Maduro de retour au Brésil après huit ans d’ostracisme
Fin mai, le président vénézuélien a effectué une visite officielle au Brésil.
- International, Venezuela

Après l’échec des Etats-Unis dans leur tentative de renverser le gouvernement Maduro, le début de la guerre en Ukraine a conduit Joe Biden à ajuster sa politique envers le pays sur la question du pétrole, visant à garantir son approvisionnement aux marchés précédemment importateurs de la Russie (qui souffre des sanctions imposées par les pays occidentaux), ce qui a allégé quelque peu la pression sur le Venezuela, même si les sanctions les plus dures demeurent.
La défense catégorique par Lula du droit de l’Etat vénézuélien à être représenté dans les réunions internationales a constitué un soutien très important dans un contexte d’érosion du pouvoir hégémonique des Etats-Unis.
Le ton provocateur que ces derniers ont adopté pourrait indiquer une nouvelle orientation de certains gouvernements latino-américains, qui ne seront pas à l’abri des pressions de l’impérialisme américain. En tout état de cause, Maduro a réalisé une avancée importante avec sa présence à Brasilia. Il a poursuivi sa réinsertion sur la scène internationale et la légitimité de son gouvernement a cessé d’être un sujet de débat.
Mais les déclarations de Lula et sa rencontre avec Maduro ont suscité des réactions.
Le département d’Etat américain a déclaré que « la politique américaine soutient l’effort conjoint avec la communauté internationale pour faire face à la situation humanitaire au Venezuela, et soutient les négociations qui conduisent à des élections libres ». Les présidents de l’Uruguay, Luis Lacalle Pou, et du Chili, Gabriel Boric, ont tous deux critiqué le gouvernement vénézuélien. Malgré cette position, Boric a nommé un nouvel ambassadeur à Caracas. La droite brésilienne a approuvé une motion à la Chambre des députés pour rejeter la visite de Nicolas Maduro. Le chef de l’opposition vénézuélienne, Juan Guaido, a condamné à lui seul les déclarations de Lula.
Au Venezuela, ce qui a suscité la perplexité, c’est l’annonce de Maduro selon laquelle il offrirait de l’électricité au Brésil, appelant les investisseurs privés à reconstruire la ligne de l’approvisionnement, alors qu’il y a des pannes d’électricité dans presque tous les Etats du pays à l’heure actuelle.
Le tournant programmatique de Maduro
Depuis 2018, un tournant programmatique s’est amorcé sur le terrain économique. Les politiques mises en œuvre aujourd’hui par le gouvernement Maduro sont celles qui étaient réclamées par l’opposition libérale et de droite depuis des décennies : les privatisations, depuis 2015, de manière ouverte : transfert à des mains privées de terres ou de terrains appartenant à l’Etat, ou dissimulée : associations ou sociétés mixtes. L’approbation de la loi anti-blocus a permis à l’Etat d’approfondir ces privatisations. L’élimination du contrôle des changes et la dollarisation des transactions économiques, acceptées par l’Etat, ont donné le pouvoir à une nouvelle élite économique dans le pays.
Le gouvernement poursuit sa politique de remplacement des ajustements de salaires réels par des primes, ce qui, en plus de détruire les salaires, affecte les prestations sociales, en violation de la Constitution bolivarienne. Il existe des salaires mensuels équivalents à 5 dollars, bien inférieurs à ce que les organisations internationales considèrent comme le salaire de l’extrême pauvreté (57 dollars), ce qui rend les licenciements moins coûteux pour les patrons et a fini par provoquer l’émigration de milliers de travailleurs ainsi qu’une augmentation des inégalités sociales.
Le pays reste englué dans une crise prolongée et persistante
La « reprise économique » controversée a éclaté comme une bulle, révélant des parcelles d’investissement issues d’une corruption généralisée et éhontée. Le puissant ministre Tareck El Aissami, l’un des poids lourds du gouvernement, est lié à un scandale de corruption au sein de PDVSA, la compagnie pétrolière qui est la plus grande entreprise publique du Venezuela, avec le détournement de 23 à 26 milliards de dollars provenant des exportations de pétrole.
L’opposition de droite fait un commerce lucratif avec le blocus international du pays : vol des actifs de la nation, comme dans le cas de Citgo (filiale de PDVSA pour les affaires à l’étranger), comptes dans des banques aux Etats-Unis et en Europe, or déposé dans des banques en Angleterre, dollarisation. Au moment même où nous passons de la situation de résistance aux attaques de l’impérialisme à celle de la remise en cause de la souveraineté économique nationale du Venezuela, avec l’approfondissement d’un capitalisme vorace et anarchique.
Le gouvernement Maduro tente de bloquer le processus de mobilisation indépendante de la classe ouvrière, avec la croissance de courants dissidents qui pourraient devenir un référent politique.
D’où sa dérive autoritaire et bonapartiste qui, s’appuyant sur le contrôle des institutions, persécute et judiciarise désormais les partis de la révolution bolivarienne, comme le PPT, l’UPV et les Tupamaros. Actuellement, les dirigeants du chavisme utilisent la Cour suprême pour attaquer le Parti communiste vénézuélien (PCV), afin de lui imposer une orientation favorable au gouvernement. De même, les travailleurs et les syndicalistes qui revendiquent leurs droits en matière de travail sont criminalisés, arrêtés et soumis à des procédures d’enquête.
Ainsi, malgré le déblocage diplomatique en faveur du gouvernement, à l’intérieur du Venezuela et en vue du scénario électoral qui s’ouvre en 2024, il n’y a pas de clarté sur l’orientation du processus politique ouvert avec l’arrivée du chavisme au pouvoir.
