Qui espèrent-ils pouvoir convaincre ?

Emmanuel Macron fait feu de tout bois depuis quelques jours dans les médias : interview au Financial Times, dans la revue Challenges, dans le journal financier L’Opinion, sur TF1 (avec une audience toute relative)… A propos de la proposition de loi déposée par le groupe parlementaire Liot le 8 juin prochain, le chef de l'Etat déclare : « Ce sera l’occasion de continuer à expliquer notre projet », déplorant juste avant que « si j’ai un regret, c’est que nous n'ayons pas réussi à expliquer suffisamment la nécessité de cette réforme ». Il y aurait donc un malentendu ? Les Français n’auraient donc pas compris ? Mais qui espèrent-ils pouvoir encore convaincre, sur la « réforme » des retraites comme sur le reste ?

Emmanuel Macron était l’invité du 20 heures sur TF1, le 15 mai. Selon l’audimat de la chaîne, l’audience n’était pas au rendez-vous (photo AFP).
Par Pierre Valdemienne
Publié le 17 mai 2023
Temps de lecture : 3 minutes

Emmanuel Macron fait feu de tout bois depuis quelques jours dans les médias : interview au Financial Times, dans la revue Challenges, dans le journal financier L’Opinion, sur TF1 (avec une audience toute relative)… Il y réaffirme que « les classes moyennes aussi devront payer », que « le cœur de la bataille de cette réforme des retraites, c’est le “travailler plus” », qu’il faut « réformer là où c’est possible sans légiférer », qu’il s’agit d’une « révolution cachée » (L’Opinion, 15 mai), ou encore qu’au cours des six ans de mandature, l’exécutif a « baissé le coût du travail » et que dans la prochaine période, « il faut continuer de réformer plus vite, plus fort » (Challenges, 11 mai).

Cette avalanche d’annonces destinée à tourner la page des retraites et à démontrer sa détermination à accomplir jusqu’au bout le mandat que lui a confié le capital financier, en dépit de la résistance considérable à laquelle il fait face, a pour effet d’approfondir le rejet qui se concentre de plus en plus sur les institutions et sur Macron lui-même (voir sondage Elabe/BFMTV ci-dessous).

Il le sait et c’est la raison pour laquelle le chef de l’Etat mais aussi sa Première ministre interviewée dans Le Journal du Dimanche (14 mai) invoquent à chaque fois qu’ils en ont l’occasion le « dialogue social » avec les organisations syndicales. Pour Macron, ce serait mieux si toute ou partie des organisations syndicales se décidait à accompagner ces annonces.

Un « dialogue » sur quoi ? La « réforme » des retraites ? L’ensemble des organisations syndicales qui sont reçues en bilatérales par Elisabeth Borne mardi 16 et mercredi 17 mai ont averti que s’ils viennent à Matignon, c’est pour demander le retrait de la « réforme » et poser leurs exigences en matière de salaires et de conditions de travail. La dégressivité des allocations chômage ? C’est non… La mise sous condition du RSA ? C’est non…

A propos de la proposition de loi déposée par le groupe parlementaire Liot1Libertés, indépendants, Outre-mer et territoires. le 8 juin prochain, qui occasionne quelques sueurs froides à l’exécutif, au point que les trois groupes parlementaires du camp présidentiel ont demandé ce mardi 16 mai que le texte soit déclaré irrecevable au titre de l’article 40 de la Constitution2Cet article dispose que les propositions et amendements formulés par les parlementaires « ne sont pas recevables » s’ils entraînent « une diminution des ressources publiques » ou « l’aggravation d’une charge publique ».,

le chef de l’Etat avait déclaré : « Ce sera l’occasion de continuer à expliquer notre projet », déplorant juste avant que « si j’ai un regret, c’est que nous n’ayons pas réussi à expliquer suffisamment la nécessité de cette réforme ». Il y aurait donc un malentendu ? Les Français n’auraient donc pas compris ? Mais qui espèrent-ils pouvoir encore convaincre, sur la « réforme » des retraites comme sur le reste ?

Certainement pas ceux qui continuent, jour après jour, à descendre dans la rue à chaque déplacement d’un ministre du gouvernement ou de Macron lui-même (lire notre reportage pour la venue de Macron à Versailles).

Certainement pas les millions qui ont fait grève et manifesté depuis quatre mois à l’appel de toutes les confédérations et qui s’apprêtent à se mobiliser à nouveau le 6 juin prochain pour le retrait de la « réforme » des retraites, matérialisant le fait que la classe ouvrière entraînant la masse de la population ne recule pas.

Selon le dernier sondage Elabe/BFMTV :

– 57 % des Français ne jugent « pas crédible » la baisse des impôts pour les classes moyennes ;

– 62 % (+ 2 points) souhaitent que la mobilisation contre la réforme des retraites continue ;

– 69 % des Français estiment que la réélection d’Emmanuel Macron a été « une mauvaise chose pour le pays » ;

– pour 68 % des Français, le qualificatif « méprisant » s’applique bien au chef de l’Etat.