« Pourquoi nous serons présentes au meeting de Londres contre la guerre »
La parole à Awa N’Diaye, agente administrative, syndicaliste à la fédération FO de l’enseignement (FNEC FP-FO) et à Astrid Petit, sage-femme, syndicaliste à la CGT AP-HP, membre de la commission exécutive de la fédération de la santé et de l’action sociale.
- Actualité politique et sociale, Meeting de Londres

Awa, Astrid, vous êtes toutes les deux syndicalistes. Vous êtes partie prenante de la préparation du meeting de Londres, à titre personnel et aussi dans votre organisation. Est-ce que vous pourriez me dire, l’une après l’autre, ce qu’il en est ?
Awa : On m’a proposé d’aller au meeting contre la guerre à Paris le 5 octobre dernier. J’ai dit oui tout de suite parce que je suis contre tout ce qui concerne la guerre. Je me suis ensuite engagée dans le meeting des femmes contre la guerre le 31 janvier à Paris. Et je participerai à celui de Londres dans quelques semaines mandatée par ma fédération. C’est une continuité. Et j’ai espoir que cette mouvance qui s’organise contre la guerre grandisse. Et parle à toute la population, toutes les populations du monde.
Astrid : J’étais au meeting du 5 octobre à Paris également. C’est impressionnant de voir aujourd’hui les organisations qui appellent au meeting de Londres. Je pense qu’il y a d’autres syndicats qui vont s’y engager. Je l’espère car on sent que la guerre se rapproche. Je pense à ce qui se passe en Ukraine. Sous nos yeux, un pays qui en quelques années a été complètement démantelé. Des centaines de milliers de jeunes ont été tués sur le front, ont fui leur pays ou ont déserté. Depuis la guerre en Ukraine, il y a eu le génocide à Gaza, aujourd’hui l’Afrique à feu et à sang, Cuba qui est ciblée par les États-Unis, le Venezuela et une déstabilisation de plus en plus importante. La situation devient de plus en plus dangereuse. Et moi, je ne veux pas ça pour mon enfant, je ne veux pas ça pour les enfants du monde. Il faut que nous les arrêtions ! Pour cela, il y a nécessité que nous nous organisions en élargissant ce front pour empêcher, pour bloquer la guerre, pour arrêter la guerre.
Justement, comme vous venez de le dire, la guerre est de plus en plus pressante, de plus en plus proche. Comment ce combat contre la guerre s’incarne dans vos organisations respectives ? Et comment la préparation de ce meeting de Londres s’incarne-t-elle aussi dans vos organisations ?
Awa : Dans ma fédération, la FNECFP-FO, dès 2025, fin 2025, sur le dernier trimestre, nous nous sommes tous mobilisés, parce que la guerre dans l’Éducation nationale, l’enseignement supérieur, se concrétise par des suppressions de milliers et des milliers de postes d’agents. L’Éducation nationale maintien des personnels sous le SMIC comme les assistants d’éducation ou les AESH majoritairement des femmes.
Et en même temps, nous avons les militaires qui mettent un, voire deux pieds dans les écoles primaires, les collèges, les lycées et les universités pour recruter les prochains militaires. Mais notre rôle, nous, à l’Éducation nationale, n’est pas d’enseigner comment faire la guerre. Notre rôle, c’est d’éduquer, d’enseigner aux enfants et à les amener à s’émanciper et non à entrer en guerre contre des populations les unes contre les autres.
Il faut savoir qu’il y a des populations dans le monde qui naissent dans la guerre, grandissent dans la guerre et meurent dans la guerre. Je viens de ces contrées-là où la guerre est omniprésente dans la vie, la société de ces gens et de leurs enfants. Dans notre fédération, nous avons un mandat de nos instances pour participer à toutes ces organisations, toutes ces réunions pour lutter contre la guerre. Par exemple, nous avons organisé des rassemblements contre la venue des militaires à la Sorbonne, notamment celle du général Mandon. À Marseille, à Lyon, à Paris, partout en France, nous avons été de toutes les mobilisations, avec les élèves, avec les étudiants, pour dire « de l’argent pour l’école et pas pour la guerre ».
