Classiques du marxisme : « Où va la France ? », de Léon Trotsky
Cet ouvrage est un recueil d’articles écrits par Léon Trotsky entre 1934 et 1936 sur les événements qui eurent lieu en France à cette époque (du coup de force fasciste de 1934 aux grèves de juin 1936).
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La réédition de l’ouvrage Où va la France ? en 2026, soit quatre-vingt-dix ans après sa première édition en juin 1936, est fidèle à la volonté de Léon Trotsky de rassembler une série de textes rédigés entre les années 1934 et 1936. Dans un courrier qu’il adresse le 10 juin 1936 à son camarade Jean van Heijenoort, qui assure le secrétariat administratif1Léon Trotsky, Œuvres, tome X, ILT-EDI, 1981, page 88., il précise exactement la liste des textes qui composeront ce recueil d’articles qui sera publié en décembre par la Librairie du travail sous le titre Où va la France ?. Il termine son courrier par une appréciation sur le contenu de cette brochure : « La chose la plus importante est de faire paraître la brochure aussitôt que possible, pour que les événements ne la devancent pas trop. »
Cet objectif que Trotsky assigne à cette brochure correspond effectivement au combat qu’il mène alors et au « sens du présent travail », comme il le précise à la fin de la préface qu’il rédige pour cette édition : « Quelles que soient les prochaines étapes, les combinaisons et regroupements transitoires, les flux et reflux momentanés, les épisodes tactiques, il n’y a plus dorénavant de choix qu’entre le fascisme et la révolution prolétarienne »2Préface à Où va la France ?, Léon Trotsky, Œuvres, tome X, op. cit., page 87..
Cet ouvrage est un recueil d’articles écrits par Léon Trotsky entre 1934 et 1936 sur les événements qui eurent lieu en France à cette époque (du coup de force fasciste de 1934 aux grèves de juin 1936).
La publication par l’Institut LéonTrotsky (ILT) des Œuvres de Léon Trotsky de 1933 à 1940 nous permet de disposer désormais de la totalité de ces textes initiaux en français figurant dans la sélection réalisée par Trotsky. La traduction revue à partir des originaux déposés à la Houghton Library de l’université Harvard (les Papiers d’exil de Trotsky), ainsi que l’appareil critique des notes qui l’accompagne, sont d’une grande précision et d’une qualité sans équivalent.
Cette édition de la SELIO reste conforme à la volonté de Trotsky de rester concentré sur les textes écrits sur cette période de deux ans et demi allant de 1934 à 1936. En effet, d’autres éditions sous ce même titre ont ajouté des textes écrits en 1937, 1938, 1939, et sans prendre en compte les nouvelles traductions effectuées à partir des originaux conservés à l’université d’Harvard, et souvent sans aucune note explicative, modifiant ainsi l’équilibre de la démonstration voulue par Trotsky. Autant d’éléments qui nous ont conduits à effectuer cette nouvelle édition.
Neuf textes composent cet ouvrage (lire encadré). On trouve aussi un index des noms des personnes, des journaux et périodiques cités, des matières, permettant, avec le sommaire détaillé, de s’y retrouver facilement. Cet ouvrage prend pleinement sa place dans notre collection « Classiques du marxisme ». C’est son dixième titre, qui met en son centre la défense du marxisme.
Pour donner envie de lire l’ensemble de cet ouvrage passionnant, nous publions dans cette page plusieurs morceaux choisis.
