Réunion des signataires de l’appel des jeunes contre la guerre « Nous n’irons pas ! »

Samedi 30 mai 2026, se tenait la réunion des signataires de l’appel « Jeunes contre la guerre », plus de 150 signataires ainsi que des invités, venant du Royaume- Uni et d’Allemagne, ont échangé dans l’objectif de constituer un mouvement organisé contre la militarisation.

Lors de la réunion, le 30 mai à Paris (photo IO).
Par André Coset
Publié le 3 juin 2026
Temps de lecture : 6 minutes

S’ancrant dans la suite du meeting contre la guerre de Paris (5 octobre 2025) et la préparation du meeting du 20 juin à Londres les participants ont posé un constat clair : l’impérialisme prépare la guerre généralisée.

Les États-Unis s’en prennent aux peuples souverains en kidnappant leurs chefs d’État, bombardent des pays arbitrairement et financent les génocides en cours. En Europe, tous les pays se réarment. L’Allemagne a modifié sa Constitution pour pouvoir légaliser le déficit budgétaire afin de financer « l’armée la plus puissante d’Europe », a adopté la conscription le 5 décembre 2025 scrutant faits et gestes de chaque jeune né après 2008, et met en place un service militaire « volontaire ».

La jeunesse allemande de son côté a clairement rejeté ces politiques lorsque plus de 50 000 jeunes ont pris la rue le 8 mai dernier. En France aussi, nous connaissons l’austérité au profit de l’armée et le « volontariat » orienté vers les jeunes des classes populaires. En ce moment,
on voit la mise en place de frais d’inscription différenciés à l’université, assurant la sélection sociale et raciste des étudiants étrangers. Alors pour faire face à la barbarie qui est promise à la jeunesse, l’assemblée des signataires a décidé de rester en contact au travers d’une boucle
de discussion permettant la mise en commun des informations et actions.

Et, parce que la lutte ne se confine pas à son caractère national, la proposition a été lancée de constituer une délégation pour la marche contre la militarisation du 14 juin à Bruxelles. Enfin, face au discours guerrier imposé à la jeunesse, il a été décidé d’organiser des journées
d’action devant les centres JDC (journée défense citoyenneté), véritables points névralgiques où se construit l’embrigadement militaire des jeunes, afin d’y porter publiquement un refus clair de toute logique de militarisation. Nous n’irons pas !

Ethan, étudiant à Paris (75) : « Jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, le monde n’a connu autant de guerres en même temps. En d’autres termes, le capitalisme est en crise, l’économie mondiale a besoin de se renouveler : les peuples du monde entier vont souffrir. La première cause du quinquennat de Macron, ce n’est pas les droits des femmes mais bien la mise en place de la propagande de guerre, et c’est sur cette misère organisée qu’ils voudraient s’appuyer pour nous embrigader. Soutien total aux étudiants et lycéens de Rennes, Grenoble, Nantes, Lyon… qui ont empêché la venue de militaires dans les facs et les lycées. L’armée n’a rien à faire sur nos lieux d’études, on veut des profs pas des militaires.

Soutien total aux lycéens de Marseille, qui ont bloqué leur lycée contre la suppression des 4 000 postes d’enseignement, contre Parcoursup, contre le budget militaire. Non à Parcoursup, stop à la militarisation. »

Shabbir, responsable Stop the War et membre de Counterfire (Grande-Bretagne) : « Au Royaume-Uni, 70 millions de livres financent le recrutement par l’armée directement dans les lycées. Parallèlement à la hausse du chômage frappant la jeunesse, à l’écroulement des écoles et universités, le gouvernement met au point une « année sabbatique militaire », introduisant subtilement la conscription. Le besoin d’un mouvement international contre la guerre ne pourrait être plus urgent alors que l’Impérialisme s’abat sur la Palestine.

