L’augmentation (insuffisante) du SMIC, une aubaine pour les patrons

Du fait des exonérations de cotisations, le patronat dans son ensemble va voir augmenter le montant des exonérations dont il bénéficie sur les salaires, allant jusqu’à 3 SMIC. Une bonne affaire pour les patrons.

(photo AFP)
Par Nicole Bernard
Publié le 25 mai 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Le 1er juin 2026, le SMIC sera revalorisé de + 2,41 %. Bien évidemment, le taux de cette revalorisation ne correspond pas du tout à la réalité, car le calcul de l’inflation est, comme d’habitude, biaisé.

Mais ce qui est important, c’est son caractère automatique. L’augmentation du SMIC selon l’inflation constatée est dans le Code du travail. Ce sont les articles L. 3132-1 et suivants. Elle s’impose à tous les employeurs : « La garantie du pouvoir d’achat des salariés prévue au 1° de l’article L. 3132-2 est assurée par l’indexation du salaire minimum de croissance sur l’évolution de l’indice national des prix à la consommation institué comme référence par voie réglementaire. » La revalorisation du SMIC appelle, en même temps, une autre remarque.

À la création de la Sécurité sociale, en 1945, la règle d’or était la suivante : grâce au financement par le salaire socialisé (les cotisations), toute augmentation des salaires rapportait de l’argent dans les caisses de la Sécurité sociale.

C’est avec cette règle d’or que les gouvernements Rocard (1991) et Balladur (1993) ont rompu en créant la contribution sociale généralisée (CSG) pour financer la Sécurité sociale (1991) et en commençant à exonérer les employeurs du paiement des cotisations (1993).

Les cotisations à la charge des employeurs diminuées de 2 milliards d’euros

Qui, aujourd’hui, paye la revalorisation du SMIC ? Les employeurs ? Non. Grâce aux exonérations de charges sociales. En effet, c’est le montant du SMIC qui sert de critère pour savoir si un employeur peut bénéficier de la réduction des charges pour les salaires allant jusqu’à un montant de 3 SMIC1Depuis le 1er janvier 2026, les employeurs bénéficient de la réduction générale dégressive unique (RGDU) entre 1 et 3 SMIC. « Unique » parce qu’elle remplace toutes les autres réductions générales.. Si bien que dès que le SMIC augmente, le montant des salaires « désocialisés » augmente.

Au point que, dans un rapport sénatorial de septembre 2025, on peut lire que « les fortes revalorisations du SMIC ont conduit à augmenter les allègements généraux plus rapidement que la masse salariale ».

Résultat : les employeurs n’auront pas à payer pour la revalorisation du SMIC, ils devraient même faire des économies, donc des profits supplémentaires.

Les économistes ont déjà calculé que la revalorisation du SMIC au 1er juin (+ 2,41 %) signifie une diminution de 2 milliards des cotisations à la charge des employeurs !

Une diminution dont on sait déjà qu’elle ne débouchera sur aucune embauche !2Exemple : entre 2017 et 2023, Carrefour a vu ses « charges sociales » allégées d’un milliard et demi d’euros. Dans le même temps, ses effectifs sont passés de 112 900 à 75 000. C’est donc la Sécurité sociale, c’est-à-dire les malades, les retraités, qui devraient supporter le coût de la revalorisation du SMIC.

Une preuve supplémentaire qu’il faut absolument en finir avec les exonérations de charges qui constituent un vol qualifié des salaires.