11 Novembre : non à l’instrumentalisation politico-militaire de l’école !

Nous publions ici des extraits de publications syndicales de la FSU, des fédérations CGT et FO dénonçant la circulaire du 11 novembre instaurant une cérémonie d'un type bien particulier, autour de cette date, dans tous les établissements scolaires.

Emmanuel Macron accompagné d’Édouard Geffray et de Catherine Vautrin pour la visite de la base militaire d’Orange, le 15 septembre (photo AFP).
Par la rédaction d’IO
Publié le 6 novembre 2026
Temps de lecture : 6 minutes

Les syndicats enseignants contre la circulaire sur le 11 novembre du ministre Geffray

– Snes-FSU : « Retrait de la circulaire “11 Novembre” »

« L’obligation faite à tous les établissements d’organiser une cérémonie commémorative autour du 11 Novembre instrumentalise élèves et personnels. Elle pose des problèmes pratiques, pédagogiques, et plus largement politiques, dans un contexte qui voit se banaliser à l’échelle internationale le nationalisme et le militarisme.

Réuni en Conseil national le 22 et le 23 septembre, le SNES-FSU a posé le cadre de son action syndicale relative à cette cérémonie commémorative : il soutient les collègues refusant de participer à la préparation et à la cérémonie dans leur établissement. Il appelle tous les personnels à ne pas assister à cet événement, dès lors qu’il impliquerait la présence de personnalités dont les valeurs ne sont pas celles de l’École de la république. Il demande expressément au ministère de retirer la circulaire et le guide. ll appelle les personnels à rejeter toute tentative d’intrusion des pouvoirs locaux et/ou de l’institution militaire, y compris par la grève pour boycotter cet événement.

(Dans le guide de mise en œuvre, Ndlr), l’objectif est donc, explicitement, d’exalter un sentiment d’unité nationale dans un contexte de guerres. Le ministre prétend que la cérémonie ne viserait pas à célébrer la guerre, mais le guide et la circulaire font la part belle aux uniformes. (…)  La forme elle-même imite les rituels propres aux cérémonies militaires, en les calquant quasi à l’identique au sein des écoles, des collèges et des lycées. En effet, le guide indique que lorsqu’un drapeau est présent dans les établissements, un temps de “reconnaissance ou de salut” peut lui être consacré.

On retrouve ce qui a été pratiqué lors des “séjours de cohésion” du SNU (service national universel), instrument de militarisation de la jeunesse. Toutefois, le SNU ne regroupait que des jeunes volontaires, à la différence de cette nouvelle cérémonie. Chaque année des élèves volontaires sont par ailleurs présent·es dans les commémorations officielles du 11 Novembre devant les monuments aux morts des communes, ce qui n’a rien à voir avec le contexte d’une obligation imposée à l’intérieur d’un établissement et sur le temps scolaire. » (Extraits de la circulaire du 27 septembre.)

– CGT Éduc’action : « L’établissement scolaire n’a pas vocation à devenir un espace de discipline imposée ni un relais de la communication patriotique du ministère. »

« La CGT Éduc’action appelle les personnels à ne pas participer à cette cérémonie. Le ministre assure que la cérémonie “ne célèbre pas la guerre”. Pourtant, le sacrifice, l’uniforme et l’hymne en sont le cœur ! (…) Une mémoire imposée n’est plus une mémoire. Le 11 novembre est déjà férié et des jeunes participent librement aux cérémonies de leur commune. Rendre le rituel obligatoire, c’est transformer le souvenir en exercice d’obéissance. Ce n’est pas notre métier. Nous apprenons aux élèves à distinguer l’Histoire de la mémoire, à étudier l’une et à interroger l’autre.

L’établissement scolaire n’a pas vocation à devenir un espace de discipline imposée ni un relais de la communication patriotique du ministère.

Au-delà de cette mesure qui va augmenter les missions des directeur·rices d’école : l’École doit rester un lieu d’émancipation, d’esprit critique, de travail collectif et d’éducation, pas un terrain d’expérimentation de mesures symboliques imposées d’en haut. » (extraits du communiqué « Cette cérémonie se fera sans nous ».)

– FNEC FP-FO : « Pas de “destinée commune” qui tienne avec les fauteurs de guerre ! »

« Décidément, le ministre ne perd pas une occasion de mettre l’École au diapason de la marche à la guerre et de l’ouvrir aux promoteurs en tout genre de la propagande militaire. Cette cérémonie se présente comme une nouvelle déclinaison, de la Revue nationale stratégique 2025 qui préconise « d’acculturer près de dix millions de jeunes de 13 à 25 ans aux enjeux de défense et de sécurité nationale ». Elle est aussi l’occasion de mettre les personnels, dont ce n’est pas la mission, et qu’ils le veuillent ou non, à contribution dans l’entreprise gouvernementale d’embrigadement de la jeunesse.

Une “destinée commune” ? Dans la guerre?

En 1922, quatre ans après la Première Guerre mondiale qui venait de causer la mort d’une dizaine de millions de travailleurs et de jeunes, l’écrivain Anatole France réglait son compte à ce genre de formule pompeuse en écrivant dans L’Humanité : “On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels”.

Cette déclaration a conservé toute son actualité, car ce ne sont toujours pas les enfants des Trump, Netanyahou, Poutine, Zelensky, Macron, Merz et consorts ni de leurs amis milliardaires, qui vont perdre leur vie au front.

Lors du meeting international contre la guerre qui s’est tenu à Londres le 20 juin dernier, le militant lycéen Félix Kreklow Rojas, organisateur des grèves scolaires en Allemagne contre la conscription, qui ont fait l’objet de répression, a déclaré : “Si c’est la démocratie pour laquelle ils veulent que nous nous battions, je refuse de tuer pour cela, et je refuse de mourir pour cela !” Pour la FNEC FP-FO, il n’y a pas de “destinée commune” qui tienne avec les fauteurs de guerre !

