« Lutter contre la guerre, c’est lutter contre le capital »

"La Vérité", n° 118, est disponible auprès des militants du POI. Elle comprend, entre autres, un entretien exclusif accordé par John Rees, l’un des responsables de la coalition britannique "Stop the War" et responsable de l’organisation Counterfire.

Par Henry Halphen
Publié le 26 mai 2026
Temps de lecture : 4 minutes

La revue La Vérité n° 118 (avril-mai 2026), publiée sous la responsabilité du Secrétariat international de la IVe Internationale, sort un mois avant la tenue du meeting international contre la guerre le 20 juin prochain à Londres, qui fait suite au meeting international de Paris du 5 octobre 2025, qui avait rassemblé très largement des militants d’origines diverses et variées, dont les militants de la IVe Internationale.

Revue d’actualité politique et tribune de discussion internationale : ce numéro est consacré à apprécier le moment politique marqué par la marche à la guerre et de ses conséquences. Sa couverture résume le fil conducteur du numéro : lutter contre la guerre, c’est lutter contre le capital.

Dans les notes sur la situation mondiale, signées par le comité de rédaction, appréciation est portée sur le tournant de la crise de décomposition du système capitaliste qui menace d’entraîner l’humanité dans le chaos et la barbarie. Le déclenchement d’une guerre en Iran de la part de Trump et de Netanyahou, sans prévenir leurs « alliés », est bien la marque de l’état réel des relations mondiales. Les pays européens apparaissent pour ce qu’ils sont : des États de second ordre qui s’alignent sur les exigences de l’impérialisme américain, en augmentant considérablement les budgets militaires, et en se rangeant du côté des massacres du peuple palestinien.

À travers la guerre en Iran, il s’agit pour l’impérialisme américain, non seulement d’affirmer, avec l’aide du gouvernement israélien de Netanyahou, son contrôle sur le Moyen-Orient, mais aussi d’accentuer sa pression sur la Chine, lui disputant sa place sur le marché mondial. La marche à la guerre prend la forme d’une marche à la guerre sociale avec son corollaire de coupes budgétaires et de liquidation des conquêtes sociales. On le voit : les directions du mouvement ouvrier refusent de s’engager dans la lutte résolue contre les gouvernements fauteurs de guerre. Les travailleurs sont disponibles mais ils se heurtent à l’obstacle des dirigeants du mouvement ouvrier. Pour la IVe Internationale, il s’agit d’aider à lever ces obstacles, à frayer la voie de la mobilisation des masses, seule capable d’arrêter la guerre. Il s’agit d’opérer le regroupement des forces de rupture qui se dressent et s’organisent contre la guerre, et notamment la résistance qui s’exprime dans la jeunesse.

Un entretien exclusif avec le militant britannique John Rees (Stop The War)

L’entretien exclusif qu’accorde John Rees, l’un des responsables de la coalition Stop the War et responsable de l’organisation Counterfire, participe pleinement de cette discussion. En effet, celui-ci présente son organisation (« que nous sommes et ce que nous défendons ») : Counterfire est une « organisation socialiste révolutionnaire trouvant ses racines dans la tradition trotskyste ». S’appuyant sur l’approche de Trotsky sur le front unique, il rejette autant les sectes propagandistes que le réformisme électoral, pour insister sur la place du noyau marxiste s’adressant aux couches les plus larges de travailleurs pour les organiser. Il précise que « les révolutionnaires se rangent toujours du côté des opprimés ». Il rejette la prétendue opposition entre radicalité et mouvement large des masses. Il explique que la coalition Stop the War est résolument anti-impérialiste et antifasciste tout en rassemblant largement des militants d’origines diverses (sociaux-démocrates, syndicalistes, pacifistes…).

Une contribution d’Ulrike Eifler, syndicaliste allemande de l’IG Metall

L’article intitulé Quatre ans de guerre en Ukraine revient avec précision sur les conditions de cette guerre entre la Russie et l’Ukraine, totalement imbriquées depuis des siècles. L’indépendance de classe s’exprime par le mot d’ordre : Ni Otan ni Poutine !

