« Une victoire qui montre la force du sentiment des membres ordinaires des syndicats »

Suite à l’adoption par le congrès du congrès des syndicats britanniques (TUC) d’une motion en défense de la Palestine et pour la fin des livraisons d’armes, nous avons demandé son point de vue à Lindsey German, animatrice de Stop the War.

Par la rédaction d’IO
Publié le 22 septembre 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Pouvez-vous revenir sur ce qui s’est passé lors du congrès du TUC à propos de la Palestine ?

Lindsay German : Ce qui s’est passé, c’est que nous avons été assez surpris. Il y avait une résolution sur la Palestine au TUC que l’un des principaux syndicats, Unite, voulait amender au sujet des licences d’armement, ce qui l’aurait affaiblie. Mais en fait, la résolution a fini par être soutenue par l’ensemble du congrès. Ils ont dû modifier leur amendement et la résolution a été adoptée, ce qui représente un changement important pour le TUC.

Il y a eu ensuite une autre résolution qui visait à arrêter la propagation de la guerre au Moyen-Orient, les attaques contre le Liban, les attaques possibles contre l’Iran, etc. Il s’agissait donc de développements importants pour le TUC. Quiconque connaît un tant soit peu le TUC sait que cela ne signifie pas qu’il en résultera quoi que ce soit. Néanmoins, il s’agit d’une victoire significative qui montre la force du sentiment des membres ordinaires des syndicats et des membres du public.

L’ensemble des dirigeants syndicaux ont estimé qu’ils devaient soutenir cette initiative. Ils ont également entendu l’ambassadeur de Palestine en Grande-Bretagne, Hossam Zomlot, qui a parlé de nos manifestations et qui s’est adressé à l’ensemble du congrès. Il est évident qu’il leur a été plus difficile de s’y opposer. Nous avons donc considéré qu’il s’agissait d’une évolution très positive.

Keir Starmer a annoncé qu’il était favorable à l’autorisation d’utiliser des armes occidentales pour frapper la Russie en profondeur. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

L. G. : Je pense qu’il s’agit d’une escalade très dangereuse. Macron a déjà dit qu’il était prêt à envoyer des troupes françaises en Ukraine. Lorsque ces missiles Storm Shadow ont été envoyés en Ukraine en mai 2023, les Ukrainiens ont déclaré qu’ils ne seraient pas utilisés contre la Russie directement. Ils ne seront utilisés qu’en Ukraine. Aujourd’hui, ils disent qu’ils veulent les utiliser directement contre la Russie. Starmer s’est empressé de tomber d’accord avec cela tout de suite.

La seule hésitation, d’après ce que je vois, vient des États-Unis, où M. Biden craint que s’ils utilisent leurs propres missiles, cela n’entraîne une escalade beaucoup plus importante entre, évidemment, deux grandes superpuissances.

La Russie est une puissance nucléaire. Je pense donc que si vous regardez ce qui s’est passé à la Maison-Blanche, il est évident qu’ils ne veulent pas encore annoncer qu’ils vont le faire. Mais ils vont le faire parce qu’ils ne veulent pas que la Russie gagne la guerre.

Or, la Russie est en train de gagner la guerre. C’est un problème pour eux. C’est pourquoi Starmer l’a fait. Il s’agit d’une escalade dangereuse à laquelle nous devons nous opposer. Nous ne devrions
pas envoyer d’armes à l’Ukraine, à mon avis, et encore moins permettre à l’Ukraine d’entraîner tout le monde dans une guerre. Quoi que vous pensiez de la guerre en Ukraine, le gouvernement ukrainien n’a pas le droit de forcer les autres à entrer en guerre en son nom.

Keir Starmer a également annoncé une réforme du NHS. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?

L. G. : Il a dit qu’il fallait faire des choix très, très difficiles. Il ne cesse de dire cela à propos de tout. Ce qu’il veut dire, c’est qu’il veut continuer à couper, continuer l’austérité. Et dans le cas du NHS, il est certain qu’ils s’orientent vers une privatisation encore plus importante que ce n’est déjà le cas.

C’est une situation très dangereuse. Ils consacrent de plus en plus d’argent aux dépenses de défense et aux dépenses militaires. En même temps, ils ne veulent pas investir dans le NHS. Starmer était très impopulaire avant même son élection. Le gouvernement n’était pas populaire.

Le taux de participation a été très, très faible. Il a obtenu une proportion de voix bien inférieure à celle de Jeremy Corbyn. Depuis l’élection, deux mois plus tard, sa popularité a encore baissé parce que les gens n’aiment pas ce qu’il a fait pour les retraités qui ont perdu leur allocation de chauffage. Ils n’aiment pas ce qui arrive au NHS. Nous devons lier ces choses à la question de la guerre et de la paix.

Ils réduisent également les pensions ?

L. G. : En Grande-Bretagne, les pensions d’État sont très faibles. Elles sont parmi les plus basses en Europe. Les retraités reçoivent une allocation de chauffage qui est loin de couvrir le coût de leur chauffage hivernal. Je reçois 200 livres par an. Le maximum est de 300 livres par an, en fonction de l’âge et d’autres facteurs.

Ils sont en train d’abolir cette aide pour tous ceux qui ne sont pas au bas de l’échelle des revenus. Ainsi, si vous êtes juste au-dessus de ce seuil, comme ma sœur qui le dépasse de trois livres par semaine, elle n’y a pas droit.

De très nombreuses personnes n’ont pas les moyens de payer. Elles auront froid. Elles seront obligées de choisir entre chauffer leur maison ou acheter de la nourriture ou d’autres choses nécessaires et bien sûr, quand on est vieux, on a besoin de plus de chauffage. Beaucoup de personnes handicapées ont besoin d’encore plus de chauffage, c’est donc une situation catastrophique.

Ils viennent de le faire en Écosse également et en Écosse, le climat est bien pire que dans le sud de l’Angleterre. Les nationalistes écossais ont pris cette décision, mais ils ont suivi le gouvernement travailliste en cela.