« Le Code noir est abrogé, mais la France est toujours à la tête d’un empire colonial »
C’est une série de rencontres et de réunions publiques d’une richesse exceptionnelle qui s’est déroulée, entre Paris et Saint-Denis, ces 30 et 31 mai. Son objet : combattre le racisme, combattre l’impérialisme.
- Actualité internationale, Contre la guerre

Intervention de Jérôme Legavre, député LFI et militant du POI lors de la rencontre qui s’est tenue à Paris le 31 mai « Combattre le racisme, combattre l’impérialisme ».
« À l’Assemblée nationale, les députés, à l’unanimité, ont abrogé le Code noir.1Le Code noir est un texte, promulgué sous Louis XIV, qui régissait l’emploi, le commerce et les punitions corporelles des esclaves dans les colonies françaises. Il n’a été formellement abrogé que ce 28 mai 2026 (Ndlr). Belle unanimité ! Nous étions tous, si vous me permettez cette expression, à l’occasion de ce vote, “tous frères et sœurs en Jésus-Christ”.
On a vu les députés du Rassemblement national – des racistes comme on n’en fait plus, des racistes assumés – nous expliquer que ce texte, le Code noir, était une honte, une infamie, une tâche, une souillure sur notre grande et belle patrie, et qu’il convenait évidemment de tirer un trait sur ce texte infâme.
Nous avons entendu les députés macronistes, qui en ce moment même votent des mesures toutes plus racistes les unes que les autres. Alors eux, ce sont des racistes honteux, ce ne sont pas des racistes assumés. Il y a les mêmes au Parti socialiste. Car enfin, quand il s’agit de voter la loi “asile et immigration”, qui est une loi raciste comme on n’en fait plus, là, ils la votent comme un seul homme.
Bref, tout le monde a voté à l’unanimité l’abrogation du Code noir. Mais il y a un problème qui a été soulevé d’ailleurs par certains députés, notamment par certains députés insoumis : l’abrogation ne signifie pas réparation. Or, la question de la réparation, elle est posée. En Haïti, par exemple, c’est très concret.
Haïti, c’est la première République noire (en 1804). Toussaint Louverture et le peuple haïtien se soulèvent, contre les colons français, contre les esclavagistes. Napoléon envoie ensuite l’armée pour réprimer cette République noire qui à ses yeux est absolument intolérable.
Et le pouvoir français, ensuite, indemnisera les propriétaires d’esclaves qui avaient perdu leur main-d’œuvre réduite en esclavage. Et ensuite le pouvoir royal, sous Charles X, va faire payer une “dette” que Haïti continue de payer, qui est tout sauf une dette. Ceux qui ont une dette en réalité, c’est l’État français envers le peuple haïtien. Le peuple haïtien, lui, continue de payer la “dette” à l’État français. Elle doit être purement et simplement annulée ! Et on devrait rembourser les sommes qui nous ont été versées.
Et de la même manière, n’oublions jamais que la France est toujours à la tête d’un empire colonial. Mes camarades insoumis ne sont pas d’accord avec ça, mais ils connaissent mon point de vue : la Guadeloupe, c’est une colonie. La Martinique, c’est une colonie. Idem pour la Guyane, la Nouvelle-Calédonie, la Réunion, Mayotte etc. »
« Violences d’État et impunité : la France coloniale fidèle à elle-même »Message d’Elie Domota (LKP, Guadeloupe) lu à la conférence, le 30 mai. « Chers camarades, chers amis, la République vient de se rendre compte que le Code noir faisait toujours partie de son arsenal juridique et a procédé à son abrogation et non à son annulation.
Elle pérennise définitivement les effets du Code Noir car un texte abrogé invalide pour l’avenir mais demeure fondé en droit pour ses applications passées. La France coloniale reste donc fidèle à elle-même : – 1789 : déclaration des droits de l’homme mais esclavage en Guadeloupe avant une première abolition par la lutte en 1794. – 1802 : rétablissement de l’esclavage par la République. – 1848 : deuxième abolition et indemnisation des esclavagistes. Et bien évidemment, dans la colonie, toutes les contestations sociales sont réglées dans le sang. Pour mémoire : – Février 1910, à Saint-François, la milice patronale et la gendarmerie tirent : 3 morts, 6 blessés. – Mars 1910, à Capesterre, la gendarmerie tire : 1 mort et 6 blessés. – Février 1925, à Petit-Canal, les gendarmes tirent : 6 morts. – Février 1952, au Moule, le pouvoir colonial tire : 4 morts et 14 blessés. – Novembre 1985, aux Abymes, meurtre du lycéen Charles-Henri Salin. Le massacre de 1967 est dans toutes les mémoires. Mobilisation des ouvriers du bâtiment. Bilan : plus d’une centaine de morts. Et aujourd’hui encore, malgré la publication du rapport Stora en 2016, ni le ministère de la Justice ni le procureur n’ont pris d’initiative pour enquêter et instruire le dossier. C’est ce mot « massacre » que le rapport Stora utilisera pour décrire les atrocités perpétrées en Guadeloupe. Il permet de disposer d’une meilleure analyse de cette tuerie de masse. Il montre comment l’État a instrumentalisé des mouvements protestataires pour les transformer en groupes terroristes, susceptibles de mettre en cause la sûreté de l’État. Les autorités judiciaires n’ont pas ouvert d’information judiciaire après le massacre. Par contre, elles s’étaient dépêchées d’en ouvrir une sur le GONG. Les familles de victimes étaient dans l’incapacité d’agir car l’État a dissimulé l’identité des victimes des tirs. Mais surtout, tous les procès et toutes les condamnations ont dissuadé les familles de se faire connaître. Elles étaient dans l’impossibilité d’agir. L’État a instauré un régime de terreur. Les autorités ont dissimulé les morts, refusé toute enquête sur le nombre de décès et de blessés. Le parquet avait nécessairement connaissance des faits, au minimum, de la mort de huit personnes par balle. Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte. Aucune autopsie n’a été ordonnée. Alors que tous ces documents devaient être judiciaires et publics, ils sont restés politiques et secrets. Les responsables de ces méfaits ont engagé des poursuites contre les manifestants et les militants. Ainsi, en l’absence d’enquête judiciaire, devant la puissance du crime et cette organisation étatique de l’impunité, toute plainte des familles était illusoire et risquée. Les victimes ne disposaient d’aucun recours effectif pour réclamer justice. Après avoir commis ce crime de grande ampleur, les autorités de l’État colonial français ont organisé leur impunité, comme depuis toujours. Des crimes sans coupables. C’est cette même impunité qui plane sur le scandale du chlordécone, sur la mort de Didier Assor, de Claude Jean-Pierre, de Rony Cely, de Liber Argelier et de tant d’autres, tués par des gendarmes et autres personnes détentrices de l’autorité publique, et cela depuis 1635, date d’invasion de la Guadeloupe par les colons français. Cette insupportable impunité de l’État doit prendre fin. L’État, ses agents et ses militaires doivent répondre de leurs crimes. Jistis – vérité pour toutes les victimes de la barbarie coloniale française ! » |