C’est la raison pour laquelle la liberté d’expression est limitée et le mouvement populaire criminalisé, que nous sommes insultés d’antisémites. Le gouvernement a tenté de faire appel aux fascistes pour nous en empêcher, mais nous avons été 250 000 dans les rues de Londres pour écouter la députée Claire Lejeune nous annoncer que nous avions surpassé les fascistes dans la rue, il y a deux semaines.

Ce sont les mouvements comme ceux qui ont battu la loi Yadan, qui ont fait tomber le gouvernement Bayrou, qui se battent contre la circonscription en Allemagne dont nous avons besoin. La conférence internationale du 20 juin doit montrer précieusement qu’il ne s’agit pas d’actions isolées mais d’un mouvement uni par-delà les frontières. »

Felix, lycéen organisateur de manifestations contre la conscription en Allemagne : « Le 5 décembre, le gouvernement allemand a adopté une nouvelle loi sur le service militaire. Tous les garçons nés à partir de 2008 recevront un questionnaire qu’ils seront obligés de remplir. Officiellement, on nous dit que chacun restera libre de choisir (…) mais quand on regarde la réalité de plus près, ce prétendu choix apparaît bien relatif. On voit alors clairement que cette offre cible avant tout les jeunes issus des classes populaires et de la petite classe moyenne.

En Allemagne, nous avons réussi à faire descendre dans la rue des jeunes qui ne s’opposent pas seulement au service militaire obligatoire, mais qui développent aussi une critique du capitalisme. Et, malgré le fait que nous soyons surveillés, nous avons réussi à rassembler entre 50 000 et 60 000 jeunes lors de chacune de nos trois grandes manifestations nationales.

Dans le monde d’aujourd’hui, la solidarité internationale est plus importante que jamais. Et lorsque les dirigeants nous ordonnent de servir la nation, nous devons leur répondre clairement : nous ne servons personne. »

Abel, lycéen à Pont-Audemer (27) : « Le 9 avril dernier, au vu de la militarisation à laquelle fait face notre jeunesse et suite à la mobilisation des lycéens de Marseille et du Havre, nous avons choisi d’organiser, à Pont-Audemer, un blocage de notre lycée. La veille du blocus nous sommes passés en un après-midi de quinze sur notre groupe d’organisation à plus de 200, et le jour J nous étions plus de 500 rassemblés devant le lycée sur 1 400 élèves. Mais, sachant que la répression serait certainement plus forte cette fois-ci, nous avons voulu contacter les organisations syndicales. Nous avons alors fait face à un blocage de certains appareils syndicaux qui ne souhaitaient pas soutenir notre mouvement. Face au nombre que nous étions la première fois, à notre détermination, et au rapprochement indéniable de nos revendications et des leurs, ces appareils ont malgré tout été forcés de nous soutenir, certains par un simple message (FSU) et d’autre part leur présence (UL CGT, SNUDI FO 27 et 76, et SNFOLC 27 et 76). »

Lola, lycéenne et Rodolphe, étudiant à Nantes (44) : « À l’occasion de cette réunion des signataires de l’appel « jeunes contre la guerre », nous voulons prendre la parole contre la journée de mobilisation obligatoire pour tous les jeunes à partir de 16 ans. Cette journée impose aux jeunes un récit national inacceptable, en passant par le lever du drapeau, les jeux de société guerriers, les rations militaires le midi ou encore le maniement d’une arme à laser. Pour écraser ce récit militariste dans l’œuf, nous proposons de nous rendre devant les centres de journée de mobilisation afin d’y diffuser un discours antiguerre et antimilitarisation de la jeunesse avec des tracts et des banderoles. Nous pourrons ainsi proposer un contre-discours, et montrer aux jeunes que leur seul avenir n’est pas dans la guerre. »

Thomas, étudiant à Paris (75) : « Je militais à Solidaires étudiant.e.s, et quand les bombardements à Gaza ont repris au printemps 2024, on a voulu faire quelque chose. Ma sœur et moi leur avons proposé de faire des rassemblements devant la fac tous les jours. On était 8 à cette réunion mais le jour suivant devant la fac, on était 4. Mais le lendemain on est revenus : on était 6. Le surlendemain, on était 8.

