Canicule : la parole à Hélène Boussel, adjointe à l’Éducation à la mairie de Saint-Denis

Avec les records de chaleur de ces derniers jours, comment la mairie de Saint-Denis (93) répond-elle aux besoins des personnels et de leurs familles, alors que le gouvernement a pour seule politique de fermer les écoles ?

Le 23 juin 2026, devant le collège Fabien à Saint-Denis (93), un rassemblement s’est tenu contre la fermeture de deux classes, les absences non remplacées, le pillage organisé par le département sur l’enveloppe pédagogique du collège. (correspondant)
Par Interview
Publié le 24 juin 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Dans les écoles, les conditions de travail et d’études sont insupportables avec les records de chaleur de ces derniers jours. Comment faites-vous à la mairie de Saint-Denis pour répondre aux besoins des personnels et de leurs familles ?

Hélène Boussel : Il y a déjà eu un épisode de canicule fin mai. À l’issue de celui-ci, nous avons décidé de dégager une ligne de crédit pour permettre la commande de deux ventilateurs et deux climatiseurs dans chacune des 89 écoles de Saint-Denis et Pierrefitte. Ces équipements ont été livrés à partir du 10 juin. Le 19 juin, ils étaient disponibles partout. Dans les centres de loisirs, nous avons commandé des pataugeoires et des jeux d’eau.

Ce sont des premières réponses car une chose est sûre : on ne peut pas fermer les écoles. Les parents travaillent, les logements de certaines familles ont des températures qui dépassent souvent de loin celles de certaines écoles.

On en est là parce que le ministre Geffray et le gouvernement ont décidé de ne rien faire et de se défausser sur les collectivités territoriales : « Débrouillez-vous, nous, on n’a pas les moyens ». Mais c’est faux. De l’argent ils en ont quand il s’agit d’augmenter le budget de la guerre de plusieurs milliards en un clin d’œil ou de verser des aides publiques aux entreprises !

À l’échelle de la ville, il nous faut aussi déployer des moyens humains que nous n’avons pas forcément. Le maire socialiste qui nous a précédés a mené une politique de destruction de la Fonction publique territoriale et donc a empêché l’action publique. Il nous manque des agents pour intervenir mais aussi réfléchir aux solutions et à la manière de les mettre en œuvre.

Et puis on se rend compte que les réseaux ont été laissés à l’abandon : électricité, chauffage, assainissement. C’est vétuste, pas rénové depuis des dizaines d’années et donc pas adapté aux besoins sur le terrain. Et à cela s’ajoutent les suppressions de postes et de classes annoncées dans la ville, conséquence du budget Lecornu passé en force avec la complicité du PS. À Saint-Denis-Pierrefitte, des dizaines de fermetures de classe sont annoncées pour la rentrée.

C’est le cas aussi dans les collègues. Avec Bally Bagayoko, on ne l’accepte pas. C’est pourquoi ce mardi matin, je me suis rendue au rassemblement devant le collège Fabien pour soutenir les enseignants et les parents qui organisaient un « collège mort » pour s’opposer à la fermeture de deux classes, aux absences non remplacées et au pillage organisé par le département sur l’enveloppe pédagogique du collège.

 

« Chaleur, l’État où t’es ? »

« La FCPE de Seine-Saint-Denis s’étonne que l’État ne découvre que maintenant les effets du réchauffement climatique sur les conditions d’enseignement des élèves et de travail des personnels de l’Éducation nationale.

Elle dénonce :

• L’impréparation du Ministère dont le « Plan ministériel des gestions des grandes chaleurs » publié le 26 mai 2026, en soit encore à préconiser de « dresser une cartographie des établissements scolaires les plus exposés à la chaleur ». Pourquoi attendre ! N’a-t-il pas fait suffisamment chaud l’an dernier ?

• Le fait d’envisager, après quelques mesures de bon sens, la fermeture des écoles sans réflexion sur la continuité pédagogique et sans se poser la question des conditions d’hébergement des enfants. Dans le département le plus jeune et le plus pauvre de l’Hexagone, l’école est loin d’être le lieu le plus inconfortable par grande chaleur.

• Les mesures tardives et brouillonnes de réorganisation des examens.

• L’hypocrisie de l’État qui fait peser de plus en plus de responsabilités sur les collectivités en exigeant qu’elles assurent la rénovation du bâti scolaire d’un parc vieillissant, d’inégale qualité suivant les territoires et sans réflexion pour rétablir l’équité entre les territoires.

• La duplicité de l’État qui diminue les fonds verts, ceux-là mêmes qui doivent aider les collectivités à accélérer la transition écologique.

La FCPE note avec dépit que la solution de l’État en matière d’éducation soit aujourd’hui la fermeture, fermeture de classes, de postes, d’écoles. Il est vrai que sans élèves et sans personnels, une école est plus facile à gérer mais quel cynisme !

Notre fédération appelle toute la communauté éducative du 93 à lutter contre les fermetures :

• De classes le 25 juin à 12 heures devant la direction des services académiques.

• D’écoles pendant les grandes chaleurs à cause du manque de financement de l’État. Elle invite tous les parents d’élèves à apporter des couvertures de survie pour les mettre sur les fenêtres pour aider à faire baisser la température. Notre fédération publiera sur son site les photos des fenêtres ainsi relookées.

Alors que pour la première fois sous la Ve République, le budget des armées dépasse celui de l’Éducation nationale, les capacités d’apprentissage des élèves, citoyens de demain, ne devraient pas avoir à souffrir de la chaleur. »