Guadeloupe : Justice pour Klodo !

Avec le LKP, le Cicr et des personnalités exigent justice pour Claude Jean-Pierre, dit « Klodo », mort en décembre 2020 des suites d’un contrôle routier en Guadeloupe, et demandent à être reçu par le ministre de la Justice.

Par Rémi Dauzeral
Publié le 2 juin 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Le 3 juin prochain, une délégation composée de personnalités – syndicalistes, militants des droits démocratiques, du député Jérôme Legavre et de membres du Comité international contre la répression (Cicr) – se rendra au ministère de la Justice pour demander à être reçue au sujet de l’affaire Claude Jean-Pierre, dit « Klodo ».

Cette initiative remet au premier plan une exigence simple : presque six ans après les faits1Claude Jean-Pierre, dit « Klodo », retraité de 67 ans, est mort en décembre 2020 des suites d’un contrôle routier en Guadeloupe, après une extraction violente de son véhicule par des gendarmes, filmée par une caméra de surveillance. Malgré des expertises établissant le lien direct entre cette intervention et ses blessures mortelles, le parquet a requis un non-lieu et aucune mise en examen n’a été décidée à ce jour., les poursuites contre les gendarmes mis en cause ne sont toujours pas engagées, alors même qu’une commission rogatoire récente a confirmé le lien direct entre l’extraction de Claude Jean-Pierre et ses blessures mortelles.

L a lettre adressée au garde des Sceaux par des dizaines de personnalités et militants dit l’essentiel avec gravité : « Notre lettre n’est pas un “simple témoignage”. Elle porte une exigence puissante, celle que justice soit rendue. » Alors que les images de vidéosurveillance, les témoignages et plusieurs expertises médicales ont contredit la version initiale selon laquelle le retraité de 67 ans « se serait laissé tomber », cette lettre rappelle que « beaucoup de temps a été perdu, beaucoup trop ».

L’affaire Klodo n’est pas un dossier isolé. Ce genre d’« affaires » s’inscrit dans une série plus large et difficile à documenter, mais bien réelle (voir par exemple l’article paru dans Informations ouvrières sur la mort de Jean-Lucien Argelier, dit Liber, 65 ans, tué en avril dernier par les gendarmes) et qui se poursuit.

Car nombre de ces « affaires » ne deviennent visibles qu’au prix d’un long travail des familles, des avocats, des collectifs et parfois de journalistes isolés. En relation avec la mise en place d’un dispositif sécuritaire particulier aux Antilles, la multiplication de ces « affaires » prouve qu’une volonté systémique de répression coloniale est à l’oeuvre.

En Guadeloupe, la gendarmerie bénéficie de renforts permanents d’escadrons de gendarmerie mobile et d’unités d’appui dédiées. Lors des épisodes de crise, s’y ajoutent des projections massives de nouvelles forces : escadrons de gendarmerie mobile, RAID, GIGN, avec un recours fréquent à des mesures telles que des couvre-feux localisés et des interdictions administratives ciblées.

Cela se conjugue avec la mise en place de dispositifs technologiques de surveillance à grande échelle, dans le cadre d’une stratégie de « choc régalien » assumée par l’État dans les territoires dits d’« outre-mer ». Les Antilles sont ainsi un laboratoire où se combinent omniprésence des forces de l’ordre, militarisation de l’espace, armement intermédiaire, unités d’élite et mesures d’exception.

Des dispositifs qui préfigurent ou accompagnent des évolutions ensuite normalisées ailleurs et qui ont pu inspirer les nouvelles dispositions inscrites dans la récente loi de programmation militaire.

Ce parallèle vaut aussi pour les crimes commis par les forces de l’ordre qui, comme le dit un commniqué du LKP2Le Liyannaj Kont Pwofitasyon, abrégé en LKP (Collectif contre l’exploitation outrancière), collectif qui a mené la grève générale contre la vie chère en 2009., « prennent aux Antilles l’allure d’une coutume ».

La démarche engagée le 3 juin dépasse donc le seul cadre d’un dossier judiciaire sur une énième « bavure », ce qui serait déjà important. L’« affaire Klodo » engage une question d’une portée générale : réclamer aujourd’hui « justice pour Klodo » en exigeant tout simplement qu’un procès se tienne enfin, c’est refuser tout un système de répression coloniale d’abord spécialement conçu pour les Antilles. C’est aussi nous défendre nous-mêmes, car ce qui se passe là-bas finit toujours, d’une manière ou d’une autre, par nous revenir.