Puis on s’est équipés de drapeaux, banderoles, mégaphones. On a contacté le GA de Compiègne, ils sont venus, on a contacté les assos de soutien à la Palestine, elles sont venues.

Au bout de quelques semaines, on était presque 100 à se réunir devant la fac contre le génocide en Palestine. Alors si vous ne savez pas par où commencer, prenez juste vos potes et dites-leur : “J’ai vu qu’il se passait ça, c’est dégueulasse, qu’est-ce qu’on fait ? Ne baissez pas les yeux, ne baissez pas la tête”. C’est ce qu’ils attendent de nous. »

Jade, étudiante à Marseille (13) : « Je voudrais revenir sur la soirée « Femmes et minorités de genre contre la guerre » qui s’est tenue le 21 mai dernier à Marseille et qui a rassemblé plus de 300 personnes. Il y avait des syndicalistes, des étudiantes, des lycéennes, des militantes féministes, une association de défense des personnes trans, des militantes engagées pour la Palestine, des militantes antiracistes, décoloniales et antifascistes et une militante politique.

Ce que cette soirée a démontré, c’est qu’il existe une volonté réelle de discuter ensemble, de dépasser les divisions et de construire des cadres unitaires contre la guerre.

Non pas en demandant à chacun d’abandonner ses convictions ou son organisation mais en partant de ce qui nous rassemble : le refus de la guerre et la volonté de résister. »

Mouna, étudiante juriste à Nice (06) : « Le week-end des jeunes contre la guerre a été l’occasion de réfléchir aux questions de guerre, de paix et des réelles priorités qui concernent la jeunesse. Il m’a semblé intéressant d’aborder la question du décalage frappant entre les principes que le droit international proclame et ce que nous voyons dans le monde réel. Le droit international est clair : la guerre est interdite. [Il] impose des règles précises : distinguer combattants et civils, protéger les journalistes et personnels de santé, permettre l’accès de l’aide humanitaire et interdit l’utilisation de la famine comme arme de guerre. Pourtant, ce cadre juridique est souvent ignoré dans la pratique. L’exemple de Gaza est frappant : des quartiers entiers sont détruits, le nombre de victimes civiles est extrêmement élevé, les journalistes et le personnel médical sont régulièrement ciblés, et l’aide humanitaire peine à atteindre les populations les plus vulnérables. Ces violations mettent en lumière un écart dramatique entre les principes proclamés et leur application réelle. »

Théo, professeur à Nice (06) : « Je suis enseignant de lettres histoire-géographie. Les élèves restent persuadés qu’un conflit globalisé aura lieu et qu’il opposera la France à la Russie. Certains élèves, suite à [nos] échanges, tiennent des discours inquiétants comme : « J’irai me battre pour la France, moi ». Ils sont âgés de 14 à 19 ans, donc certains ont déjà le droit de vote et peuvent déjà s’engager dans l’armée. Lors de mes cours d’histoire, j’ai pu les faire réfléchir sur la réalité du contexte géopolitique actuel. Ces cours permettent aux élèves d’avoir un regard critique sur ce qui est dit dans les médias. Or, les matières générales sont de plus en plus rognées et remplacées par des stages ou des matières qui ne leur demandent pas d’avoir d’esprit critique. Nous voyons bien que l’Éducation nationale va de plus en plus vers la formation “d’enfants à sacrifier”, comme l’a dit le général Mandon, alors qu’elle devrait former des esprits critiques, libres et éclairés. Nous pouvons changer cette tendance grâce à des syndicats puissants et à des organisations politiques de gauche puissantes. »

Vous pouvez signer ici l’appel « Nous n’irons pas à la guerre »