Combattre le racisme, combattre l’impérialisme
C’est une série de rencontres et de réunions publiques d’une richesse exceptionnelle qui s’est déroulée, entre Paris et Saint-Denis, ces 30 et 31 mai. Son objet : combattre le racisme, combattre l’impérialisme.
- Actualité internationale, Contre la guerre

À l’invitation du POI, des militants et responsables d’organisations noires des États-Unis, ainsi que des responsables de Democratic Socialists of América (DSA) sont venus débattre lors de trois réunions, au siège du POI et dans la salle du conseil municipal de Saint Denis, où, devant une centaine de participants, principalement des jeunes (qui s’étaient réunis quelques heures plus tôt pour organiser le combat contre la guerre et la militarisation), ils ont été chaleureusement accueillis par le nouveau maire LFI, Bally Bagayoko.
Le samedi matin, ces militants ont pu échanger avec des militants de Guadeloupe, du Brésil, d’Algérie, ainsi qu’avec Assa Traoré, du comité Adama, et Jérôme Legavre, député LFI et militant du POI.
Le samedi après-midi à Saint-Denis, en début de conférence, deux militantes de Community Movement Builders (Atlanta) ont fait un exposé politique, passionnant et très documenté, sur l’histoire du combat des noirs et de leurs organisations aux États-Unis, et sur les questions posées aujourd’hui. D’autres orateurs ont suivi, avant que la parole ne soit donnée à la salle.
Le dimanche matin, c’est dans la grande salle du local du POI que s’est tenue une réunion publique avec ces militants, où se sont pressés 200 participants.
Il est impossible de rendre compte, en une seule fois, de tous ces débats. Nous n’en donnons cette semaine qu’un aperçu très partiel. Nous y reviendrons dans nos prochains numéros, en leur donnant tous la parole.
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Ont pris la parole lors de ces réunions : Amara Enyia, co-directrice de Movement for Black Lives ; Kamau Franklin, Donshae Marshall et Tallea Tomlisson, de Community Movement Builders (Atlanta) ; Jana Silverman, co-secrétaire du comité international de Democratic Socialists of America (DSA) ; Tristan Call, co-secrétaire du comité « droits des migrants » de DSA ; Lybon Mabasa, dirigeant du SOPA (Socialist Party of Azania – Afrique du Sud) ; Assa Traoré, du comité Adama ; Jérôme Legavre, député LFI et militant du POI ; des militants de Guadeloupe, d’Algérie et du Brésil.
« J’ai un message de nos camarades du Kenya pour les travailleurs de France »Amara Enyia, co-directrice de Movement for Black Lives « Vous êtes tous au courant que Macron a récemment fait un petit tour au Kenya. Vous êtes aussi au courant de ce qui s’est passé récemment dans la région du Sahel, au Mali, au Niger, au Burkina, où ces pays ont recommencé à réaffirmer leur souveraineté, et pas seulement leur indépendance. C’est donc pour cela que Macron s’est tourné vers des nouvelles régions qui ont moins affirmé, imposé leur souveraineté. Et c’est donc pour ça qu’il s’est tourné vers le Kenya. Il faut le savoir. (…) Nous pensons que le système doit changer et nous demandons la solidarité des personnes en France qui pensent de même. Le déclin de ce système est certain et la question est : qu’allons-nous construire à la place ? Je finirai en lisant un message de nos camarades du Kenya pour les travailleurs de France, du Parti communiste marxiste du Kenya : “Chers camarades, au nom des travailleurs, des paysans et de la jeunesse du Kenya, qui continuent de résister aux ambitions prédatrices de l’impérialisme français, nous transmettons nos salutations révolutionnaires à votre réunion anti-impérialiste en France. Nous avons constaté avec netteté et alarme les récentes tentatives éhontées du président Macron de réaffirmer la domination néocoloniale sur notre région, à travers la manipulation cynique des institutions francophones. Ses dernières provocations ne sont rien d’autre qu’une tentative désespérée de sauver un système impérialiste en déliquescence qui a pillé nos ressources, renversé des régimes et massacré nos peuples à travers le Sahel et la région des Grands Lacs. Nous sommes pleinement solidaires du peuple français, qui lutte lui-même contre le programme pro-OTAN et anti-ouvrier de Macron. Mais qu’il n’y ait aucun malentendu. L’impérialisme français n’a pas le droit d’intervenir dans les affaires africaines. Notre combat consiste à briser toutes les chaînes de la dépendance impérialiste. Notre combat consiste à briser toutes les chaînes de la dépendance impérialiste. À reprendre la souveraineté sur nos terres et notre travail, et à faire avancer le projet socialiste. En avant vers la défaite définitive de l’impérialisme, de Nairobi à Paris.” Et j’ajouterais : partout dans le monde. » |
