En Serbie, victoire de la « Liste étudiante »

Les élections législatives anticipées du 25 octobre ont vu la défaite du parti SNS du président Vucic. La "Liste étudiante" remporte la majorité des voix et 140 députés sur 250. Une interview exclusive de Milena Repajic, dirigeante du PGR (Parti de la gauche radicale de Serbie).

Dimanche 25 octobre à Belgrade, la population fête la défaite de Vucic (photo AFP).
Par la rédaction d’IO
Publié le 1 novembre 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Qu’est-ce qui a permis l’effondrement du système Vucic-SNS ?

Milena Repajic : Plusieurs facteurs ont conduit à l’effondrement du système, non seulement du système Vucic-SNS, mais aussi de la structure politique mise en place en 2000. D’une part, la réaction des autorités face aux morts lors de l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad en 2024 et aux manifestations qui ont suivi a été totalement inadéquate. La réaction, en termes de responsabilité politique et judiciaire, est arrivée trop tard, en grande partie parce que le SNS avait acquis un pouvoir considérable qui l’a conduit à l’arrogance, mais aussi parce que ce pouvoir reposait sur un réseau clientéliste très ramifié. La loyauté de ce réseau aurait été menacée si ses membres avaient su que le gouvernement les abandonnerait facilement.

De plus, il est essentiel que le mouvement se soit développé en dehors de la structure existante des partis parlementaires, ainsi que de ladite « société civile », et ait longtemps résisté aux influences de cette dernière. Cette structure, jusque-là la seule force organisée opposée au SNS, est ce qui a permis à Vucic de se maintenir au pouvoir.

Elle n’avait aucune crédibilité auprès du peuple, soit à cause de ses liens politiques et financiers étroits avec l’establishment européen, soit à cause de son manque de contact avec les ouvriers et les paysans ; elle représentait exclusivement la bourgeoisie urbaine et instruite, mais s’était toujours approprié les manifestations exprimant le mécontentement envers le gouvernement. Ils ont tenté de faire de même avec le mouvement étudiant, mais sans succès total, grâce à l’organisation en plénum des étudiants.

Peux-tu expliquer ce qu’est la « Liste étudiante » et quelles sont ses revendications ?

La « Liste étudiante » est une liste de candidats aux élections législatives qui n’a pas été constituée par un parti politique, mais sélectionnée par des étudiants au terme d’un processus complexe de démocratie directe, étalé sur une année. Ce processus a permis de réduire un vivier de plusieurs centaines de personnes à une liste finale de 250 candidats.

Si la plupart de ses revendications s’inscrivaient dans le cadre de la démocratie bourgeoise – comme le respect de l’État de droit et la lutte contre la corruption –, l’implication d’étudiants et de candidats progressistes a permis d’introduire des propositions plus radicales.

Celles-ci incluaient notamment la remise en cause des monopoles commerciaux, la suppression du recours aux huissiers privés afin de protéger le droit au logement, la réforme du droit du travail, ainsi que l’arrêt des exportations d’armes vers l’Ukraine et Israël. La « Liste étudiante » proposait également un référendum sur le maintien de l’intégration au sein de l’Union européenne ; bien qu’elle ne formule pas une critique aboutie de l’UE, cette démarche constitue une étape importante vers une démocratisation et marque une rupture avec la position dominante au sein de l’élite politique, selon laquelle « il n’existe pas d’alternative à l’Europe ».

Comment les étudiants sont-ils parvenus à tisser des liens avec les populations rurales et les classes populaires ?

Si le cœur du mouvement est demeuré urbain et issu de la classe moyenne, les résultats électoraux montrent que les étudiants ont également su toucher les classes populaires et les populations rurales.

Des étudiants progressistes ont mis sur pied le « Front social » – une structure de type coalition regroupant divers collectifs de travailleurs, auto-organisés et indépendants des syndicats.

Ils ont par ailleurs lancé l’initiative « Un étudiant dans chaque village », qui a permis de sillonner les villages de toute la Serbie et d’atteindre ainsi de nombreuses personnes qui n’avaient pas voté auparavant. C’est ainsi qu’un écart de 500 000 voix s’est creusé entre les étudiants et le SNS.

Comment le PGR voit le combat pour la suite ?

La lutte ne fait que commencer. Au sein du mouvement étudiant et de la « Liste étudiante », on trouve des individus aux orientations politiques diverses qui ont su trouver un terrain d’entente ; il est toutefois fort possible que des courants politiques distincts émergent dans les années à venir.

Nous prévoyons que certains éléments issus de l’ancien système – provenant de milieux de la société civile proches des partis politiques libéraux et de groupes de pression alignés sur l’UE – tenteront d’exercer une influence sur les élus et sur la future administration. Nous continuons à soutenir les forces de gauche et progressistes au sein du mouvement étudiant et de la « Liste étudiante » dans leur combat contre les éléments réactionnaires présents dans leurs propres rangs.

Par ailleurs, en tant que parti d’opposition et alternative de gauche, nous poursuivons le renforcement de nos capacités organisationnelles, avec un congrès prévu en décembre. Nous veillerons à ce que la « Liste étudiante » tienne ses promesses – qu’il s’agisse de l’amélioration des droits des travailleurs, de la suppression des huissiers privés, de l’organisation d’un référendum sur l’intégration européenne, du maintien de la neutralité militaire, de la fin de la coopération avec Israël, etc.