Allemagne : « Tous les agriculteurs de tout le pays sont dans la rue »
Le 18 décembre déjà, les agriculteurs ont paralysé Berlin. De nombreuses manifestations et rassemblements de protestation ont suivi. Nous publions un article du journal SoPoDe qui revient sur la situation des paysans en Allemagne.
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« Après le jugement rendu, le 23 novembre dernier, par la Cour constitutionnelle fédérale qui a déclaré le budget anticonstitutionnel, le gouvernement fédéral s’est empressé de préciser que les dépenses militaires et les coûts de la guerre en Ukraine ne seraient pas touchés, tout comme les subventions aux grandes entreprises. Par contre, il a décidé de prendre des mesures d’austérité contre les agriculteurs, à savoir supprimer les aides telles que les subventions pour le diesel agricole.
Un nouveau coup de massue porté sur la tête des agriculteurs qui depuis longtemps déjà subissent les pressions exercées par les groupes de l’agroalimentaire avides de profits, ainsi que par les investisseurs financiers.
En Allemagne, quatre groupes de distribution se partagent le marché de l’alimentaire : le groupe Edeka, le groupe Rewe, le groupe Aldi et le groupe Schwarz. En 2021, ces quatre groupes détenaient plus de 85 % du chiffre d’affaires du commerce de détail du secteur alimentaire, soit plus de 218 milliards d’euros au total. Ils peuvent souvent dicter leurs conditions aux petits fournisseurs et déterminent les prix d’achat.
À cela s’ajoutent les coûts imposés par l’industrie des engrais et des pesticides, qui ne cesse d’engranger des bénéfices toujours plus importants.
Mais il y a aussi l’augmentation des prix de l’énergie due à la politique de sanctions menée par le gouvernement fédéral qui entraîne une hausse considérable des coûts que les agriculteurs ne peuvent pas répercuter. Tout cela réduit leurs revenus.
Le 18 décembre déjà, les agriculteurs ont paralysé Berlin avec jusqu’à 3 000 tracteurs. De nombreuses manifestations et rassemblements de protestation ont suivi. Le 10 janvier, par exemple, ils étaient 4 000 à Dresde ; à Bremerhaven les agriculteurs ont paralysé le terminal à conteneurs ; dans le Brandebourg, plus de cent accès aux autoroutes ont été bloqués ; des manifestations ont eu lieu à Mayence, Augsbourg, Flensburg, Schwerin, en Hesse, Cottbus, Hanovre. Des agriculteurs du Schleswig-Holstein et de Basse-Saxe se sont rendus au port de Hambourg formant trois cortèges de tracteurs…
Tous les agriculteurs de tout le pays sont dans la rue, qu’ils soient à la tête de petites exploitations ou agriculteurs écolos en passant par les exploitations familiales jusqu’aux grandes coopératives.
Le lundi 15 janvier 2024, les agriculteurs se sont mobilisés pour clôturer leurs actions de protestation par une marche en étoile et un grand rassemblement à Berlin, rue du 17-Juin.
Rejoints par d’autres contre le gouvernement Scholz
Les agriculteurs ont été rejoints dans de nombreuses villes et communes par des chauffeurs de poids lourds, les transporteurs de l’Association fédérale du transport de marchandises et de la logistique (BGL), qui s’opposent à la hausse des tarifs aux péages des autoroutes et demandent davantage d’investissements de l’État dans la réparation des ponts et des routes ; des entreprises de bus privées, mais aussi de nombreux artisans se sont associés à ce mouvement de protestation. Les chauffeurs de taxi annoncent également des actions de protestation. Les artisans rejoignent les agriculteurs, leur protestation visant entre autres la loi sur le chauffage.
La décision du gouvernement fédéral de supprimer les subventions au prix de l’énergie et de l’électricité touche l’ensemble de la population. La révolte des paysans est le signe avant-coureur d’un soulèvement social beaucoup plus profond et plus large de la population.
Toutes les forces politiques ont protesté contre les agriculteurs et les ont mis en garde contre une « infiltration de la droite dans leurs protestations ». Une exception : Sahra Wagenknecht, et son parti Was tun. Elle a déclaré : « Chaque euro de charge supplémentaire pour les agriculteurs en Allemagne est un euro de trop. Je soutiens leurs protestations et demande au gouvernement fédéral de revenir intégralement sur les suppressions prévues. »
