Deuxième rencontre nationale des quartiers populaires

Samedi 13 janvier, le député Eric Coquerel, député de la circonscription, avec la France insoumise, organisait la deuxième édition des Rencontres nationales des Quartiers populaires à Epinay-sur-Seine (93).

Lors de la rencontre des quartiers populaires à Epinay-sur-Seine, le 13 janvier (Photo LFI).
Par Ophélie Sauger
Publié le 28 janvier 2024
Temps de lecture : 6 minutes

Initiée le 18 novembre 2018 à Épinay-sur-Seine, cette 2e rencontre a réuni des militants de toute la France : Toulouse, Marseille, Lyon, Roubaix, Reims, Grenoble, Amiens, Montpellier, Rouen et l’Ile-de-France.

Animée par plusieurs militants dont Djangou Traoré, des tables rondes et des interventions de plusieurs députés de La France insoumise, des maires de différentes communes, de militants associatifs, de militants syndicaux, de membres de collectifs de familles de jeunes victimes des violences policières. Les organisateurs se donnent trois objectifs : dresser un bilan des inégalités, rédiger des propositions politiques et affirmer la place des luttes des quartiers populaires dans la « révolution citoyenne. »

Les services publics, le logement, la tranquillité publique et le pouvoir dans nos villes

Différentes séquences jalonnaient les rencontres.

Le premier sur les services publics a pointé la politique de destruction des gouvernements dans les transports, les hôpitaux, l’école, les services, la Sécurité sociale, et a rappelé la victoire de La France insoumise avec l’adoption. Nora Nidam, syndicaliste à la Sécurité sociale, intervient sur le combat contre la politique actuelle du gouvernement « qui dresse les travailleurs les uns contre les autres. N’en déplaise à ce gouvernement, il n’y a qu’une seule classe ouvrière en France et la Sécu symbolise cette unité. » (lire encadré ci-dessous) Le maire de Stains Azzedine Taïbi a rappelé la mise en place sur sa commune d’un comité de défense qui a permis avec plus de 3 500 signatures de maintenir la Poste et le centre de Sécurité sociale.

Plusieurs interventions concernant la séquence des logements ont montré une volonté des habitants de se regrouper et de combattre pour obtenir la réhabilitation des logements, intervenir contre la hausse des charges et des loyers ou quand le chauffage ne fonctionne plus.

Ramata Aidara, suppléante de la députée Sarah Legrain et militante du 19e dans le quartier Rosa Parks explique qu’elle a créé un groupement de locataire avec les habitants pour faire le contrôle des charges contre les arnaques, en obtenant des remboursements, se sont saisi de l’appel national des locataires appuyé par La France insoumise pour organiser des portes à porte auprès de 250 locataires.

À Marseille, des militants regroupés en Collectif de défense des locataires et des habitants du quartier d’Eroues (11e arrondissement), sont intervenus sur leur quartier, « quartier populaire, symbole de l’abandon de l’État, mais aussi un quartier qui se bat, qui ne laisse pas faire. » Des luttes victorieuses à propos du scandale de la légionellose suite à l’absence de travaux d’entretien des bailleurs. 300 familles ont porté en justice le bailleur et elles ont gagné.

Plusieurs collectifs de familles de jeunes victimes de violences policières, dont Assa Traoré pour le collectif Vérité et Justice pour Adama, ont pris la parole, avec des maires et des députés, pour relater les faits des meurtres commis par la police dans les quartiers populaires.

Ali Rabeh, maire de Trappes, revient sur les fusillades qui ont eu lieu dans sa ville en juin dernier : « avec les habitants du square de la commune, nous avons décidé qu’il ne fallait pas attendre un mort pour réagir et avons décidé de se regrouper devant le commissariat, nous étions 300. Ils demandaient une police respectueuse, du dialogue, pas des cow-boys car dans nos quartiers il n’y a pas d’Indiens. » Il ajoute, « je ne suis pas un maire antiflic, je suis un maire récolté contre les bavures policières, les contrôles au faciès. »

À Marseille, le député Sébastien Delogu est revenu sur la situation préoccupante dans sa ville où il y a un mort par semaine. La séquence « pouvoir dans nos villes » est revenue principalement sur la lutte contre l’abstention et comment amener les habitants des quartiers populaires à participer aux élections.

Cessez-le feu en Palestine et retrait de la loi Immigration

Des militants politiques sont revenus sur les combats contre la politique du gouvernement la veille des deux appels à manifester pour le Cessez-le-feu en Palestine le samedi 13 janvier et pour le retrait de la loi immigration le dimanche 14 janvier. Le militant Palestinien Salah Hamouri est revenu sur l’importance de la mobilisation internationale pour le Cessez-le-feu : « une solidarité politique », la responsabilité de Macron et des gouvernements dans la poursuite du génocide.

