« Affaire Lyhanna » : un nouveau scandale d’État pour Macron

Quelques jours avant le meurtre de la petite Lyhanna, Le Monde titrait : « Budget : la justice et France 2030 touchés de plein fouet par le plan d’économies. Le gouvernement se prépare à geler 3,2 milliards d’euros de crédits, dont 414 millions destinés à la justice. »

Lors du rassemblement place Vendôme, le 8 juin. (AFP)
Par Adrien Duquenoy
Publié le 11 juin 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Immonde

Le 4 juin, après des jours de recherche de Lyhanna, 11 ans, son corps est découvert près d’un silo agricole à Puycasquier dans le Gers. Une vague d’émotion envahit le pays. Dès le 5 juin, Macron s’exprime et après quelques formules de compassion, il va à l’essentiel de son propos : « Je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire ! » L’aveu est signé. Et pour cause, si certains responsables politiques de ce pays avaient certainement d’abord vu l’opportunité d’une forme d’union nationale dans ce drame… la réalité quant aux responsabilités dans la mort de la collégienne est venue rapidement l’interdire.

Rappelons que le principal suspect de l’assassinat de la collégienne est visé de plusieurs signalements et plaintes, notamment pour des faits de violences sexuelles sur mineures, dont une plainte déposée en 2025 et pour laquelle il n’avait toujours pas été auditionné. Ce dernier élément, déterminant, a été rapidement saisi, à juste titre, comme la démonstration d’une justice sous-dotée, incapable de suivre les dossiers, à commencer par protéger les plus vulnérables. Ce lundi 8 juin, ce sont plus de 60 000 personnes qui se sont rassemblées à travers le pays. À Paris, le rassemblement place Vendôme, c’est-à-dire devant le ministère de la Justice, avait été interdit !

Le gouvernement, préférant que la colère soit dirigée sur les magistrats, avait invité les manifestants à se rendre au Palais de justice. Mais malgré l’interdiction, ce sont plus de 3 000 manifestants qui, ne se laissant pas duper quant aux véritables responsables, ont tout de même décidé de se rendre chez Darmanin et exiger sa démission, et ce malgré les cordons de policiers présents pour les repousser. Après l’affaire Bétharram, le gouvernement (le même qui a refusé une commission d’enquête sur l’affaire Epstein et son trafic sexuel impliquant de très jeunes filles) est secoué par un nouveau scandale d’État.

Les médias officiels relaient que le gouvernement Macron a déjà fait des efforts puisque le budget à la justice est « tout de même déjà passé » à 11 milliards d’euros… Pour la Justice, on doit donc entendre qu’11 milliards, c’est beaucoup… Étonnamment quand il s’agit d’augmenter les budgets de guerre, les centaines de milliards ne sont jamais assez… « Si la justice avait eu plus de moyens, ce drame aurait pu être évité » : voilà la réalité dénoncée ce 9 juin par l’avocat des parents de Lyhanna. La réalité, c’est qu’avec dix ans de Macron, poursuivant et amplifiant la politique de ses prédécesseurs, les enfants de ce pays ne sont pas protégés. Vont-ils y remédier ?

Dans une interview donnée au Parisien ce 9 juin, David Amiel, ministre des Comptes publics précise : « Il faudra continuer à renforcer les moyens de la justice en 2027. Mais notre priorité reste de maîtriser les dépenses publiques. » Leur priorité… Immonde.

 

Réactions lors des rassemblements à Paris

La chanteuse Lio : « Je suis là parce que j’attends la vague, la lame de fond qui va changer tout ça. Je n’attends rien d’eux (du gouvernement Ndlr) car ils ne veulent pas de la justice pour nous. Ils veulent se protéger. Il n’y a pas de dysfonctionnement, c’est comme ça que ça fonctionne la justice française pour les femmes et les enfants. Quand on vole une banque, ils sont sur le coup mais pour nos enfants non ! Darmanin, démission ! »

L’actrice Anna Mouglalis : « Le rassemblement au ministère de la Justice a été interdit et on nous demandait d’aller manifester devant l’ancien palais de justice. Mais nous, on ne s’adresse pas aux procureurs. On s’adresse au ministre de la Justice.
Et c’est ça qu’on nous empêche de faire ce soir. C’est incroyable. Ce sont les gens qui luttent contre les violences qui sont ciblés comme des personnes potentiellement dangereuses. Ça fait quinze ans qu’on demande une grande loi intégrale, une loi cadre pour qu’il y ait une vraie protection des enfants et des femmes. Le manque de moyens, on le sait, on entend des choses aberrantes.
Je suis là parce que je suis très en colère. C’est d’abord une émotion, on était en larmes quand on a appris ce qui s’est passé.
Et maintenant on se tient debout et on vient protester ici parce que rien n’a été fait comme il faut. » 

 

Gabrielle Cathala, députée LFI, interpelle le garde des Sceaux Darmanin en commission des lois le 8 juin

