Défense des libertés syndicales en Algérie

Dans un éditorial intitulé « Refus de la politique du fait accompli », la rédaction du journal algérien « Fraternité ! » informe du combat contre deux projets de lois gouvernementaux qui menacent l'existence des syndicats.

La Une du journal Fraternité!, 1er au 15 février.
Par La rédaction de Fraternité
Publié le 26 février 2023
Temps de lecture : 2 minutes

Il ne se passe pas un jour sans qu’on enregistre une prise de position de syndicats (UGTA, syndicats autonomes) appelant avec persistance au retrait des deux projets de loi s’attaquant brutalement à l’existence des organisations syndicales et la remise en cause du libre exercice des libertés syndicales et du droit de grève.

Au moment où nous écrivons ces lignes, aucune réaction officielle n’est venue du côté du gouvernement ni du Parlement qui poursuit, comme si de rien n’était, l’examen des projets de lois en commission.

Ce mutisme obstiné des autorités est d’autant plus incompréhensible qu’il s’agit d’organisations syndicales qui parlent au nom de millions de travailleurs actifs et retraités.

Ces organisations ont exprimé, par communiqués, déclarations et de vive voix, devant le ministère du Travail, les membres de la commission des affaires économiques de l’APN et les groupes parlementaires, la position ferme de rejet des deux projets de lois et leur retrait pur et simple.

Le 28 janvier 2023, lors d’un important rassemblement commémoratif du 26e anniversaire de l’assassinat de l’ex-secrétaire général Abdelhak Benhamouda, plus d’un millier de cadres syndicaux de l’UGTA, venus de tout le pays, ont réitéré avec force la revendication de retrait des deux projets de loi.

Lors du congrès du syndicat Cnapeste (éducation) tenu les 12 et 13 février 2023, plusieurs responsables syndicaux (autonomes) ont, lors de leurs interventions, profité de la présence de l’inspecteur général du ministère du Travail pour rappeler l’exigence de retrait des deux projets de loi élaborés par « le gouvernement sans consultation des syndicats », en mettant l’accent sur le fait que ces projets sont en contradiction avec la constitution et les conventions de l’OIT, pourtant ratifiées par l’Etat algérien.

L’un des responsables syndicaux a fait remarquer au représentant du ministère du Travail qu’à ce jour « aucune organisation patronale ne s’est exprimée sur les deux projets de lois, car ils sont en faveur de l’employeur en général et du patronat en particulier ».

Ces deux projets de loi, qualifiés par plusieurs syndicats de franchement liberticides et anticonstitutionnels, interviennent dans un climat général, pour le moins qu’on puisse dire, délétère, marqué par le maintien en prison de dizaines de détenus politiques et d’opinion et d’atteintes sous différentes formes à la liberté de presse, au droit à l’organisation en partis politiques, en associations…

Malgré les arrestations, les poursuites judiciaires, les intimidations…, les travailleurs avec leurs syndicats ou leurs collectifs continuent de se battre pour la satisfaction de leurs revendications légitimes (Sonelgaz, Algérie Poste, entreprises des ex-oligarques, préemploi…) – lire quelques exemples de ces luttes dans ce numéro de Fraternité ! Comme partout dans le monde, ces travailleurs, syndicalistes, militants ouvriers défendent résolument les législations de travail protégeant les libertés syndicales, car sans l’existence des syndicats, qui jouent également le rôle de digues de défense de la souveraineté nationale, sans le droit de grève, patronats, employeurs et gouvernements auront la voie libre pour exploiter à merci la classe ouvrière.

Ce cours régressif n’est pas irréversible, c’est la raison pour laquelle UGTA et syndicats autonomes refusent la politique du fait accompli.

Ils ont parfaitement raison !