le : jeudi 16 avril à partir de 12 heures à proximité de l’Assemble nationale. Par ailleurs, les camarades sont invités à signer la pétition contre le projet de loi Yadan qui a recueilli d’ores et déjà plus de 500 000 signatures. » |
