Haïm Bresheeth-Zabner : « Israël génocidaire : j’accuse ! »

Extraits de l’article du professeur Haïm Bresheeth-Zabner dans Middle East Monitor (26 octobre 2023). Cinéaste, professeur associé à la School of Oriental and African Studies de Londres, il est membre de la Campagne pour un seul Etat démocratique.

Rafah, au sud de Gaza, après un bombardement de l'armée israélienne, (AFP).
Par Haïm Bresheeth-Zabner
Publié le 2 novembre 2023
Temps de lecture : 3 minutes

A près les atrocités commises par certains des assaillants contre des civils israéliens dans les communautés frontalières, des atrocités bien plus graves ont été commises par les Forces de défense israéliennes (FDI) qui bombardent et prennent pour cible 2,3 millions de civils palestiniens sans défense, dont la moitié est désormais sans abri, à Gaza. (…). Comme d’autres régimes coloniaux, Israël cherche avant tout à séparer la population autochtone de sa terre, et ces projets sont essentiellement des opérations immobilières militarisées. (…)

« Au vu et au su de tout le monde »

Sa phase de nettoyage ethnique a commencé en 1947, juste après que les Nations unies ont décidé de diviser la Palestine, offrant aux sionistes 55 % du pays, une injustice scandaleuse. Israël s’est cependant battu pour s’emparer de 78 % de la Palestine, expulsant 750 000 Palestiniens dans le processus, et en 1967, il a pris le contrôle de l’ensemble du pays, expulsant 250 000 Palestiniens supplémentaires. Depuis lors, il a utilisé tous les moyens imaginables pour déloger les Palestiniens restants de leur terre : vol de terres, colonies illégales, brutalités quotidiennes, arrestations massives, exécutions arbitraires, expulsions massives de villages et de villes, détention de milliers de Palestiniens sans inculpation dans le cadre de la « détention administrative », exécutions extrajudiciaires, et un Etat d’apartheid cruel contrôlant l’ensemble de la Palestine et utilisant l’Autorité palestinienne comme force de police indigène pour assujettir les Palestiniens.

A Gaza (…) aujourd’hui, la dernière phase du projet sioniste est en marche, sous le gouvernement d’extrême droite le plus brutal et le plus islamophobe qu’Israël ait jamais élu. (…)

 Contrairement à l’Holocauste, ce génocide se déroule au vu et au su de tout le monde. L’Occident encourage Israël à aller de l’avant, tandis que les médias occidentaux soutiennent et facilitent les atrocités. Les réactions occidentales constituent elles-mêmes un crime de guerre – le président américain Joe Biden et ses collègues occidentaux réclament le sang des Palestiniens en encourageant l’attaque et l’invasion de Gaza par Israël, en évoquant « le droit d’Israël à se défendre ».

(…) Nous assistons à cette vaste opération de nettoyage ethnique génocidaire, sans qu’aucun dirigeant politique occidental n’appelle à un cessez-le-feu, et encore moins à l’arrêt total du carnage. La plupart des membres de ma famille ont été assassinés dans les camps de la mort nazis en Pologne, principalement à Auschwitz et Treblinka, sans que personne ne fasse grand-chose pour y mettre un terme. Mais cela s’est fait dans le plus grand secret et sans que personne ne puisse intervenir. Le génocide actuel est public et nous sommes tous des spectateurs hypnotisés, des témoins involontaires et affligés de la criminalité de l’Occident et de sa mainmise sur la politique internationale (…). 

Frappes sur Gaza : « Vous n’aurez pas le silence des juifs de France »

Le site de Libération (31 octobre) publie l’appel d’un collectif de 85 personnalités juives1Premiers signataires : Michael Löwy, sociologue ; Ariella Aïsha Azoulay, professeur de culture, médias modernes et littérature comparée ; Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue ; Tal Madesta, journaliste et auteur ; Yael Lerer, éditrice et traductrice ; Rony Brauman, médecin, ancien président de Médecins sans frontières (MSF) ; Albert Levy, juriste ; Simon Bitton, cinéaste ; Tal Dor, sociologue Cens /Legs ; Gérard Haddad, psychanalyste et essayiste ; Marie-José Mondzain, philosophe ; Alice Pfeiffer, journaliste et autrice ; Eyal Sivan, réalisateur..

« Suite aux attaques du 7 octobre, faisant 1 400 morts israéliens et au moins 4 600 blessés, Israël a imposé un siège total de la bande de Gaza, une forme de punition collective contraire au droit international » , dénoncent les signataires. « En affirmant de manière inconditionnelle le droit d’Israël à se défendre, et en votant contre une résolution de l’Onu appelant à un cessez-le-feu, le gouvernement français se fait complice d’un nettoyage ethnique à Gaza » , insistent-ils, réclamant « l’arrêt immédiat des bombardements israéliens et le retrait des forces armées israéliennes de Gaza ; la levée du blocus et du siège de Gaza ; des négociations pour la libération des otages et des prisonniers politiques ; des sanctions internationales contre l’Etat israélien ».