Portugal : 3 juin… la deuxième grève générale en six mois !

La classe ouvrière, la jeunesse, tous les secteurs ont uni leurs forces lors d’une nouvelle grève, qui faisait suite à celle du 11 décembre, pour montrer leur volonté et leur force.

À Lisbonne, le 3 juin (photo AFP).
Par correspondant
Publié le 12 juin 2026
Temps de lecture : 4 minutes

Le 3 juin dernier, une grève générale a eu lieu au Portugal : la deuxième en l’espace de six mois. Les travailleurs, la jeunesse, la population veulent mettre fin à l’arsenal de guerre contre leurs droits et leurs acquis sociaux que le gouvernement Montenegro de droite veut détruire.

Du côté de la presse internationale, un silence de mort. Du côté du patronat et de son gouvernement, une dévalorisation totale. Alors que la CGTP estime que cette grève a une ampleur identique à celle du 11 décembre – certains secteurs qui n’avaient pas fait grève en décembre se sont même mis en grève en juin –, le gouvernement et la ministre du Travail, qui incarne ce qu’on appelle le « paquet » anti-ouvrier, parlent d’une « participation résiduelle ».

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. « Une grande grève générale, une grève générale qui fait suite à celle du 11 décembre… », a déclaré aux journalistes Tiago Oliveira, secrétaire général de la CGTP, la principale confédération portugaise. À l’instar de celle du 11 décembre, cette grève générale du 3 juin, la deuxième en six mois, avec des taux de participation compris entre 60 % et 100 %, a eu un fort impact sur presque tous les secteurs.

Malgré les services minimums prévus, le secteur des transports s’est pratiquement arrêté : le métro a fermé ; 75 % des trains sont restés à l’arrêt (les 25 % qui ont circulé correspondent aux services minimums) ; les ports de Setubal et de Sines ont fermé ; dans le secteur de la collecte des déchets urbains, le taux de participation a atteint 100 % dans la plupart des districts ; la grande majorité des travailleurs des services publics ont fait grève (collectivités locales, tribunaux, administration fiscale, etc.) ; les hôpitaux ont fonctionné avec un service minimum ; des centaines d’écoles ont fermé ; le ministre de l’Éducation, Fernando Alexandre1C’est ce même ministre qui, en décembre dernier, a eu l’audace d’affirmer que les étudiants pauvres étaient la cause de la dégradation des résidences universitaires : c’est en « plaçant dans les résidences universitaires les étudiants issus des milieux les plus défavorisés qu’elles se dégradent »., qui, de façon provocatrice, avait fixé l’examen de portugais à cette date, a été contraint de le reporter.

José Costa, l’un des secrétaires généraux de la Fédération des enseignants (FENPROF), a souligné que les enseignants « sont également en grève pour défendre l’école publique et la valorisation de la carrière » car « une modification aussi négative du Code du travail finirait inévitablement par se répercuter ensuite sur la législation applicable à la fonction publique » et constituerait une menace pour le « statut de la carrière enseignante ».

Les journalistes, à l’appel de leur syndicat, se sont également mis en grève. Le service de l’agence Lusa a été paralysé. Antena 3 (radio) n’a pas diffusé de journal télévisé. La participation a également été importante dans les chaînes de télévision privées (TVI, SIC) et dans des journaux comme Publico.

Dans le secteur industriel, à titre d’exemple, DS Smith (Leiria), Sovena, Bimbo et Cerealto ont affiché un taux de participation de 100 % ; Bosch (Braga) 95 % ; dans le secteur de la construction, de la céramique, du ciment et du verre, des entreprises comme Ciarga et CIMPOR ont affiché un taux de participation de 100 % ; chez Gallo Vidro, du groupe Vidrala (Marinha Grande), avec un taux de participation de 88 %, les travailleurs ont organisé des piquets de grève. Des entreprises telles que GNL Solution (Leiria), Faurecia (Palmela), Ficocables (Maia) et Knorr (Lisbonne) ont arrêté la production.

Dans les hôpitaux privés, notamment aux Lusiadas (Amadora et Lisbonne), à la CUF (Sintra) et à l’Hospital da Luz (Lisbonne), les syndicats font état d’ « impacts significatifs ».

Retrait des mesures anti-travailleurs !

Outre les syndicats affiliés à la CGTP, huit syndicats de l’UGT2Cette fois-ci, contrairement à ce qui s’est passé le 11 décembre, l’UGT n’a pas appelé à la grève générale. se sont joints à la grève générale, ainsi que d’autres syndicats non affiliés à l’une ou l’autre des deux centrales syndicales. Ce fut le cas du syndicat des conducteurs de train, du syndicat des contrôleurs aériens et du syndicat des personnels navigants (SNPVAC). L’adhésion massive des personnels navigants a entraîné l’annulation de 650 vols (70 % du total) à Lisbonne.

Malgré la crainte manifeste ressentie par la classe dirigeante face aux mobilisations et aux grèves successives, y compris les deux grèves générales, le gouvernement a annoncé qu’il présenterait, le 18 juin prochain, son projet de loi (le « paquet » anti-travailleurs) au Parlement.

Le SNPVAC a averti, dans un communiqué : « … Le gouvernement, en insistant pour faire passer cette proposition, risque de causer des dommages considérables aux entreprises et à l’économie portugaise elle-même, non seulement le 3 juin, mais cela pourrait aussi déboucher sur un été chaud », faisant allusion à l’été chaud de 1975, pendant la Révolution.

Dans le sillage de la grève générale du 11 décembre, des millions de travailleurs ont montré, une nouvelle fois, lors de cette deuxième grève générale du 3 juin, aux dirigeants syndicaux, leur force et leur volonté.

La volonté et la force sont là. Que feront les dirigeants syndicaux ? Il apparaît de plus en plus clairement qu’en mobilisant la classe ouvrière, en poursuivant sur la voie de la grève générale, il est possible :

– d’imposer le retrait inconditionnel du « paquet de mesures sur le travail » ! Ce paquet est inacceptable, il n’est pas négociable !

– d’en finir avec ce gouvernement qui démantèle les services publics (SSN, enseignement, Sécurité sociale, etc.), qui encourage la haine raciale (lois anti-immigration, etc.), l’instabilité et le chaos social.

La lutte des travailleurs portugais s’inscrit dans la lutte des autres travailleurs européens contre les budgets de guerre, contre l’attaque de leurs gouvernements respectifs contre les droits et les acquis sociaux.

C’est en tant que partie intégrante de ce combat, et forts de celui-ci, que les délégués portugais envisagent leur participation à la conférence et au rassemblement international de Londres – contre la guerre, contre la guerre sociale – les 19 et 20 juin.