Solidarité avec les prisonniers politiques et les déserteurs russes
La salle de la Bourse du travail de Paris, ce 19 janvier, a eu du mal à accueillir tous les participants, militants, syndicalistes, réfugiés russes. Beaucoup ont dû rester debout. Nous publions de brefs extraits des interventions, nous y reviendrons.
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Karine Clément, sociologue, a ouvert la soirée de solidarité en exposant qui étaient Stanislas Markelov et Anastasia Baburova, assassinés le 19 janvier 2009 à Moscou par des fascistes, et la place qu’ils occupaient dans de nombreux mouvements de résistance au régime.
Alexeï Sakhnine, La Paix-par-en-bas : Avec le début de la guerre, les répressions se sont brutalement intensifiées. Vingt mille arrestations et des centaines d’affaires pénales ont suffi pour pousser près d’un million de personnes opposées au régime à quitter le pays…
Depuis deux ans, la terreur d’État est réglée pour écraser le mécontentement de la majorité pauvre, et non plus celui d’une minorité privilégiée.
Et lorsque nous parlons de cette terreur, nous devons aussi penser à la catégorie la plus massive de victimes : les déserteurs. Des dizaines de milliers de condamnations ont déjà été prononcées. Si nous tendons à ces personnes une main de solidarité, le mécontentement silencieux peut devenir une voix de protestation forte et audible.
André Frappier, militant de gauche du Québec : Le comité de solidarité avec Boris Kagarlitsky a parrainé une pétition faisant appel à sa libération. À ce jour 18 800 personnes provenant de 121 pays l’ont signée, notamment Jean-Luc Mélenchon, Jeremy Corbyn, Naomi Klein, Slavoj Zizek, Yanis Varoufakis, Walden Bello et John McDonnell. Voix critique de la guerre déclenchée par Vladimir Poutine avec l’invasion de l’Ukraine, Kagarlitsky a été condamné dans un premier temps à une amende de plus de 600 000 roubles. Les autorités russes ont fait appel de la sentence comme étant « trop clémente ». Il a écopé d’une peine de cinq ans de prison, prononcée par une cour d’appel militaire.
Andreï Demidov, Gauche post-soviétique (GPS) : En mars 2022, un groupe de militants de gauche d’Oufa a été accusé d’avoir créé un groupe terroriste et de préparer un coup d’État. Les accusations portées contre eux paraissaient absurdes.
Le procès a suscité une vive indignation publique et a été accompagné de manifestations de soutien de la part de défenseurs des droits humains et de militants.
Le 16 décembre 2025, le tribunal militaire à Iekaterinbourg a rendu son verdict : Pavel Matisov (ancien militaire) : 22 ans de prison ; Dmitry Tchuvilin (député du parlement de la République du Bachkortostan) : 20 ans ; Alexeï Dmitriev (médecin) : 20 ans ; Youri Efimov (retraité) : 18 ans ; Rinat Bourkeev (ancien militaire) : 16 ans.
« La liberté commence par un seul mot : “NON” »Ilia Zapirov, déserteur russe « J’ai seulement 24 ans, mais j’ai déjà traversé la guerre et fait le choix le plus difficile : rester complice d’un crime ou devenir un paria. Décider de déserter, c’est faire un pas dans l’abîme. La machine judiciaire russe produit 35 condamnations par jour. Mais malgré la menace de la prison et de la torture, les fuites ne cessent d’augmenter. Les analystes rapportent que le taux de désertion a doublé en 2025. Selon leurs estimations, au moins 70 000 personnes désertent l’armée russe chaque année… Aujourd’hui, je suis ici avec des militants d’Ukraine. Notre position est claire : nous soutenons tous ceux qui déposent les armes. En Russie comme en Ukraine, les gens fuient la mobilisation. Ce cauchemar n’arrive que pour une seule raison : l’agression du régime russe. C’est le Kremlin qui a poussé des millions de personnes dans ce piège mortel. L’agression russe a forcé les Ukrainiens à se défendre, mais elle a aussi placé les jeunes travailleurs des deux côtés devant un choix impossible. La liberté commence par un seul mot : « NON ». J’ai trouvé la force de le dire, et je vous appelle à entendre les dizaines de milliers d’autres qui chuchotent ce « non » en ce moment même dans les tranchées. Faisons en sorte que la voix de ceux qui ont refusé de tuer devienne plus forte que le fracas des canons. » |
Anna Maria Obolenskaïa, organisation russe « Delo LGBT » : Le 30 novembre 2023, la Cour suprême de la Fédération de Russie a déclaré le mouvement social international LGBT et ses structures comme des organisations extrémistes et a interdit leurs activités sur le territoire de la Fédération.
On connaît aujourd’hui plus d’une centaine de procédures administratives. Au début de l’année 2026, environ vingt personnes sont poursuivies pénalement pour des faits liés à des activités LGBT. Deux condamnations ont déjà été prononcées, et une personne est décédée en détention provisoire. Pour la première fois, des éditeurs ont été poursuivis pour des livres à thématique LGBT.