Aboubacar Dembélé, porte-parole du Collectif Uni-e-s contre l’Immmigration jetable, intervient pour le retrait de la loi immigration : « C’est une loi raciste qui vise à précariser et discriminer l’ensemble des immigrés, avec ou sans papiers. On nous parle de “méchants” et de “gentils”, mais il n’y a qu’un seul “méchant”, c’est le gouvernement. Cette loi, elle fait la guerre aux Français. Nous sommes la classe ouvrière, le problème ce sont les salaires insuffisants, ce ne sont pas les immigrés. Merci aux députés et à La France insoumise pour le soutien et on vous donne rendez-vous demain place de la République. »

Jean-Luc Mélenchon est intervenu dans l’après-midi sur les différents thèmes de la journée. « L’unité populaire, c’est se regrouper autour de revendications, pas par nation, et vous ferez jaillir la nation par l’unité des revendications. Ce pays est à nous, nous l’aimons tel que nous le voulons, pas tel que vous le gouvernement le fait. »

Intervention de Nora Nidam

« Syndicaliste à la Sécurité Sociale, je ne peux rester silencieuse devant ce gouvernement qui fait tout pour détruire nos services publics qui sont indispensables à tous et en premier lieu aux habitants des quartiers populaires.

Des attaques on en a subi mais ce gouvernement est celui qui va le plus loin dans la casse des services publics et notamment avec la casse de l’école de la République, la casse de l’hôpital public, la casse des services publics de transport…

Et comme cela ne suffit pas, il faut encore nous diviser selon nos origines. Et cela dans le cadre d’une répression comme on n’a jamais connu.

Ce gouvernement qui veut dresser les travailleurs les uns contre les autres est aussi complice d’un gouvernement qui massacre la population de Gaza.

La sécu ne reconnaît pas le concept de nationalité !

Mais n’en déplaise à ce gouvernement qui souhaite dresser les travailleurs les uns contre les autres on leur répond qu’il n’y a qu’une seule classe ouvrière et la Sécu symbolise l’unité de cette classe en France !

En effet, peu importe notre nationalité ou notre couleur de peau, dans la salle tout le monde a un numéro de Sécu !

C’est la Sécu de 1945 qui prévoit en son article 1 qu’« il est institué une organisation de la sécurité sociale destinée à garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent. »

C’est ça la solidarité ouvrière, avec la couverture en cas de maladie, les prestations CAF et les retraites ! La Sécu ne reconnaît pas le concept de nationalité dans un contexte où en 1945 elle a été arrachée par les travailleurs.

Et c’est l’article 5 des ordonnances du 19 octobre 1945 qui le stipule, je cite : « Les travailleurs étrangers remplissant les conditions visées à l’article 2 ci-dessus sont assurés obligatoirement dans les mêmes conditions que les travailleurs français ».

Cette unité de la classe ouvrière, c’est gravé dans les ordonnances de 45 ! C’est pourquoi à la Sécu on se mobilise pour le retrait pur et simple de la loi Immigration, loi raciste et réactionnaire mais aussi parce que c’est une offensive frontale contre la Sécurité sociale et ses fondements !

En conditionnant le versement des allocations familiales et de l’Aide personnalisée au logement (APL) à une durée de présence en France pour les étrangers, la loi immigration remet en cause ce principe et donc le droit.

Les centres d’accueil physiques de la Sécu dans le collimateur

La destruction de la Sécu passe aussi par la liquidation des accueils physiques. Il leur faut supprimer le dernier lien concret qu’ont les assurés avec leur caisse pour pouvoir détruire la Sécurité sociale de 1945.

Ce n’est pas un hasard si les premiers centres de Sécu ont vu le jour à une vitesse inimaginable. Alors que le pays était en ruine, entre octobre 1945 et juin 1946, nos centres de Sécu sont sortis de terre par la seule volonté de la classe ouvrière ! Ils l’ont réalisé car ils savaient que si la Sécurité sociale n’était pas vite matérialisée, le patronat aurait eu vite fait de la faire disparaître.

Aujourd’hui, le gouvernement actuel veut répondre aux vœux du patronat en liquidant les centres que nos anciens ont bâtis.

Pour la défense de nos accueils et du lien concret avec nos assurés, on n’hésite pas à se mettre en grève, le dernier mouvement remontant au 1er décembre dernier dans deux CPAM d’Ile-de-France.

Nous agents de la Sécu, on revendique la réouverture des accueils CAF, CPAM et Caisses vieillesse sur tout le territoire et principalement dans les quartiers où beaucoup d’entre nous sommes issus.

Les agents de CPAM et de CAF s’adressent aux salariés

Mais seuls avec nos petits bras les agents de la Sécu n’y arriveront pas. C’est tous ensemble qu’on peut y arriver. C’est pourquoi jeudi dernier, suite à une réunion syndicale, des agents de certaines CPAM et CAF d’Ile-de-France ont pris l’initiative de s’adresser aux assurés !

S’organiser c’est le nerf de la guerre et ces rencontres y contribuent !

Je remercie la France Insoumise de permettre cette jonction et qui mène le combat car vous êtes sur tous les terrains de résistance et le fait que la loi sur la réouverture des accueils physiques du service public ait été votée est pour nous à la Sécu un formidable essai marqué qu’il nous faut transformer !

Contre la loi Darmanin, pour la défense des services publics et de la Sécu, organisons-nous !