En Espagne, une nouvelle catastrophe ferroviaire : les coupes budgétaires tuent
Les investissements dans les infrastructures ferroviaires ont été divisés par 3 en Espagne depuis 2009, rappellent nos camarades de la rédaction d’« Información Obrera », après une nouvelle catastrophe meurtrière. Les dépenses militaires ont, elles, été multipliées par trois.
- Actualité internationale, Etat Espagnol

Un nouvel accident sur la ligne à grande vitesse d’Andalousie a fait des dizaines de morts ce 28 octobre. Un train a percuté par l’arrière un autre train qui était à l’arrêt sur la voie. En attendant de connaître les causes (on parle d’une erreur humaine, mais il existe une technologie qui aurait dû éviter l’accident), il faut souligner la multiplication des pannes et des accidents sur le réseau ferroviaire, tant conventionnel qu’à grande vitesse.
Toute notre solidarité va aux victimes et à leurs familles. Mais il faut aller plus loin : il faut analyser les causes de ces accidents et prendre des mesures pour qu’ils ne se reproduisent pas.
Cette succession d’accidents a une cause : la baisse générale de l’investissement dans les infrastructures, et dans les infrastructures ferroviaires en particulier.
Depuis 2010, tous les gouvernements, de l’un ou l’autre bord (Zapatero, Rajoy et Pedro Sánchez), ont réduit l’investissement dans les infrastructures, tant pour les réalisations nouvelles que pour l’entretien. Il a baissé d’environ 60 % par rapport aux niveaux de 2009 (passant de pics supérieurs à 20 milliards d’euros par an à environ 16,1 milliards d’euros en 2025).
Il n’est pas étonnant que les routes tombent en morceaux, que les problèmes se multiplient dans les chemins de fer et qu’il n’y ait pas d’ouvrages hydrauliques pour éviter les inondations.
L’investissement public augmente de 9,1 % en 2025, mais le poids des infrastructures dans celui-ci tombe à 38 % ces cinq dernières années, le plus bas depuis 1995. Bien qu’il ait progressé ces cinq dernières années, porté par les fonds Next Generation UE (après être resté à des niveaux très bas entre 2012 et 2020), il reste éloigné des chiffres maximaux d’investissement des dernières années du boom immobilier. Concrètement, l’investissement public en Espagne s’est établi à 37,2 milliards d’euros en 2025, soit 9,1 % de plus en termes réels que l’année précédente, mais encore 34 % en dessous de son niveau de 2009.
Entre 2010 et 2013, il y a eu une chute brutale de l’investissement dans les infrastructures. Bien qu’à partir de 2014 la baisse ait ralenti, cet investissement s’est maintenu à des niveaux si bas que, certaines années, il n’a pas suffi à couvrir la dépréciation des infrastructures ni à garantir leur entretien.
Trois types d’infrastructures (ferroviaires, routières, hydrauliques) concentrent 73,5 % de l’investissement total en infrastructures, et ont subi une baisse conjointe, en euros constants, de 62,5 % depuis le maximum d’investissement atteint en 2009.
Les chemins de fer ont été le secteur le plus touché : l’investissement dans les infrastructures ferroviaires a chuté de 66,7 % par rapport au pic de 2009, pour s’établir à 4,6 milliards d’euros en 2025. Autrement dit, il a été divisé par trois depuis lors. D’où la multiplication des pannes sur les lignes de banlieue, de moyenne distance et à grande vitesse.
Sur cette dernière, il y a eu un grave accident à Adamuz le 18 janvier 2026, avec 46 morts et 152 blessés. La semaine dernière, une locomotive a pris feu sur la voie en direction de Barcelone, qui est restée coupée plusieurs jours.
Les coupes budgétaires ont des conséquences. Les deux très graves accidents sur la ligne à grande vitesse d’Andalousie démontrent que les coupes tuent.
N’y a-t-il pas d’argent pour investir dans les infrastructures ? Bien sûr que si ! Sans aller plus loin, les dépenses militaires de l’Espagne ont triplé depuis 2018 (où elles se situaient autour de 11 milliards d’euros) pour atteindre près de 35 milliards d’euros prévus par l’OTAN. Ces 24 milliards supplémentaires permettraient de réaliser bien des investissements : dans le logement, dans les services publics, dans les infrastructures.
Le nouveau gouvernement (des élections législatives anticipées se tiendront en Espagne le 11 novembre, Ndt) doit s’engager à réduire les dépenses militaires et à consacrer cet argent aux besoins sociaux. Tous les partis qui veulent représenter la population travailleuse doivent inclure cet engagement dans leurs programmes.
Des dépenses militaires pour le logement, les écoles, les hôpitaux et l’investissement public !