La contribution de la syndicaliste allemande de l’IG Metall, et membre de la direction de Die Linke, Ulrike Eifler « pour arrêter la guerre », insiste pour la construction d’un grand mouvement pour la paix, solidement ancré dans le mouvement ouvrier, car « nos gouvernements le craignent par-dessus tout ».

L’article intitulé « La guerre permanente : une nécessité et une source de profits pour l’impérialisme » aborde la place centrale de la guerre. En rappelant l’expression de Janan Ganesh du Financial Times : « L’Europe doit réduire son État-providence pour construire un état de guerre. Il n’y a aucun moyen de défendre le continent sans coupes dans les dépenses sociales », l’article revient sur l’importance cruciale des coordinations internationales de luttes concrètes menées par les différents secteurs du mouvement ouvrier dans tous les pays contre le militarisme et la guerre permanente. Et de citer en guise de conclusion cette appréciation de Léon Trotsky : « à la guerre comme méthode pour résoudre les insolubles contradictions du capitalisme à l’apogée de son développement, le prolétariat est forcé d’opposer sa méthode à lui : la méthode de la révolution sociale. »

États-Unis, Amérique latine, Europe, Afrique…

L’actualité politique est ensuite traitée dans différents articles.

Aux États-Unis, huit millions de manifestants contre l’ICE, contre la guerre, contre Trump. Lors de ce troisième No Kings Day, une puissante mobilisation exprimant la colère grandissante pour dégager Trump et sa politique, avec une force de rupture qu’exprime DSA avec ses 100 000 adhérents à ce combat contre la guerre.

En Amérique latine, avec plusieurs contributions qui traitent des 76 bases militaires des troupes américaines sur le continent avec ses 10 000 soldats ; de la volonté de Trump d’asphyxier Cuba en renforçant le blocus qui touche le pays ; de l’expulsion de 189 000 Mexicains depuis le second mandat de Trump ; de la signification de l’offensive impérialiste au Venezuela visant à reprendre le contrôle des ressources pétrolières.

En Europe, l’article revient sur le fait que l’ensemble des gouvernements européens sont sous la pression de l’impérialisme américain : l’Europe est la base arrière des États-Unis sur le terrain militaire avec 80 000 militaires stationnés dans plus de 31 bases américaines installées en Europe.

En Afrique, où l’on assiste à une nouvelle offensive américaine pour prendre le contrôle des ressources. L’article aborde le poids de l’héritage du pacte colonial, et de la place nouvelle occupée par la Chine en Afrique afin d’y contrer l’influence américaine. Un encadré revient sur la guerre au Soudan, sur fond de rivalités impérialistes. Un entretien exclusif de deux militants du SOPA (Parti socialiste d’Azanie/Afrique du Sud) qui expliquent comment ils s’opposent à la tentative de « dialogue national » mis en place par le pouvoir, en combattant pour une Assemblée constituante souveraine qu’ils caractérisent de « dialogue du peuple ».

Dossier sur la résistance palestinienne

Le dossier Arguments est consacré à la résistance palestinienne qui est au cœur de la crise de domination de l’impérialisme. Il apporte de nombreux éléments factuels : le sionisme a été fondé sur un programme d’élimination physique, d’expulsions de la population autochtone, c’est-à-dire son génocide, et non sur son exploitation comme certains l’expliquent. La seule issue démocratique s’appuie sur le combat pour un État de tous les citoyens avec égalité intégrale des droits, et notamment sur le droit au retour des réfugiés palestiniens. Un encadré revient sur la campagne internationale abjecte visant à présenter l’antisionisme comme de l’antisémitisme. Enfin, ce numéro se termine par une page d’histoire, « Espagne – 19 juillet 1936 », qui montre comment la riposte populaire au coup d’État des militaires fascistes a déclenché la révolution sociale.

Un numéro à faire connaître et à lire, qui arrive à point nommé.