Rien ne saurait justifier…

La mort tragique de vieillards, d’enfants, de femmes et d’hommes israéliens ne s'aurait justifier la mort tout aussi tragique de vieillards, d’enfants, de femmes et d’hommes de Gaza.

Ville d'Aza, à Gaza, le 19 octobre (AFP).
Par Lucien Gauthier
Publié le 19 octobre 2023
Temps de lecture : 4 minutes

La réputée journaliste israélienne Amira Hass écrit : « En quelques jours les Israéliens ont vécu ce que les Palestiniens vivent depuis des décennies. » Ce qui était une prison à ciel ouvert devient maintenant un camp : plus d’eau, d’électricité, de nourriture, de médicaments. Deux millions de personnes vivent à Gaza : le territoire le plus peuplé du monde est menacé d’extermination. L’OMS dénonce une catastrophe sanitaire.

L’ancien général de Tsahal et ancien chef du conseil de sécurité d’Israël Giora Eiland : « Nous devons créer une catastrophe humanitaire sans précédent à Gaza, cela permettra à Gaza de se retrouver soit sans Hamas, soit sans êtres humains. » Depuis des décennies les Palestiniens subissent une violence effroyable.

C’est ce génie scientifique du XXe siècle, Albert Einstein, qui devant la situation en Palestine déclarait : « Ce sont effectivement les épigones des organisations terroristes de 1948 qui inévitablement conduisent Israël – qu’ils gouvernent – vers la catastrophe. »

En effet, le sionisme est inséparable de la violence.1Avant la Deuxième Guerre mondiale, le mouvement sioniste était une extrême minorité. Le grand parti implanté était le Bund, un parti socialiste, antisioniste. Après la Première Guerre mondiale, la Palestine, après l’effondrement de l’Empire ottoman, était sous mandat de la Grande-Bretagne. Des petits groupes sionistes sont venus d’Europe pour s’installer en Palestine, terre sur laquelle vivaient Juifs et Arabes depuis des siècles. Ils ont constitué des organisations secrètes, Irgoun et Hagana, considérées comme des organisations terroristes qui organisaient des attentats sanglants contre les Palestiniens et les Anglais. En juillet 1946, un attentat à la bombe, à l’hôtel King David, fit près de 100 morts et 50 blessés. Après la deuxième guerre mondiale, les juifs d’Europe, voulaient quitter ce continent pour aller aux Etats-Unis et au Canada, où vivaient d’importantes communautés juives ; mais les Etats-Unis refusèrent de recueillir les juifs pour les contraindre à aller en Palestine pour donner vie au projet sioniste de création de l’Etat d’Israël, pilier de leur domination dans la région. Et instaurant un véritable apartheid débouchant sur la situation actuelle de violence.

Six millions de victimes par les hordes nazies contre les juifs ne peut légitimer le massacre des Palestiniens. Ce sont les milices sionistes qui en 1948, massacrèrent des villages entiers de Palestiniens pour terroriser la population palestinienne, la faire fuir, et laisser place nette aux juifs d’Europe.

Un héros du soulèvement du ghetto de Varsovie contre le sionisme

Marek Edelman est un héros, il faisait partie des cinq commandants du soulèvement du ghetto de Varsovie. Dans ce commandement unifié, il représentait son parti, le Bund. Après-guerre, il resta fidèle à ses idéaux du Bund et resta en Pologne jusqu’à sa mort en 2009 (personne ne peut lui contester le statut de héros, mais on évite de parler de lui en Israël, et Claude Lanzmann qui a réalisé le film sur la Shoah n’est pas allé l’interviewer, alors qu’il était le dernier vivant du commandement du soulèvement du ghetto de Varsovie).

Marek Edelman déclarait : « Si Israël a été créé c’est grâce à un accord entre la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et L’URSS. Pas pour expier les six millions de juifs en Europe, mais pour se partager des comptoirs au Moyen-Orient. (…) Quand on vit au milieu de millions d’Arabes, on doit se mêler à eux et laisser l’assimilation, le métissage faire son œuvre. »

Une nouvelle purification ethnique

Et dans une interview, il répondait : « Votre philosophie israélienne consiste à penser qu’on peut tuer vingt arabes, pourvu qu’un juif reste en vie. Chez moi, il n’y a pas de place, ni pour un peuple élu, ni pour une terre promise. »

Effectivement, depuis la création de l’Etat d’Israël, le peuple palestinien a souffert et continue de souffrir. En juin 1982, un meeting est convoqué par la Parti communiste internationaliste (nom de la section française de la IVe Internationale à l’époque) contre les massacres au Liban. En effet, les troupes israéliennes avaient attaqué le Liban dans les localités de Sabra et Chatilah, il y avait un immense camp essentiellement peuplé de femmes, d’enfants, de vieillards et de malades, les hommes étant partis combattre.

L’armée israélienne encercla le camp et laissa entrer les phalangistes, milices chrétiennes fascistes, qui perpétrèrent un massacre en assassinant 2 000 enfants, femmes et vieillards sous l’œil du boucher Sharon ministre de la Défense d’Israël. Dans ce meeting, Pierre Lambert, qui avait échappé à la déportation, qui combattait l’occupant nazi notamment dans la construction de syndicats clandestins de la CGT, lui qui avait une vingtaine d’années durant la Deuxième Guerre mondiale, prenait la parole : « A ceux qui rappellent l’holocauste organisé par les nazis, nous disons : le corps éventré et disloqué d’un enfant juif du ghetto de Varsovie ne saurait avoir un prix plus grand que le corps éventré et disloqué de l’enfant palestinien. » (Lire page 12.)

C’est Jeff Halper, l’un des initiateurs juifs de la campagne pour un seul Etat qui écrit, le 9 octobre 2023, à propos de l’offensive actuelle contre Gaza : « Je vais me coucher ce soir avec la certitude que pendant que je dors, Israël commet un génocide à Gaza. »

Les bombardements massifs de Gaza, le déplacement des populations du nord vers le sud de la bande de Gaza, et que certains parlent même d’expulser les 2 millions de Gazaouis en Egypte ! Une nouvelle Nakba (catastrophe, en arabe, en référence à l’expulsion des Palestiniens en 1948). Bref, une purification ethnique ! C’est l’horreur consistant, au nom de l’horrible responsabilité collective, à considérer tous les Palestiniens comme des assassins !