Cuba entre embargo et solidarité internationale
En mars dernier, plusieurs convois ont convergé vers La Havane (Cuba) afin de briser le blocus américain. Maurizio Coppola, coordinateur national de Potere al popolo (Italie), a participé à ce convoi et a écrit à ce sujet un article dont nous reproduisons ici des extraits.
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Des militants de Potere al popolo (Italie) sont partis mi-mars pour Cuba via le « Convoy Nuestra America » qui a amené des dizaines de tonnes d’aide humanitaire. « Notre convoi est politique car nous condamnons l’embargo des États-Unis qui existe depuis plus de 60 ans et a été renforcé le 29 juin par le Président Trump » indique Potere al popolo. « De la même manière, nous condamnons la complicité de l’Union Européenne et du gouvernement italien qui suit les directives de Trump. » Maurizio Coppola, coordinateur national de Potere al popolo, a participé à ce convoi et a écrit à ce sujet un article dont nous reproduisons ici des extraits. |
Les dernières attaques contre Cuba s’inscrivent dans le cadre d’une offensive impérialiste plus générale menée par les États-Unis sous le gouvernement Trump 2.0. Après le soi-disant « plan de paix » pour Gaza signé entre la Résistance palestinienne et l’État d’Israël en octobre 2025, le président américain a décidé d’« en finir » avec les révolutions anti-impérialistes de la seconde moitié du XXe siècle encore en vie : l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de la première combattante Cilia Flores le 3 janvier 2026, l’assassinat du Guide suprême du régime iranien Ali Khamenei le 28 février 2026 et la poursuite des bombardements contre l’Iran ainsi que la tentative d’étranglement de Cuba par un durcissement de la guerre économique – les interventions dans ces trois pays s’inscrivent dans un plan unique visant à consolider la domination américaine sur le monde. (…)
Un embargo qui touche les services de base
La pénurie de carburant met le pays à genoux. Ce sont surtout les services de base qui sont touchés, tels que la collecte et l’élimination des déchets, la conservation et la distribution des denrées alimentaires, l’approvisionnement en eau potable, les transports, ainsi que les systèmes de santé et d’éducation. Souvent, ces problèmes s’entremêlent et s’amplifient.
Par exemple, le manque d’essence pour les bus publics empêche les gens de se rendre à leur travail, à l’école ou à l’université ; les écoles ferment souvent à midi faute de nourriture pour les élèves (oui, dans les écoles cubaines, tout le monde a droit à un repas gratuit).
Cela a contraint le gouvernement à mettre en place l’enseignement à distance, mais aussi les professionnels de santé à réorganiser leurs horaires de travail. Il s’agit d’une « résistance créative » que Cuba avait déjà mise en pratique en 2020-2021 pendant la pandémie, alors qu’en pleine crise sanitaire mondiale et malgré la poursuite du blocus, l’île avait développé cinq prototypes de vaccin contre la Covid-19, dont trois ont ensuite été mis au point, ce qui a permis de vacciner 99 % de la population cubaine avec un médicament d’excellence produit localement et de limiter radicalement le nombre de décès. (…)
Épuiser le peuple cubain et son système de santé
En raison de la pénurie de carburant qui alimente le réseau électrique cubain, les hôpitaux et les dispensaires ont dû réduire considérablement leur activité.
Aucun établissement de santé n’a été fermé, mais alors qu’auparavant les hôpitaux ne connaissaient pas les listes d’attente, aujourd’hui près de 100 000 personnes, dont 11 000 enfants, attendent une intervention chirurgicale.
L’impact du blocus sur les médecins cubains est terrible : ceux-ci sont contraints de travailler dans des conditions où ils doivent décider de la vie ou de la mort des gens. Doivent-ils administrer un médicament à la personne la plus jeune, qui a toute la vie devant elle, ou à la personne la plus âgée, qui en a le plus besoin mais qui a moins de chances de s’en sortir ? Tels sont les dilemmes auxquels les médecins cubains sont confrontés aujourd’hui.
L’objectif numéro un des États-Unis est d’épuiser le peuple cubain. Et cet épuisement est alimenté par une guerre psychologique. Ces derniers jours encore, le gouvernement américain a accordé des autorisations pour la vente de pétrole à des particuliers, mais continue de bloquer la vente au gouvernement cubain. Le cas des transports illustre les effets pervers de cette mesure : alors que les bus publics et à très bas prix (autre acquis du socialisme cubain) restent à l’arrêt, les transports privés ont repris la circulation.
Les contradictions internes à Cuba
Les contradictions internes à Cuba existent et ne doivent pas être occultées. À commencer par la structure industrielle de l’île. Outre le secteur sanitaire et pharmaceutique d’excellence au niveau international qui subit le blocus américain (imaginez si Cuba pouvait produire et vendre sans restrictions ses propres produits de santé sur le marché mondial !), surtout à partir de 2015, pendant le second mandat d’Obama qui avait donné des signes d’ouverture envers Cuba, le gouvernement avait misé sur l’industrie touristique comme moteur économique, négligeant toutefois les autres secteurs cruciaux pour réduire la dépendance et la fragilité face aux chocs extérieurs (au premier rang desquels ceux liés aux énergies alternatives et à la production alimentaire et industrielle).
Mais en 2017, avec l’élection du premier gouvernement Trump, les investissements dans le tourisme se sont évaporés comme neige au soleil. Trump a durci la guerre économique contre l’île avec des mesures qui ont limité les voyages individuels et interdit les transactions commerciales avec les entreprises d’État.