« Comment lutter pour un changement radical ? »Kamau Franklin, fondateur à Atlanta de Community Movement Builders « Je voudrais mettre en garde, en particulier dans le contexte des États-Unis : on ne peut pas avoir l’espoir démesuré d’un changement radical par l’utilisation des stratégies électorales. Cela ne signifie pas qu’on ne puisse rien faire dans les élections. Mais ces élections sont contrôlées principalement par la classe dominante. Le système électoral américain est conçu pour deux partis, les républicains et les démocrates, qui sont dominés par les milliardaires. Et nous avons bien vu comment des droits qui avaient été arrachés par les Noirs par des décennies de combat ont été remis en cause d’un claquement de doigts. Comme vous le savez, ce n’est pas par les élections que le système peut être renversé. Jusqu’à ce que nous soyons en capacité d’organiser et de mobiliser des millions de gens, nous ne serons pas en capacité d’être libérés. Notre stratégie doit être d’organiser les gens à la base, pour qu’ils puissent rejoindre des organisations, pour qu’ils s’éduquent politiquement, pour qu’ils puissent prendre le pouvoir, l’exercer. Dans ce cadre, les élections peuvent jouer un rôle. Mais dans le contexte des États-Unis, les élections ne peuvent pas être la stratégie principale pour un changement radical, même si on peut présenter des candidats qui sont politisés et reliés à des organisations. Parfois, nous sommes un peu trop excités quand quelqu’un, qui représente tout ou en partie nos idées, est élu. Petit à petit, on se retrouve entraîné dans une logique où cela devient l’essentiel, d’élections en élections. Mais nous devrions utiliser une bonne partie de cette énergie à mobiliser la population, à l’organiser pour qu’elle prenne le pouvoir, quels que soient ceux qui gouvernent. » |
« Le racisme et les violences policières se perpétuent en France depuis toutes ces années »Assa Traoré, comité Adama « Il est important aussi de parler de ce qui se passe en France : comment le racisme et les violences policières se perpétuent en France depuis toutes ces années. Mon petit frère, Adama Traoré, est mort le 19 juillet 2016, le jour de son anniversaire. Mon frère a été retrouvé mort, comme si sa vie ne comptait pas aux yeux des gendarmes. Ce jour-là, Adama va mourir, alors qu’il ne représente aucun danger. Adama est Noir, il vient d’un quartier populaire. Un combat va se mener, sur te terrain judiciaire, administratif, politique pour réclamer vérité et justice pour Adama, sur la question de la justice et des violences policières. Aujourd’hui, nous sommes là depuis 10 ans, face à une machine, à une machine de guerre qui est ce système, qui est l’État, qui est l’argent, qui est la justice. Depuis dix ans, nous avons fait des tournées de quartiers à travers toute la France. » |
![]() « C’était un honneur de vous accueillir ici »Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis « Merci pour votre participation. Comme je l’ai dit en introduction de cette conférence, c’était un honneur de vous accueillir ici. Si je n’ai pas pu participer à l’ensemble de vos échanges, j’en ai eu des retours. Et j’ai envie de dire que la société que nous appelons de nos vœux, avec des femmes et des hommes aussi engagés que vous, a véritablement beaucoup d’espoir à proposer à cette nouvelle génération. Croisons nos expériences pour justement faire en sorte que pour les prochaines générations, vos échanges, par les espérances qu’ils soulèvent, puissent permettre de corriger les inégalités, lutter contre le racisme, lutter contre la xénophobie, qui montent partout. Et c’est pour ça que, à chaque fois que nous aurons la possibilité de vous accueillir ici, ça sera avec plaisir. J’ai envie de dire, ça sera même un devoir. Parce que vous faites honneur au sens humain du terme, parce que nous avons besoin d’hommes et de femmes, de ce cran, de gens qui sont engagés. Les expériences et les témoignages des uns et des autres, finalement, nous rassurent. On sait que ces combats sont extrêmement difficiles. C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, il ne faut pas renoncer. Et nous avons deux dates importantes ici pour nous. C’est d’abord le 7 juin, où ici, dans cette ville, nous aurons le lancement de la campagne présidentielle, avec bien sûr Jean-Luc Mélenchon, mais au-delà de ça, ce sont les hommes et les femmes qui viennent de partout, justement pour tracer ce chemin que vous avez ici débattu avec des propositions concrètes. Mais juste après, nous avons aussi assumé le fait de mettre à l’agenda politique la question de la lutte antiraciste. C’est pourquoi, le 21 juin, au cœur de Paris, nous allons faire une marche énorme, exceptionnelle. J’invite bien sûr tous ceux qui peuvent venir de s’associer à ces dynamiques. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont attendues. C’est une manière de dire que pour 2027, alors, l’espoir que vous avez fait naître par vos échanges d’expériences, de vos propositions, c’est ces espoirs-là que nous voulons traduire en actes. Et je l’espère en tout cas pour ce qui me concerne, et pour beaucoup d’entre vous, il est nécessaire d’entrer en 2027, au plus haut niveau de l’État. Parce que si nous continuons à avoir un État qui dysfonctionne, qui tourne le dos quand le racisme est présent, qui parfois même se transforme en complice, alors nous sommes dans une société en danger. Et c’est la raison pour laquelle le 21 juin prochain, je vous invite, chacun et chacune d’entre vous, à venir en masse pour faire une démonstration de force de toutes celles et ceux qui appartiennent à la communauté des antifascistes et des antiracistes. Merci encore à vous et merci à tous ! » |

