Brésil : « Première analyse du second tour de l’élection présidentielle »

Une immense mobilisation dans la rue, pour une exigence de rupture avec le système institutionnel, a permis la victoire de Lula, estime le comité national de Dialogue et action pétiste (DAP), qui regroupe des militants et des responsables du Parti des travailleurs (PT) du Brésil.

Une marée humaine défile à Rio de Janeiro pour défaire Bolsonaro la veille du second tour, samedi 24 octobre (AFP).
Par DAP
Publié le 1 novembre 2026
Temps de lecture : 5 minutes

« Hier, 25 octobre, le peuple brésilien a surpris le monde entier. Dans un revirement sans précédent, il a réélu Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence lors du second tour, avec 10,4 millions de voix de plus qu’au premier tour, pour un total de 64,3 millions. Le candidat du PT a recueilli 51,8 % des suffrages exprimés, contre 48,2 % pour Flavio Bolsonaro (PL). Un écart deux fois plus important que celui enregistré par son père (Jair Bolsonaro) en 2022. Le peuple a mis un frein à la subordination à l’impérialisme en Amérique latine !

Le dollar a grimpé et la Bourse a chuté de 50 %, jusqu’à ce que le circuit breaker (dispositif anti-krach) se déclenche. Pendant ce temps, dans un lycée de Cidade Tiradentes1Cidade Tiradentes est un grand quartier résidentiel de São Paulo, situé à une trentaine de kilomètres du centre-ville, avec une forte concentration de logements sociaux., à l’extrême est de São Paulo, pendant la récréation, les jeunes chantaient et dansaient au son de “Olê, Olê, Olê, Olá, Lula, Lula”.

Trump, quant à lui, a déclaré aujourd’hui que l’élection “semblait avoir été truquée”, sans aucune preuve. Son acolyte, Flavio, qui avait annoncé “la fin de l’ère du PT”, affirme désormais qu’il va demander “l’invalidation de la candidature du PT”.

Dans les journaux, les chroniqueurs de la classe dominante sont effrayés, craignant une “flambée de tensions”.

D’où vient cette force ?

En 21 jours, des millions de personnes sont descendues dans les rues dans des centaines de villes, lors de milliers de manifestations, dans le cadre de la plus grande mobilisation populaire de l’histoire du Brésil. Désormais, rien ne sera plus comme avant !

C’est le résultat de l’engagement de la jeunesse qui a “assumé ses responsabilités” (Lula) face aux enjeux, et qui avait commencé à descendre spontanément dans la rue dès le lendemain du premier tour, sans attendre les ordres d’une direction qui se tapait alors la tête contre le mur2Le 4 octobre, Bolsonaro était arrivé en tête au premier tour de la présidentielle, devant Lula, avec plus de deux millions de voix d’écart..

Ce mouvement entretient un lien historique avec les puissantes manifestations de jeunes, chacune dans son contexte propre, en France, en Italie, en Belgique, en Grèce, en Serbie et en Albanie, ainsi qu’aux États-Unis. La lourde roue de l’histoire est en train de tourner.

Au Brésil, la mobilisation a rassemblé les couches populaires et démocratiques, et s’est propagée via les réseaux sociaux (et non l’inverse). Oui, les acquis sociaux du gouvernement Lula et des gouvernements précédents étaient menacés, la démocratie était menacée, la souveraineté était menacée ; l’avenir de la jeunesse était en jeu.

La jeunesse a poussé le peuple à entrer en scène

C’était “politiquement nécessaire, difficile, mais mathématiquement possible de renverser la situation”, avions-nous déclaré au DAP le 10 octobre.

Les masses populaires sont entrées en scène en développant des formes élémentaires d’auto-organisation : manifestations spontanées, équipes de campagne, production de matériel et groupes d’entraide pour inciter les gens à voter.

Ce fut une victoire contre les pronostics des “analystes” nationaux et internationaux.

En effet, le candidat bolsonariste était soutenu par l’impérialisme américain, ce qui a permis au Parti libéral de rassembler rapidement les dirigeants des partis de droite, tous aux côtés de l’Agro3Agro désigne l’agro-industrie qui représente une part substantielle de la production de richesses au Brésil., de Faria Lima4Faria Lima désigne la principale artère financière de São Paulo., des détaillants et des géants de la tech, avec en tête les milices et les mafias associées (Master5Master renvoie ici au scandale de Banco Master, des enquêtes de la police fédérale ayant mis en évidence l’existence d’une fraude bancaire appuyée sur un réseau criminel, l’utilisation d’une milice privée et des ramifications politiques., etc.).

