Chlordécone : un scandale sanitaire… un scandale d’État !

La Cour d’appel de Paris a confirmé ce 22 juin, le non-lieu dans le scandale sanitaire du Chlordécone. Une décision qui fait suite à 20 ans de procédures judiciaires.

Manifestation à Fort-de-France, en février 2021 (Photo Fanny Fontan / Hans Lucas via AFP)
Par Gérard Bauvert
Publié le 24 juin 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Le Chlordécone est un pesticide utilisé aux Antilles dites françaises, en dépit des alertes sur sa nocivité. Classé depuis 1979 comme un agent possiblement cancérigène par le Comité international de recherche sur le cancer (CIRC), le Chlordécone est utilisé en Guadeloupe et en Martinique dès 1972 jusqu’en 1993 à la faveur d’une dérogation alors que ce pesticide est interdit dans l’hexagone en 1990. Plus de 90 % de la population adulte des deux îles est contaminée selon la très officielle Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES).

Dès 2006, des plaintes ont été déposées contre l’État ou contre X par des associations antillaises – producteurs agricoles, consommateurs, défenseurs de l’environnement et de la protection de la santé. Une information judiciaire est ouverte en 2008 à Paris.

En 2023, un non-lieu est prononcé par deux juges d’instruction qui néanmoins reconnaissent dans leur ordonnance « un scandale sanitaire » et « une atteinte environnementale qui affecteront pour de longues années la vie quotidienne des Ultramarins ». Longues années en effet, puisque les experts scientifiques parlent de 600 ans de contamination. Les parties civiles ont par conséquent fait appel de cette décision.

Une audience s’est tenue à l’automne 2025 et en ce 22 juin 2026, la justice coloniale – comment la qualifier autrement – a décidé de clore la question. Circulez, il n’y a rien à voir. Les parties civiles vont aller en cassation.

En Guadeloupe et en Martinique, l’indignation est à son comble, car ces différentes décisions visent à couvrir une forfaiture qui révolte la population depuis bien des années. L’UGTG, différentes associations et organisations, le LKP, sont en pointe de la mobilisation qui ne faiblit pas.

Ce déni de justice se combine avec le mépris et le racisme institutionnel. À la veille de la décision, Georges-Emmanuel Germany avocat des parties civiles déclare : « Les peuples de Guadeloupe et de Martinique ont été empoisonnés entre les années 1970 et 1990 et pour encore cinq siècles par les gouvernements successifs et leurs complices békés (blancs créoles descendants de colons propriétaires d’esclaves) ».

Aux Antilles, qu’ils s’agissent de la question du Chlordécone ou de celle de l’eau, les termes de justice et de réparation sont indissociables.