Brésil : dans la rue, une marée humaine : « Lula président ! »
Le résultat du 1er tour de l’élection présidentielle a été très serré. Dans les jours précédant le second tour, ce 25 octobre, d'immenses manifestations pour la victoire de Lula ont déferlé dans de nombreuses grandes villes du Brésil.
- Actualité internationale, Brésil

Éditorial d’O Trabalho
Le résultat du premier tour a placé l’élection présidentielle de 2026 dans une situation de compétition serrée.
Flavio Bolsonaro a obtenu 47,03 % des suffrages exprimés, contre 45,16 % pour Lula, soit un écart d’environ 2,2 millions de voix. Ce résultat a provoqué une réaction immédiate de la jeunesse (voir ci-dessous) et le lancement d’une série de manifestations, mobilisant les militants et la population dans des rassemblements de masse à travers le pays.
Le second tour, prévu le 25 octobre, ouvre une nouvelle étape de la lutte électorale, sans que l’on puisse considérer que le bilan des élections est déjà établi. La mobilisation engagée pour renverser la tendance sera également déterminante pour permettre à Lula de gouverner s’il est élu.
Les problèmes de fond
Le résultat de ce premier tour a exprimé la force électorale du bolsonarisme, mais aussi la résilience du Parti des travailleurs (PT) et les difficultés auxquelles le gouvernement Lula est confronté. La progression de la représentation parlementaire du PL (Parti libéral de Bolsonaro, Ndlr) s’est faite au détriment de la droite et du Centrao. Cela contredit le discours des médias, qui cherche à susciter la peur et le découragement en présentant ce résultat comme s’il signifiait une diminution du nombre de sièges du PT, ce qui est faux1Le Parti des travailleurs passe de 69 à 70 députés, tandis que les autres partis de gauche, PSOL et PCdoB gagnent respectivement 1 et 4 députés. Le Centrao, les partis centristes du parlement brésilien, ventre mou s’alliant à la droite ou à la gauche selon les opportunités, perd 49 sièges, pendant que le Parti libéral de Bolsonaro en gagne 23..
Il ne suffit pas d’expliquer cette situation par la polarisation entre deux candidats. La crise des institutions, la dégradation des conditions de vie, l’insécurité économique et le mécontentement des couches populaires dessinent un tableau plus profond. L’ingérence des grandes plateformes numériques et les pressions exercées par les États-Unis (…) ont également influencé les résultats électoraux.
Un autre élément important pour comprendre la situation actuelle est la désastreuse politique d’alliances mise en place dans les États. Au nom de l’élargissement de la base électorale et de la capacité à gouverner, des accords ont été conclus avec des partis et des secteurs bourgeois qui n’ont pas fait campagne pour Lula. (…)
Un dialogue nécessaire
La nécessité d’une réforme politique radicale apparaît encore plus clairement. Celle-ci doit notamment comprendre le vote sur des listes pré-établies, la révision de la répartition disproportionnée de la représentation politique et le financement exclusivement public des campagnes électorales. Il faut emprunter la voie de la rupture avec ce système électoral, dans lequel le pouvoir économique, les fonds publics attribués aux partis et les amendements parlementaires pèsent de manière décisive sur les élections.
Cette proposition constitue un moyen de combattre le système et de créer les conditions d’un mouvement en faveur d’une Assemblée constituante souveraine avec Lula, dans laquelle le peuple disposerait d’une voix et d’un véritable pouvoir de décision pour ouvrir la voie aux réformes structurelles. (…)
Ouvrir la voie à l’avenir !
(…) Nous luttons côte à côte, sans condition, pour faire réélire Lula. De notre côté, nous défendons plusieurs revendications pour cette phase de la campagne, notamment :
– une réforme politique radicale ;
– la fin du système de travail de six jours suivis d’un jour de repos (6 × 1) ;
– la revalorisation du salaire minimum ;
– des moyens supplémentaires pour la santé et l’éducation ;
– la gratuité des transports publics ;
– la baisse des taux d’intérêt ;
– des financements pour la réforme agraire et les personnes installées dans le cadre de celle-ci ;
– un impôt sur les superprofits.
C’est ce que porte la déclaration de Dialogue et action pétiste du 10 octobre. Dans ce contexte, les mobilisations étudiantes et populaires, les manifestations de rue et les initiatives visant à organiser des comités Lula aux quatre coins du Brésil montrent qu’un renversement de tendance est possible.
Les rassemblements gigantesques et historiques organisés les 11 et 12 octobre sur l’avenue Paulista, à São Paulo, et à Copacabana, à Rio de Janeiro, ont démontré la volonté d’agir sans attendre exclusivement les consignes des directions politiques.