Le rôle de l’École c’est d’instruire les jeunes pour en faire des citoyens libres, capables de réfléchir par eux-mêmes, pas d’organiser des cérémonies pour leur bourrer le crâne avec une mémoire officielle gonflée de récits guerriers.

Si le ministre veut que les élèves acquièrent une “culture commune” historique, littéraire, scientifique leur permettant de comprendre le monde, il n’a qu’à annuler les 4 000 suppressions de postes d’enseignants prévus à la rentrée 2026, et créer les postes nécessaires !

Retrait de la circulaire “11 novembre” !

Arrêt de tous les dispositifs de militarisation de l’École !

S’il y a une chose à retenir du 11 novembre, c’est que tout doit être fait pour que les jeunes générations n’aient pas à subir des boucheries telles que la Première, la Seconde Guerre mondiale et toutes les guerres qui ont suivi. » (Extraits du communiqué du 10 juillet 2026.)

Loire-Atlantique

Un conseil municipal demande l’abrogation de la circulaire

Lors du conseil municipal de Saint-Jean-de-Boiseau, petite commune située près de Nantes, un vœu présenté par les élus LFI a recueilli une majorité de suffrages (17 voix pour, 4 contre et 8 abstentions). Il demande l’abrogation de la circulaire du 2 juillet 2026, relative à la mise en place d’une cérémonie commémorative de l’armistice du 11 novembre dans les écoles et un hommage à tous les morts pour la France.

Dans son édition du 19 octobre, Ouest-France relate le débat sur cette question : « Pour Hélène Macon, élue minoritaire, l’école a pour mission d’instruire la jeunesse, afin de former des esprits libres et critiques et non de préparer les esprits à la guerre. Elle ajoute que la circulaire remet en cause l’autonomie des enseignants et laisse la possibilité de faire intervenir des représentants militaires. On laisse la porte ouverte à l’armée qui rentre dans l’école, sachant qu’on est dans un contexte de préparation à un conflit par la guerre. Des élus de la majorité ont voté pour le retrait de la circulaire. Jean-Pierre Échevin a soutenu le vœu en pointant un autre aspect de la circulaire : l’hommage à tous les morts pour la France. “Cette circulaire intègre aussi tout ce qui a été nos guerres coloniales. J’en suis particulièrement inquiet.” »

Un « dispositif aux relents vichystes »

Extrait du blog de B. Girard, enseignant, publié le 26 août 2026 sur « Le club de Mediapart » en réaction à la circulaire du ministre Édouard Geffray sur le 11 novembre.

« Pour le 11 Novembre, la cour de récréation de toutes les écoles de France transformée en espace sacré à la gloire des “morts pour la France”, à la gloire de la guerre. Anticipant sur l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, l’Éducation nationale fait du lavage de cerveau militaro-patriotique une discipline à part entière. Ce n’est plus une dystopie.

Les élèves – tous les élèves du CM1 à la terminale – au garde-à-vous devant le drapeau, minute de silence, dépôt de gerbe, appel des morts (sic), discours du ministre, Marseillaise, fanfare militaire, Anciens combattants (d’Algérie) au premier rang, etc. Ce n’est pas seulement dans la Russie de Poutine mais en France où, aux alentours du 11 novembre, la cour de récréation de tous les établissements scolaires publics et privés se transforme l’espace d’une journée en une sorte d’espace sacré à la gloire des “morts pour la France”.

Plusieurs millions d’élèves, 900 000 enseignants offerts en victimes expiatoires à une injonction de Macron, à un fantasme militaro-patriotique devenu rituel scolaire par la magie d’une Éducation nationale à qui l’obéissance absolue au principe du chef fait oublier sa mission éducative. (…)

Pour trouver quelque chose qui ressemble à ces prescriptions, il faut remonter à 1941 avec la décision du gouvernement de Vichy de faire hisser le drapeau solennellement le lundi matin dans tous les établissements scolaires. Une initiative saluée avec enthousiasme par Maurras : “Le nouvel État français a compris magnifiquement la nécessité du salut aux couleurs. Une chose aussi grande que la patrie doit être l’objet d’une reconnaissance publique, d’un culte solennel, apparu aux regards de tous.”

Hommage obligé, recueillement obligé, respect obligé : en totale contradiction avec les principes d’une éducation civique ouverte censée faire des citoyens critiques et autonomes, cette cérémonie viole la liberté de conscience des élèves, des familles, des personnels desquels on exige une “posture” de soumission à une opinion non discutée, celle qui transforme les victimes des guerres en “morts pour la France”, une imposture qui s’autorise à parler à la place des morts et justifie toutes les guerres menées au nom de la France. (…)

Par la violence symbolique qu’elle représente, par la brutalité avec laquelle elle s’impose à un public par nature captif, cette journée de commémoration scolaire ne ressemble à rien de ce qu’on a connu jusqu’ici.

Novembre 2026 : le calendrier fait sens. Dans le contexte d’une année électorale de tous les dangers, se voit institutionnalisé sous forme scolaire un rituel rejoignant les nombreuses propositions de l’extrême droite visant à intégrer les symboles nationaux au quotidien des élèves (lever des couleurs, Marseillaise quotidienne, etc.). En novembre 2027, avec l’éducation civique remplacée par une éducation patriotique, l’enseignement de l’Histoire réduit au roman national, l’extrême droite au pouvoir n’aura rien à changer à un cérémonial institué un an plus tôt par l’Éducation nationale. »