Un livre disponible à la SELIO pour le prix de 8 euros et en commande sur librairie.selio2@gmail.com
Articles du 28 mars 1935 (extraits) Le 6 février 1934, le grand capital fait descendre ses bandes dans la rue« Comment la grande bourgeoisie, maîtresse de la société contemporaine, apprécie-t-elle la situation actuelle, et comment agit-elle ? Le 6 février 1934 n’a constitué une surprise que pour les organisations ouvrières et la petite bourgeoisie. Les centres du grand capital participaient depuis longtemps au complot, avec l’objectif de substituer par la violence au parlementarisme le bonapartisme (régime « personnel »). Deux conclusions importantes découlent de ce fait : 1) les capitalistes, dès avant 1934, jugeaient la situation comme révolutionnaire ; 2) ils ne sont pas restés à attendre passivement le développement des événements, afin de recourir à une défense « légale » à la dernière minute, mais ont pris eux-mêmes l’initiative en faisant descendre leurs bandes dans la rue. La grande bourgeoisie a donné une inappréciable leçon de stratégie de classe… Une situation révolutionnaire se forme par l’action réciproque de facteurs objectifs et subjectifs. Si le parti du prolétariat se montre incapable d’analyser à temps les tendances de la situation prérévolutionnaire et d’intervenir activement dans son développement, au lieu d’une situation révolutionnaire, c’est une situation contre-révolutionnaire qui surgira inévitablement… La politique à courte vue, passive, opportuniste, du front unique, et surtout des staliniens qui sont devenu son aile droite, voilà ce qui constitue le principal obstacle sur la voie de la révolution prolétarienne en France. » « Élections municipales et législatives : une évaluation des forces, pas plus »« Les changements de l’état d’esprit politique des masses exigent la plus grande attention. Sonder à chaque étape cette dialectique vivante – telle est la tâche de l’agitation. Actuellement le front unique demeure en retard de façon criminelle à la fois sur le développement de la crise sociale et sur l’état d’esprit des masses (…) . Pour déterminer à quel degré les masses sont prêtes à la grève générale et pour renforcer en même temps l’état d’esprit de combativité des masses, il faut leur proposer un programme d’action révolutionnaire. Des mots d’ordre partiels, tels que l’abolition des décrets-lois bonapartistes et du service militaire de deux ans, trouveront assurément dans ce programme une place marquante. Mais ces deux mots d’ordre épisodiques sont tout à fait insuffisants. Au-dessus de toutes les tâches et revendications partielles de notre époque, il y a LA QUESTION DU POUVOIR. Depuis le 6 février 1934, la question du pouvoir est posée ouvertement comme une question de force. Les élections municipales et législatives peuvent avoir leur importance pour l’évaluation des forces, pas plus. La question sera tranchée par le conflit ouvert des deux camps. » « La grandiose grève de masse porte au rassemblement parlementaire un coup mortel »« Cette brochure est formée d’articles écrits à des moments divers des deux dernières années et demie. Pour parler plus précisément : de l’offensive de la coalition fasciste-bonapartiste-royaliste du 6 février 1934 à la grandiose grève de masse de fin mai-début juin 1936. Quelle grandiose amplitude politique ! Les chefs du Front populaire sont assurément enclins à attribuer le mérite du déplacement qui s’est produit vers la gauche à la clairvoyance et à la sagesse de leur politique. Mais il n’en est rien. Le cartel tripartite s’est révélé être un facteur de troisième ordre dans la marche de la crise politique. Communistes, socialistes et radicaux n’ont rien prévu ni rien dirigé : ils ont subi les événements. Le coup, inattendu pour eux, du 6 février 1934 les a forcés, contrairement à leurs mots d’ordre et doctrines de la veille, à chercher leur salut dans une alliance les uns avec les autres. La grève de mai-juin 1936, non moins inattendue, porte à ce rassemblement parlementaire un coup mortel. Ce qui peut apparaître à un regard superficiel comme l’apogée du Front populaire est en réalité son agonie. » « En rassurant les capitalistes, Blum et Jouhaux se rassurent eux-mêmes »« Selon la légende, à la question de Louis XVI : “Mais c’est une révolte ?”, un de ses courtisans répondit : “Non, sire, c’est une révolution.” Actuellement, à la question de la bourgeoisie “C’est une révolte ?”, ses courtisans répondent : “Non, ce ne sont que des grèves corporatives.” En rassurant les capitalistes, Blum et Jouhaux se rassurent eux-mêmes. Mais les paroles ne peuvent rien. Certes, au moment où ces lignes paraîtront, la première vague peut s’être apaisée. La vie rentrera apparemment dans son ancien lit. Mais cela ne change rien au fond. Ce qui s’est passé, ce ne sont pas des grèves corporatives, ce ne sont même pas des grèves. C’est la grève. C’est le rassemblement au grand jour des opprimés contre les oppresseurs, c’est le début classique de la révolution. » |
