Protestation anti-Poutine dans Moscou

« Le mécontentement de la population face à la guerre, aux inégalités, au nationalisme et aux exactions de l’extrême droite et des forces de l’ordre commence à se faire sentir. » Un article publié par PSL (Gauche post-soviétique) que nous reproduisons avec leur accord.

Rassemblement à Moscou, le 4 octobre. Plus de 60 personnes ont été arrêtées (compte instagram).
Par Gauche post-soviétique
Publié le 15 octobre 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Chaque année à Moscou, des rassemblements ont lieu le 4 octobre en souvenir de militants tombés en octobre 1993. Le président Boris Eltsine avait envoyé les chars, et fait des centaines de morts, pour briser l’insurrection des députés qui s’opposaient à ses pleins pouvoirs. Chaque 4 octobre le KPRF réunit environ 400 personnes dans un quartier de Moscou. Mais cette année, plus de 2 000 manifestants sont venus et ont utilisé ce 4 octobre pour viser Poutine.

La Presnia1La Presnia est la rivière qui a donné son nom au quartier ouvrier de Moscou, Krasnaïa Presnia, « la Presnia rouge », en souvenir des combats de la Révolution de 1905. redevient rouge et la jeunesse se radicalise. Le 4 octobre à Moscou avait lieu la commémoration des victimes des combats de 1993 contre Eltsine. À l’origine, l’action avait été planifiée comme une simple rencontre avec des députés, car même le parti ouvertement loyaliste qu’est le KPRF2Parti communiste de la Fédération de Russie. n’organise plus de rassemblements publics dans la capitale sous prétexte de la pandémie de Covid qui continue… en 2026.

Mais, dans le régime policier actuel, même les commémorations commencent à se radicaliser. Le mécontentement de la population face à la guerre, aux inégalités, au nationalisme et aux exactions de l’extrême droite et des forces de l’ordre commence à se faire sentir. Et là, les jeunes n’acceptent plus de se taire et se sont mis à scander :

« Russie unie aux orties ! », « À bas le tsar ! », « Élections non truquées ! », et autres mots d’ordre.

Plus de soixante personnes ont été interpellées, la plupart relâchées dans la soirée. Deux militants ont écopé de 14 jours de détention administrative pour « refus d’obéir à un ordre légitime » de la police, et l’un d’eux est actuellement menacé d’être exclu de l’université.

Trois jours plus tôt, Dmitri Morozov, un militant de gauche modéré à la réputation controversée, avait également été arrêté. Il risque jusqu’à dix ans de prison sous un motif fallacieux : le pouvoir étouffe par tous les moyens tout foyer de résistance, car pour ce régime même des gens qui acceptent le système peuvent être une épine dans la gorge.

La réaction des milieux de gauche (même modérée) est révélatrice. Des militants marginaux ont commencé à divulguer des informations confidentielles sur l’appartenance organisationnelle des personnes par simple recherche de buzz.

La direction fédérale du KPRF a, de fait, abandonné ses adhérents en se contentant d’un commentaire laconique sur son site officiel.

Des provocateurs sur les réseaux minimisent, voire approuvent les répressions contre les personnes arrêtées, en disant qu’elles l’ont bien cherché.

Les forces de gauche authentiques et internationalistes expriment leur solidarité et s’efforcent de préserver leurs militants dans des conditions policières et militaires difficiles.

Ce durcissement montre qui est qui dans la politique russe d’aujourd’hui : qui se soucie de véritables changements dans le pays, et qui cherche seulement à détourner la conversation des questions cruciales de la guerre, de la dictature et des inégalités avec un discours pseudo-marxiste.

Quant à nous, nous pensons qu’on ne peut qu’être solidaires avec les gens qui prennent consciemment des risques pour résister. La question de la paix et du socialisme en Russie, c’est celle de l’organisation de la résistance, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. Les mesures de répression ne parviendront jamais à extirper la dissidence et la sédition. Elles feront leur chemin et, tôt ou tard, elles l’emporteront.