Astrid : Comme syndicaliste hospitalière, je suis solidaire avec mes collègues soignants, secouristes, ambulanciers, qui, notamment à Gaza, ont été sciemment ciblés, assassinés, torturés. Certains sont encore en prison aujourd’hui comme le docteur Abu Safiya. Tout cela me concerne aussi car des armes françaises sont utilisées pour bombarder et détruire ! La loi de financement de la Sécurité sociale de décembre dernier, passée grâce aux voix du parti socialiste notamment, prévoit 4 milliards d’euros de coupes supplémentaires à la santé qui doivent servir à renflouer le budget pour l’armement. Le 16 décembre dernier, ma fédération avait appelé à se mobiliser devant l’Assemblée nationale pour dire aux députés de ne pas voter le PLFSS. C’était le 16 décembre 2025, devant l’Assemblée nationale.
Ça, on ne l’avait jamais fait ! On avait été rejoints par les organismes sociaux, les syndicats de la Sécurité sociale, des enseignants qui étaient venus nous rejoindre, d’autres organisations comme FO.
C’était une première et ça a continué avec l’actualisation de la loi de programmation militaire qui prévoit encore 6 milliards de plus pour l’armée cette année, 36 milliards de plus d’ici à 2030, et donc autant d’argent qu’on va encore prendre à l’hôpital, à l’école, au budget de l’État. Et Lecornu a déjà déclaré que ça ne suffirait pas ! Le 4 mai dernier, la fédération santé, avec l’Union des syndicats de l’APHP-CGT, a été à l’initiative d’un rassemblement qui a été rejoint par d’autres fédérations de l’enseignement, par FO, par l’UD CGT de Paris, par les syndicats des fonctions publiques CGT pour dire aux députés de ne pas voter contre cette loi de programmation militaire parce que nous avons besoin de ces milliards. Ça a eu un grand écho quand même dans l’organisation CGT. Je regrette que la confédération CGT n’y ait pas appelé, ne soit pas venue pour y être représentée.
Awa : Il y a un article très inquiétant dans l’actualisation de la loi de programmation militaire, c’est le recours à un état d’exception. On se souvient tous de la loi Yadan contre laquelle on s’est battus avec ma fédération et d’autres.
Elle prévoyait la fin des libertés d’expression, la fin de critiquer qui on veut et notamment le gouvernement de Netanyahou qui massacre les populations à Gaza et au Liban. Donc comme syndicaliste ou journaliste, je ne pourrai plus critiquer le gouvernement qui fait passer des lois contre les intérêts des travailleurs ! La loi de programmation militaire est un danger pour tous les travailleurs, particulièrement pour les syndicalistes.
Quelles sont les suites dans vos syndicats du côté des actions à mener contre la guerre ?
Awa : Je voudrais souligner que le congrès de notre confédération a eu lieu il y a quelques semaines. Dans nos résolutions, nous avons l’engagement de combattre la marche à la guerre et de prendre toutes les initiatives nécessaires. C’est un point d’appui très important. Avec ma fédération, sur le plan local, comme national, nous prenons toutes les initiatives pour combattre la guerre.
Astrid : Dans la commission exécutive de ma fédération dont je suis membre, nous avons discuté des suites du 4 mai. On a entendu que les cheminots appelaient à la grève le 10 juin. Leur statut est liquidé tout comme leurs conditions de travail, ils ont raison de se mobiliser. Des revendications pas si éloignées des nôtres à l’hôpital et dans d’autres secteurs. On manque de lits, on manque de personnels collègues, les salaires sont trop bas, l’inflation, elle, explose, il n’y a qu’à voir les prix des carburants.
Force est de constater que tout est cadré par les budgets de guerre qui s’opposent frontalement à nos revendications.
Le 20 mai, près de 300 personnels avec leurs syndicats se sont rassemblés devant le siège de l’Assistance publique. On a envahi le siège pour dénoncer nos conditions de travail qui se dégradent, pour dénoncer les burn-out des collègues, pour dénoncer les moyens qui nous manquent, pour dénoncer les horaires flexibles qu’ils sont en train d’installer partout, parce qu’en effet, pour eux là-haut, il faut intensifier la charge de travail.
Propos recueillis par Yan Legoff