Miguel Martinez, Comité international contre la répression (Cicr) : L’une des premières campagnes du Cicr fut celle menée pour la libération du syndicaliste russe Vladimir Klebanov, l’un des fondateurs d’un « syndicat ouvrier indépendant » opposé au monopole des syndicats officiels contrôlés par le Parti communiste – ce qui lui a valu d’être interné en hôpital psychiatrique. Il n’en sortira qu’à la fin 1987 et sera totalement réhabilité en 1988. Vladimir Klebanov avait eu le courage de dénoncer « la moisissure bureaucratique qui ronge le pays tout entier », une moisissure dont Poutine, ex-officier du KGB faut-il le rappeler, est directement issu.
La place du Cicr est bien d’être présent ici à cette soirée. Nous sommes disponibles pour toute campagne ou initiative qui serait décidée.
Vlad, militant ukrainien, Gauche post-soviétique : Aujourd’hui nos peuples sont séparés par la volonté du poutinisme, mais aussi de l’extrême droite dans notre pays…
En condamnant l’invasion de l’Ukraine, nous défendons la fin immédiate de la guerre, mais surtout l’établissement des conditions pour une paix durable. Cette paix est incompatible avec le discours nationaliste et les appels à réprimer le peuple voisin, incompatible avec l’idée d’interdire ou d’humilier l’utilisation d’une langue, incompatible avec la persécution politique, et surtout incompatible avec le maintien du système économique où le détournement des fonds publics est permis aux dépens du peuple et au détriment de la vie des soldats.
« La solidarité concrète qui traverse les murs de prison »Sophia Chikirou, députée LFI « Cette solidarité qui s’affiche ici ce soir, mais qu’on ressent à chaque fois que l’un de nous s’exprime pour dire non à la guerre, on sait ce que cela nous coûte… On sait que le gouvernement et le président français intiment l’ordre de se soumettre à l’économie de guerre, aux logiques de guerre, à la culture de la guerre et de la violence. La répression vise ceux qui peuvent faire le lien entre ce qu’est la violence de la guerre à l’extérieur des frontières et l’exploitation qu’elle justifie à l’intérieur des frontières. Qu’est-ce qu’on reproche aux camarades marxistes d’Oufa ? Des discussions. La justice de guerre, cherche avant tout à briser toute possibilité, tout espoir et toute résistance politique. Merci à toutes celles et tous ceux qui, dans l’ombre, font vivre la solidarité concrète – celle qui traverse les frontières et les murs de prison, celle qui refuse la guerre, celle qui transcende la peur. » |
Liza Smirnova, La Paix-par-en-bas : Depuis le printemps 2023, la violence néonazie augmente grâce à la campagne antimigrants lancée par l’État.
Les propagandistes publient des textes xénophobes, un contrôle total est mis en place sur le logement des migrants, certaines régions interdisent leur travail.
Depuis l’année dernière, un examen de russe a été introduit pour les enfants. Seuls ceux qui réussissent peuvent aller à l’école.
Mais à l’automne 2025, seulement 19 % des enfants migrants ont réussi l’examen et ont pu entrer à l’école.
En 2022, 29 personnes ont été victimes de violences xénophobes. Et en 2025, 291 personnes ont subi ces violences, dont huit ont été tuées. Quand l’extrême droite lève la tête, nous devons devenir un point d’espoir et de transformation radicale.
Jérôme Legavre, député LFI : Le peuple russe ne veut pas de la guerre et le nombre de désertions qui augmente en Russie le prouve mais de la même manière, en Ukraine, 2 millions d’Ukrainiens ont fui l’Ukraine. Nous apprenons du nouveau ministre ukrainien des Armées, qu’il y a 200 000 déserteurs en Ukraine.
Alors oui, soutien à tous ceux qui, dans les pires conditions résistent, Solidarité avec les déserteurs des deux côtés. Il nous revient à nous de nous organiser contre nos gouvernements va-t-en-guerre, nos gouvernements fauteurs de guerre. C’est la raison pour laquelle nous préparons, dans la continuité du meeting du 5 octobre contre la guerre qui a réuni des milliers de personnes et des dizaines de militants venus de toute l’Europe, à Londres un meeting contre la guerre le 20 juin prochain.
Igor, militant pour les droits démocratiques en Russie : En Russie, les accusations liées au terrorisme sont devenues, à partir des années 2010 et tout particulièrement depuis 2022, un instrument de répression de la protestation politique.
En novembre 2025, un tribunal a condamné à la réclusion à perpétuité huit personnes accusées d’avoir organisé l’explosion du pont de Crimée en octobre 2022. C’était cette même attaque organisée par le Service de sécurité de l’Ukraine (SBU), qui a coûté la vie à cinq civils, et pour laquelle Boris Kagarlitski – évoqué par les intervenants précédents – a été accusé de « justification du terrorisme » et condamné à six ans de prison pour un simple commentaire. Il n’existe pratiquement aucun doute quant à l’innocence des personnes condamnées.
