Face à l’exigence de rupture incarnée par LFI : surenchère raciste et réactionnaire de tous les tenants de la Ve République
L’ensemble du spectre politique, de la droite dure à une partie de la gauche, converge sur le même terrain que le Rassemblement national.
- Actualité politique et sociale

Dans un sondage Odoxa paru le 26 mai sur les intentions de vote pour le premier tour de l’élection présidentielle de 2027, Jean-Luc Mélenchon est crédité de 16 % d’intentions de vote, + 4 points depuis mars 2026.
Pour mémoire, en 2022, le même institut sondait Jean-Luc Mélenchon à 16 % des voix… trois jours avant l’élection présidentielle. Il avait finalement fait 6 points de plus. Dans le sondage Odoxa, Glucksmann est crédité de 11 % des voix, Tondelier 4 %, Roussel 2,5 %… Difficile, même sur le terrain déformé des instituts de sondages, de cacher la réelle dynamique autour de la campagne de Jean-Luc Mélenchon depuis son entrée en campagne le 4 mai dernier et les 150 000 soutiens acquis en vingt-quatre heures (284 000 aujourd’hui).
Chez les partisans de la primaire à gauche et du « tout sauf Mélenchon », la pilule est dure à avaler, mais tous tentent de minimiser le sondage, comme François Hollande, qui ose déclarer : « Quand il y aura des candidats assumés, assurés et notamment soutenus par le PS, je pense qu’il y aura un rééquilibrage. » Le sénateur Place publique Bernard Jomier ne masque pas son inquiétude : « On a un espace social-écologique ou rien n’émerge pour le moment. »
Surenchère anti-immigrés
Et pour cause ! L’ensemble du spectre politique, de la droite dure à une partie de la gauche, converge sur le même terrain que le Rassemblement national.
La chasse aux immigrés est devenue le marqueur commun de tous les candidats institutionnels. Marine Le Pen n’a plus besoin de prendre la parole : ses adversaires ont repris son programme mot pour mot.
Le RN a posé le cadre depuis longtemps. Marine Le Pen et Jordan Bardella promettent un grand référendum pour sanctuariser dans la Constitution le fait que la politique migratoire relève exclusivement de la compétence nationale : suppression du regroupement familial, priorité nationale pour le logement et les allocations. Bardella parle de « submersion migratoire en cours et à venir » et promet d’organiser ce référendum « dès notre arrivée au pouvoir ». Bruno Retailleau veut un texte limitant drastiquement l’immigration après modification de la Constitution et établit publiquement un lien entre immigration et insécurité. Gérald Darmanin réclame un moratoire de trois ans car « nous sommes arrivés à la limite de nos capacités d’intégration et d’assimilation », propose que « les titres de séjour délivrés pour le travail n’ouvrent plus droit au regroupement familial » et veut lui aussi réformer la Constitution pour des quotas limitatifs. Gabriel Attal revendique « la préférence travail pour l’immigration » et un système à points à la canadienne car « nous devons choisir qui on accueille et qui on n’accueille pas ». Raphaël Glucksmann précise dans son livre que « s’installer en France n’est pas un droit universel » et promet de traiter la question migratoire « sans tabou », à partir de données démographiques, économiques et sécuritaires.
Au vu de leurs points d’accord sur l’immigration, pas étonnant que la perspective de voter pour un candidat de droite n’affole pas certains « à gauche ».
Le candidat Jérôme Guedj va même jusqu’à proposer « une primaire à deux urnes » dans le JDD. En clair, « je vote pour mon candidat de gauche hors LFI au premier tour ». Et si ce dernier n’est pas au second tour, « je désigne dans le seconde urne le candidat de droite hors RN pour lequel je serai prêt à voter ». En clair, le « front républicain » avant même le premier tour !
90 milliards débloqués pour l’Ukraine par l’Union européenne
Et pendant que tous ces candidats se disputent l’électorat xénophobe et cherchent désespérément une solution pour la présidentielle, la marche à la guerre détruit méthodiquement ce qui reste des services publics. 90 milliards débloqués pour l’Ukraine par l’Union européenne, 36 milliards supplémentaires votés en silence pour la loi de programmation militaire, 800 milliards pour le réarmement européen : l’argent coule à flots pour les états-majors et les industriels de l’armement pendant que les hôpitaux ferment, que l’école s’effondre et que les salaires stagnent. Le vrai pillage du pays n’a pas besoin de visa, il se vote à l’Assemblée nationale. Mais il est tellement plus commode de pointer l’étranger que de regarder où va réellement l’argent.
Face à cette menace réactionnaire, une seule force politique de rupture, LFI refuse ce terrain et porte une tout autre perspective dans son programme : régularisations massives de sans-papiers. C’est précisément pour cela que tous s’agitent autant.
Le RN veut repousser l’âge de départ à la retraiteInterrogé le 12 mai par le quotidien allemand Frankfurter Allgemeiner Zeitung, Jordan Bardella a déclaré être en train « d’examiner la question » du report de l’âge de départ à la retraite. Le 19 mai, Sébastien Chenu tente de désamorcer la bombe sur le plateau de Franceinfo. Il avance alors l’état détérioré des finances publiques et dit qu’il faudra « trouver des marges de manœuvre ». Les travailleurs et leurs conquêtes sociales ne sont alors que des variables d’ajustement pour le RN, qui a pour priorité son agenda raciste et belliqueux de toujours. Pendant que Chenu tentait de réécrire les mots de Bardella, le bandeau de la chaîne affichait que « le RN gardera la retraite à 62 ans », selon Marine Le Pen. Le lendemain sur le plateau de TF1, lorsqu’on lui demande quel est le bon chiffre, L. Jacobelli répond « les deux sont bons ». Se contredisant plusieurs fois en une minute, il refuse de démentir Bardella et répète que le RN examine tout. Sur BFMTV le lendemain, Le Pen répète sans détour qu’elle compte garder la retraite à 62 ans, contredisant donc Bardella. Au passage, elle ne manque pas de se déclarer favorable à ce que les retraités continuent de travailler ! Visiblement, ce n’est pas la défense de l’abrogation de la réforme des retraites qui semble les préoccuper ! Entre dîners secrets avec les milliardaires et querelles internes de pouvoir pour la présidentielle, le RN semble ne plus pouvoir tenir son vernis social et révèle sa vraie nature : réactionnaire et antiouvrière, donc totalement dans le cadre des institutions anti démocratiques de la Ve République. B. Tresso |
