« On veut des moyens maintenant. Aucune concession sur nos revendications »

Face à la mobilisation déterminée de la jeunesse et de la population, le Premier ministre a été contraint de faire des annonces. Mais quand on regarde dans le détail, aucune de ces mesures ne répond à l’urgence exprimée par la jeunesse.

Les organisations étudiantes et de lycéennes, à la sortie de Matignon, le 26 octobre (photo AFP).
Par Jo Calathea
Publié le 31 octobre 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Au lendemain des manifestations massives du 24 octobre, face à la mobilisation déterminée de la jeunesse et de la population, le Premier ministre a été contraint de faire des annonces en intégrant notamment la question des postes et des moyens… Annonces qu’il n’aurait jamais faites autrement. Mais quand on regarde dans le détail, aucune de ces mesures ne répond à l’urgence exprimée par les milliers qui se sont mobilisés durant ces dernières semaines.

Sortir de cette crise à moindres frais, sans remettre en cause son budget austéritaire ni ses réformes, c’est le pari que le Premier ministre a fait le 26 octobre en recevant (enfin !) les organisations de jeunesse. L’annonce phare du Premier ministre pour calmer la colère de lycéens devait concerner Parcoursup. En lieu et place de son abrogation, que tous exigent, il a seulement annoncé le remplacement de la plateforme en 2028 et une plus grande transparence sur les critères de sélection, ce qui n’a pas manqué d’énerver davantage les représentants des organisations de jeunesse.

À l’issue de la réunion, Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante déclarait : « C’est le bal des tartuffes. Ce qu’on veut, ce sont des moyens maintenant, tout de suite, à savoir 10 milliards d’euros pour l’enseignement. » Toutes les organisations tiennent la même ligne : ils ne feront « aucune concession sur leurs revendications » et maintiennent les appels à manifester les 31 octobre et 5 novembre.

Un rapide tour d’horizon des journaux libéraux le 27 octobre suffit à comprendre l’impasse dans laquelle se trouve le gouvernement sur cette question. L’édito des Échos titre : « Préserver le cœur de Parcoursup » ; l’Opinion : « Vive la sélection à l’université ! » ; Le Figaro : « Pas d’avenir sans sélection », « Si l’outil doit être amélioré, voire changé, le principe de la sélection, lui, doit demeurer ».

Les entreprises réclament une école adaptée à leurs besoins. La jeunesse réclame un avenir choisi. Loin des 10 milliards et de l’abrogation de Parcoursup.

Parmi les autres annonces de Lecornu :

– L’annulation des 836 suppressions de postes dans le second degré ;

Rappelons que le PLF prévoit 1 588 suppressions de postes et que 4 000 postes ont été supprimés à la rentrée 2026 (dont 1 368 dans le second degré), 10 000 depuis 2017 !

– La création de 10 000 places supplémentaires en BTS à la rentrée 2027, 4 000 places en BUT sur deux années et de 1 000 places pour accompagner la nouvelle licence portail santé.

Et les places à l’université que réclament les jeunes mobilisés ? Rien ! Rappelons que 120 000 jeunes n’ont pas eu accès à la filière de leur choix en 2026.

– Le plafonnement à 28 élèves des secondes générales et technologiques dans les lycées les moins favorisés à la rentrée 2027.

Donc tous les lycées ne sont pas concernés ! Et quid des classes de première et de terminale. À moyens constants, cela risque de se traduire par des classes bondées à 35 et plus dans les autres niveaux et pour ceux qui ne seront pas conservés.

– La création de 500 postes de psychologues de l’Éducation nationale, infirmiers et assistants sociaux alors qu’il manque aujourd’hui 3 361 postes d’AS et 16 000 postes d’infirmières.

– Une enveloppe de 4 milliards d’euros de prêts d’ici 2030 pour les collectivités, et du Fonds vert, pour accompagner 500 lycées sur le confort thermique d’été.

Enfin, le ministère annonce des discussions à venir sur la revalorisation des enseignants sans rien budgéter et sans dégeler le point d’indice des fonctionnaires ! Comme celle-ci, le reste des annonces est prévu pour 2028, quand le gouvernement sera parti…Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Et manifestement, personne n’y croit !

Le gouvernement annonce un débat sur l’avenir de Parcoursup à l’Assemblée nationale

Les députés seront invités, mercredi 28 octobre à 17 heures, à débattre sur l’avenir de Parcoursup. Un débat…sans vote ! Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a appelé sur X à ce que ce débat « soit suivi d’un vote, comme le permet la Constitution ». « Sinon, ce ne sera qu’un nouvel exercice d’enfumage ». Car les lycéens ne veulent pas débattre de Parcoursup : ils demandent depuis des semaines son abrogation !