Le président bolsonariste du Tribunal supérieur électoral (TSE) (…)  a quant à lui semé la confusion dans les bureaux de vote et, hier, n’a pas statué sur les recours déposés contre le boycott des bus, crime électoral commis par des maires et des entreprises de transport.

La lutte continue !

Les menaces qui pèsent sur le résultat du scrutin appellent à une mobilisation massive pour la cérémonie d’investiture à Brasilia le 5 janvier, voire avant. La fin du système de travail “6×1”6« 6×1 » désigne le combat des travailleurs au Brésil contre les six journées de travail et une seule journée de repos. entrera en vigueur dans 50 jours, mais le sabotage patronal, auquel Flávio s’est engagé, a déjà atteint les entreprises.

À la veille du scrutin, Lula a déclaré à la télévision que “la participation du peuple et la descente dans la rue des étudiants nous obligeront à adopter une nouvelle façon de gouverner”. En effet. La nation attend la parole du président.

La direction du PT doit changer. Elle ne peut pas continuer à se contenter de suivre le Planalto7Le palais du Planalto est le siège de la présidence à Brasilia., comme le font la gauche et de nombreux syndicats et mouvements. C’est de cette manière qu’est née la ligne de “défense de l’héritage”, qui a rabaissé le programme dans des alliances impossibles et a failli tout faire capoter au premier tour. La direction devrait troquer les tapis des bureaux contre le bitume et la boue, et apporter son soutien à leurs luttes vitales.

Regardons la réalité en face : le système est pourri.

Sur Globo, le playboy a provoqué avec les “neuf doigts”8Lors d’un débat télévisé, dans l’entre-deux tours, Flavio Bolsonaro l’a accusé de « donner d’une main et de reprendre avec ses neuf doigts », allusion grossière à un accident du travail lorsque Lula était ouvrier métallurgiste.. Mais lorsque Lula a dénoncé le fait que “des millions de travailleurs sont victimes d’accidents du travail à cause de l’irresponsabilité patronale qui nous oblige à travailler pendant des journées où nous sommes contraints de nous rendre au travail”, Lula a montré qui est véritablement antisystème.

Ce système pourri ne constitue pas une issue

Cette Constitution, qui a été rafistolée par 130 amendements constitutionnels réactionnaires, ne résout pas les problèmes de la vie du peuple. Le quatrième gouvernement Lula, pour tenir ses engagements et répondre aux attentes populaires, pour “en faire plus”, sera assiégé par la réaction : par le budget pris en otage par la Chambre des magouilles, par le tapage autour de l’ajustement budgétaire9Le terme désigne la pression que les marchés financiers cherchent à exercer sur le pouvoir, dans le sens d’un plan d’austérité pour réduire la dette publique. et par un Tribunal suprême fédéral qui a perdu toute crédibilité, à la merci du Sénat de droite.

Aujourd’hui, la meilleure solution consiste à aller de l’avant avec Lula aux commandes pour mettre en place une réforme politique et judiciaire radicale, et ouvrir la voie à une Assemblée constituante souveraine librement élue, qui procède aux réformes structurelles – abroger la réforme du travail, l’article 142 (GLO)10Référence à l’article 142 de la Constitution brésilienne pouvant justifier des opérations militaires temporaires dites de Garantie de la loi et de l’ordre (GLO) à l’initiative du président de la République (Ndt)., instaurer l’impôt sur les grandes fortunes, trancher la question de la réforme agraire, des renationalisations nécessaires et de la suppression des intérêts.

Il faut une rupture démocratique avec ce système.

Nous appelons tous ceux qui ont été à nos côtés dans la bataille électorale, en agissant aux côtés du PT, à rejoindre le DAP. Afin d’avancer ensemble avec d’autres secteurs politiques et sociaux dans la construction du Mouvement pour la réforme politique radicale, en préparant une rencontre nationale début 2027.

Nous appelons dès à présent à organiser des réunions du DAP – en accordant une attention particulière à la jeunesse qui se mobilise – dans les villes, les quartiers, les écoles, les universités et les catégories professionnelles, afin de discuter du bilan électoral et des prochaines étapes.

Pour la défense des droits et la lutte pour de nouvelles conquêtes !

Pour la défense de la souveraineté nationale ! » 

Lundi 26 octobre 2026