« Alors que nous sommes toutes et tous accablés par le meurtre de la jeune Lyhanna dont je veux à nouveau saluer la mémoire et les proches, et dont la mort est une question politique centrale, vous avez le culot de maintenir votre projet de loi « justice criminelle » à l’Assemblée aujourd’hui. Vous avez présenté vos excuses à la famille et dit être terrifié par un dysfonctionnement. Dans n’importe quel pays où il reste de la dignité en politique, vous auriez pris la parole pour annoncer votre démission. En utilisant le mot dysfonctionnement, vous souhaitez faire du traitement tristement banal des violences sexuelles par les institutions judiciaires et policières quelque chose d’extraordinaire, entretenant ainsi précisément l’aveuglement sur le caractère systémique de ces violences. À force de chercher l’extraordinaire, on ne voit pas l’ordinaire et c’est cela qui permet l’impunité. Ce qui est terrifiant, c’est que la lutte contre ces violences sexuelles systémiques ne soit toujours pas une politique publique, que tous les services publics soient démantelés, que la justice soit toujours aussi patriarcale près de dix ans après MeToo. Vous avez ensuite cherché à esquiver vos responsabilités en blâmant la procureure d’Auch, désigné des responsables et annoncé des sanctions avant même que l’enquête de l’inspection générale de la Justice que vous avez-vous même ordonnée rende ses conclusions. Il fallait oser ! Pire, vous vous étonnez qu’elle soit menacée de mort après l’avoir jetée en pâture. S’il y a des responsables nous les connaissons : vous, vos prédécesseurs, vos collègues ministres de l’Intérieur, de l’Économie, Premier ministre jusqu’à Emmanuel Macron, qui, comme vous, dit qu’il ne faut surtout pas parler de moyens lorsque la France compte pourtant trois fois moins de procureurs par habitant que la moyenne européenne. Vous et celles et ceux qui ont déconsidéré les corps des femmes et des enfants et considéré que leur parole n’avait aucune valeur. »

Manuel Bompard, coordinateur de la France insoumise sur BFMTV le 8 juin

« Il y a une tentative de faire porter la responsabilité à des individus, à des dysfonctionnements individuels alors que cette tragédie révèle un problème systémique de prise en charge par notre société des violences sexistes et sexuelles de manière générale, particulièrement à l’égard des enfants. Il faut des réponses systémiques et pas seulement des sanctions individuelles. Il y a une commission indépendante, qui s’appelle la CIIVISE qui a travaillé sur les problèmes d’inceste et de violences sexuelles contre les enfants. Elle a formulé un certain nombre de recommandations, plus de 80, en 2023. Aujourd’hui, seules 25 % de ces recommandations sont appliquées. Les associations demandent 2,6 milliards d’euros pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Aujourd’hui, on n’en voit toujours pas la couleur. »

 

414 millions de coupes au ministère de la Justice pour financer la guerre

Le 1er juin, quelques jours avant le meurtre de la petite Lyhanna et l’onde de choc qui s’en est suivie, Le Monde titrait : « Budget : la justice et France 2030 touchés de plein fouet par le plan d’économies. Le gouvernement se prépare à geler 3,2 milliards d’euros de crédits, dont 414 millions destinés à la justice. »
Quatre cent quatorze millions de coupes à la justice : une déclinaison concrète des 6 milliards d’économies supplémentaires annoncées par Lecornu il y a quelques semaines, « la guerre au Moyen-Orient pesant sur les finances publiques » (Le Monde). De l’argent pour la guerre il y en a : 36 milliards supplémentaires votés il y a quelques semaines à l’Assemblée nationale pour la loi de programmation militaire. 36 milliards pris de facto aux budgets de l’école, de l’hôpital, de la Sécu et de la justice donc. 36 milliards supplémentaires votés par le PS notamment. Le même PS propose une loi intégrale visant à lutter contre les violences sexistes et sexuelles à l’encontre des femmes et des enfants. Une proposition de loi transpartisane (sans LFI) et soutenue par le gouvernement : Lecornu a annoncé que la proposition de loi serait transmise au Conseil d’État afin d’accélérer son examen, soutenue par Braun-Pivet. Dans cette proposition de loi, rien sur les moyens ! Et pour cause : le PS a permis de faire passer le budget et le budget de la Sécu avec ses dizaines de milliards de coupes au début de l’année !

Rosalie Albani

Justice de classe

Des milliers ont manifesté devant le ministère de la Justice lundi 8 juin exprimant une juste colère après le meurtre de Lyhanna. Nous sommes dans un pays où pour inquiéter et poursuivre des militants et des responsables politiques soi-disant pour « apologie du terrorisme », pour poursuivre des jeunes supporters qui fêtent la victoire du PSG ou pour passer en comparution immédiate des jeunes de banlieue, des moyens sont dépensés sans compter. À l’inverse, la défense et la protection de l’enfance, des femmes… sont traitées comme des réalités négligeables. Des défaillances de la justice ? Non, une justice de classe qui défend les intérêts de la classe dominante contre ceux des travailleurs et de leurs familles.