Budget 2027 : trouver « 30 à 50 milliards »

Après la publication du rapport du Cor annonçant vouloir repousser l’âge légal de départ en retraite à 64,4 ans dès 2030, le Premier ministre a envoyé une lettre à l’ensemble des ministres pour les sommer d’aller « trouver 30 à 50 milliards d’euros » pour le prochain budget 2027.

Lecornu, Premier ministre, et Darmanin, ministre de la Justice, à Paris, le 16 juin 2026. (AFP)
Par Pierre Valdemienne
Publié le 18 juin 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Après la publication du rapport du conseil d’orientation des retraites la semaine dernière, annonçant vouloir repousser l’âge légal de départ en retraite à 64,4 ans dès 2030, le Premier ministre a envoyé une lettre à l’ensemble des ministres pour les sommer d’aller « trouver 30 à 50 milliards d’euros » pour le prochain budget 2027.

Le journal patronal Les Échos (15 juin) indique que, comme « le pays a déjà promis de rallonger certains budgets – essentiellement celui de la Défense (+ 6 milliards d’euros avec la révision de la loi de programmation militaire) », il faut aller chercher du côté des dépenses sociales, en fustigeant le « poids des retraites », mais aussi les « prestations sociales », « les dépenses de santé » ou encore « la masse salariale des fonctionnaires ». Tout en s’interrogeant cependant sur un « problème politique : comment faire voter de telles mesures dans un Parlement toujours aussi divisé et alors que l’approche de la présidentielle rend les compromis improbables ? ». Et de conclure : « Plus que de l’agacement, c’est peut-être de l’anxiété qu’il faut lire dans le courrier du Premier ministre. ».

Pas faux, d’autant que, bien que n’étant pas aidé par les sommets des confédérations syndicales qui s’évertuent à surtout ne rien proposer comme initiative de mobilisation, les travailleurs n’en défendent pas moins leurs revendications, comme c’est le cas par exemple dans la santé où des grèves bien souvent victorieuses affleurent ces dernières semaines ou dans l’industrie avec le rassemblement pour la nationalisation d’Arcelor ou celui pour le maintien du site de Stellantis, soutenus tous les deux, et à juste titre, par la France insoumise (LFI).

C’est dans ce contexte que Jordan Bardella a fait récemment une sortie remarquée dans une interview sur BFM TV au cours de laquelle il a martelé, d’abord à destination du corps des magistrats pour l’étendre ensuite à une portée plus générale, et ce à plusieurs reprises : « il faut interdire la politisation des syndicats ».

Le président du Rassemblement national sait très bien que les syndicats, qui refusent à juste titre d’être sous l’emprise d’un parti politique, ne sont pas pour autant apolitiques.

Or, que signifie le fait de revendiquer d’« interdire la politisation des syndicats » sinon que de chercher à les réduire uniquement à un rôle de défense matérielle des droits dans le strict périmètre de l’entreprise ?

C’est la négation de la charte d’Amiens, notamment de la « double besogne », à la base même de la constitution du syndicalisme en France.

En d’autres temps, le maréchal Pétain avait dissous les confédérations syndicales mais, avec la Charte du travail, avait rendu obligatoire les syndicats dans les entreprises.

C’est ce qu’on appelle le corporatisme.

Nul doute qu’aujourd’hui le capital a besoin d’une « nouvelle voix » pour faire entendre ses exigences, qui se font de plus en plus pressantes et qui nécessitent d’en finir avec les organisations syndicales confédérées et indépendantes, pour tenter de priver de point d’appui la résistance qui s’exprime aujourd’hui de mille et une formes.

C’est dans ce contexte que Gérald Darmanin a annoncé avoir reculé sur l’article 1er de son projet de loi qui concerne la procédure dite du « plaider-coupable » suite aux rassemblements importants qui se sont tenus devant son ministère, place Vendôme, pour condamner la gestion calamiteuse de l’affaire Lyhanna.