Maintenant, continuons à occuper les rues jusqu’à ce que la tendance s’inverse ! Lula à nouveau, avec la force du peuple ! n
René Munaro
Interview de Raquel, jeune étudiante en génie métallurgique à l’Université fédérale Fluminense (UFF), à Volta Redonda, dans l’État de Rio de Janeiro Quelle a été la réaction des étudiants après les résultats du premier tour ? Y a-t-il eu des mobilisations dans votre filière ? Au départ, la réaction a été marquée par la peur, notamment de la part de la faculté dans son ensemble, mais cela a suscité une forte réaction. Le lundi, lorsque je suis arrivée en cours, tout le monde en parlait. Un grand débat s’est engagé sur ce qui pourrait arriver et sur la colère provoquée par l’élection possible – désormais confirmée – de Douglas Ruas (PL) au gouvernement de l’État de Rio de Janeiro. J’ai également constaté cette réaction chez les enseignants. J’ai déjà entendu dire que, sous le gouvernement Bolsonaro, il n’y avait même plus assez d’argent pour payer la facture d’électricité. De quoi les étudiants de l’UFF ont-ils discuté lors des assemblées ? Une assemblée a eu lieu le vendredi 9 octobre. Le mouvement étudiant de l’UFF a publié une brochure expliquant comment faire barrage à l’extrême droite dans le pays. (…) La solidarité était manifeste chez toutes les personnes présentes. Lors de la manifestation du vendredi, les participants ont beaucoup insisté sur l’unité entre étudiants et travailleurs, et cette unité s’est réellement concrétisée. Une manifestation a été organisée à Volta Redonda et, tout au long du parcours, de nombreux travailleurs ont rejoint le cortège. Cela s’est transformé en un grand rassemblement réunissant étudiants et travailleurs. Tous revendiquaient de meilleures conditions de travail, la protection des étudiants et de meilleures conditions d’études. Ils dénonçaient également les raisons pour lesquelles Flávio Bolsonaro menace les droits de la population. Que pensez-vous des mobilisations étudiantes dans tout le pays ? Quel est le rôle des étudiants dans ce combat ? Je trouve cela extrêmement important. C’est magnifique de voir les gens descendre dans la rue, même épuisés après leurs cours à l’université. On voyait bien que toutes les personnes présentes avaient beaucoup de choses à faire, mais qu’elles se battaient malgré tout pour un pays meilleur. S’organiser est essentiel si nous voulons faire entendre nos revendications et nos idées au plus grand nombre. Nous allons montrer que nous ne sommes pas un groupe isolé, mais qu’une grande partie du pays est en colère face au retour d’un gouvernement hostile au peuple. Le rôle des étudiants est crucial. En plus de pouvoir nous organiser grâce aux réseaux sociaux, nous utilisons également nos campus comme des lieux de débat et de sensibilisation. |
Réduction du nombre de jours et de la durée du travail ! Le 14 octobre, le Sénat a approuvé, sans amendement et en deux tours de scrutin, par 75 voix contre 1, la proposition d’amendement constitutionnel (PEC) défendue par Lula, qui met fin au système de travail de six jours suivis d’un jour de repos (6 × 1) et prévoit la réduction de la durée hebdomadaire du travail de 44 à 40 heures, sans baisse de salaire. Il s’agit incontestablement d’une grande conquête pour la classe ouvrière ! Avant même le vote au Sénat, le chef du groupe parlementaire du PL (Parti libéral de Bolsonaro, Ndt) à la Chambre des députés, Sostenes Cavalcante, annonçait déjà que, si Flavio Bolsonaro était élu, il agirait en faveur de l’adoption de la PEC sur le travail rémunéré à l’heure (PEC 12/2026), qui, dans les faits, mettrait fin à la réglementation de la durée et des rythmes de travail. (…) La PEC 12/2026, défendue par Flavio Bolsonaro et par le sénateur Rogerio Marinho (…), instaure la rémunération à l’heure, autorise la « négociation contractuelle directe et libre » entre salarié et employeur et donne la primauté au contrat individuel sur les instruments de négociation collective. Autrement dit, il deviendrait possible de « choisir » entre le régime de droit commun prévu par la Consolidation des lois du travail (CLT) et un régime flexible fondé sur les heures effectivement travaillées. L’employeur pourrait ainsi ne payer au salarié que les heures réellement effectuées. Bien entendu, il ne s’agirait pas d’un véritable choix, mais d’une obligation imposée au moment de l’embauche. Le lendemain matin, le 15 octobre, les chefs d’entreprise ont relancé une campagne alarmiste destinée aux travailleurs, afin de tenter de minimiser cette conquête tant attendue et, par conséquent, de réduire le soutien des salariés à la mesure défendue par le gouvernement. (…) Le texte adopté prévoit la fin du système 6 × 1 au Brésil dans les 60 jours suivant la promulgation de l’amendement constitutionnel. Dans ce même délai, la durée maximale hebdomadaire du travail sera ramenée de 44 à 42 heures. 14 mois après la promulgation, la durée maximale passera à 40 heures. (…) L’adoption de cet amendement constitutionnel doit servir de moteur à la dernière ligne droite de la campagne de Lula au second tour. Assurer sa réélection est le meilleur moyen de garantir le maintien et la mise en œuvre effective de cette conquête au bénéfice de plus de 30 millions de Brésiliens. Marcelo Carlini
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