« Gaza, Gaza, Clichy est avec toi »

A Clichy-sous-Bois (93), le 25 novembre, à l’appel du député LFI Jérôme Legavre, militant POI, et des militants LFI de sa circonscription, 200 personnes se sont réunies en réunion publique « Cessez-le-feu et levée du blocus de Gaza »

Devant la mairie de Clichy-sous-Bois (93) pour le cessez-le-feu en Palestine (Photo correspondant).
Par la rédaction d'IO
Publié le 30 novembre 2023
Temps de lecture : 6 minutes

Juste avantla réunion publique, et sur proposition d’habitants de la ville qui avaient sollicité le député après avoir pris connaissance de l’initiative, près de trois cents personnes se sont rassemblées devant la mairie de Clichy-sous-Bois. Un rassemblement avec de nombreux jeunes impulsant les mots d’ordre repris par l’assistance : « Cessez-le-feu ! Cessez-le feu ! » ou encore « Gaza, Gaza, Clichy est avec toi ! ». Le maire de la ville, Olivier Klein, ancien ministre de la Ville de Macron, était présent et a lu une déclaration de sa majorité municipale affirmant la nécessité du cessez-le-feu.

Voici des extraits de l’introduction de Jérôme Legavre lors de la réunion publique, et des extraits de la discussion qui a suivi.

Jérôme Legavre : Au moment où on parle, il y a près de 15 000 morts à Gaza sur ces 15 000 morts il y a près de 7 000 enfants (…). Les images qui nous parviennent de Gaza rappellent Dresde rasé par les bombardements en 1945. Le nord de la bande de Gaza est qualifié aujourd’hui de zone inhabitable pour des années. C’est l’Onu qui, à propos de ce qui se passe, parle d’épuration ethnique.

Depuis le début, le mouvement auquel j’appartiens, La France insoumise, exige le cessez-le-feu immédiat. Alors, vous l’avez vu, ça nous a valu des attaques incessantes (…). On a été accusés d’être des antisémites, on a été accusés d’apologie du terrorisme. Des accusations à la fois grotesques et honteuses, dans un seul objectif : tenter de nous faire taire. Quel que soit le déchaînement, nous allons continuer à marteler cette exigence : cessez-le-feu immédiat, total et définitif (…).

Alors, aujourd’hui, on entend souvent convoquer le droit international. Je comprends parfaitement qu’on y fasse référence. Mais, pour être tout à fait franc, je ne sais pas très bien quelle réalité ça recoupe. Je me rappelle la première guerre du Golfe déclenchée au nom du droit international. Je me rappelle 2003, l’invasion de l’Irak. Je me rappelle très bien Colin Powell (…) à l’Assemblée de l’Onu brandissant une fiole en disant : « Nous avons la preuve que Saddam Hussein détient des armes de destruction massive. » Au compte de quoi ils ont déchaîné la barbarie sur Bagdad et sur l’Irak avec les conséquences qu’on sait. Et on sait aujourd’hui (…) que, tout ça, ce n’étaient que des mensonges. Alors forcément, je suis un peu méfiant.

On invoque aussi la solution des deux États. Sur ce point, je rappelle que c’est en 1993 qu’ont été signés les accords d’Oslo. À l’époque, je ne pouvais m’empêcher de me dire : ça ne va pas marcher cette histoire parce qu’il y aura un État qui va continuer de reposer sur l’expropriation de tout un peuple ; et le sort qui sera réservé aux Palestiniens, ce sera toujours de vivre dans des ghettos, des prisons à ciel ouvert.

Bien sûr, je ne prétends surtout pas détenir la vérité, mais je sais une chose : c’est qu’il ne peut y avoir de solution pour les peuples, et j’insiste, pour les peuples des deux côtés, sur la base de l’expropriation de tout un peuple et de la négation de son droit à la liberté, à la souveraineté et à la terre.

(…) Depuis hier, une trêve a été décidée. Une trêve extrêmement fragile après des semaines de bombardements ininterrompus. Alors que Netanyahou continue de dire : nous allons poursuivre la guerre, nous disons : pour que tous les otages retrouvent leurs familles, pour que les Palestiniens retournent chez eux : cessez-le-feu immédiat, total et définitif ; arrêt total et définitif des bombardements, arrêt du massacre, maintenant, tout de suite (…).

« Multiplier et élargir les rassemblements »

Je voudrais conclure par une chose, et le nombre qu’on est dans cette salle aujourd’hui est déjà un signe extrêmement positif, c’est de lancer un message pour amplifier la mobilisation. Il commence à y avoir dans un certain nombre de secteurs professionnels des rassemblements parfois modestes mais qui contribuent à briser le mur du silence. J’ai vu par exemple à la faculté de Montpellier quelques dizaines de syndicalistes, de professeurs, d’étudiants qui se sont réunis sur les exigences dont je viens de parler. Je sais que dans d’autres secteurs, notamment dans des hôpitaux (je pense à un hôpital à Lyon, l’hôpital du Vinatier), les personnels se sont réunis devant l’hôpital et ont dit : en Palestine, à Gaza, l’armée israélienne, avec d’ailleurs le soutien et la complicité ici même de notre gouvernement, bombarde un hôpital ; nous, nous sommes des personnels de santé, nous sommes des personnels hospitaliers, nous n’acceptons pas la barbarie qui est en train de se dérouler. Je pense que ça, il faut le multiplier absolument partout.

Des rassemblements comme ceux qu’on a faits aujourd’hui, il faut qu’il y en ait d’autres et encore plus importants et encore plus larges et encore plus nombreux. Et ça commence par la marche samedi 2 décembre à Paris et partout en France. Soyons très nombreux pour exiger le cessez-le-feu définitif ! »

Retrouvez l’intégralité de l’intervention sur le compte YouTube de Jérôme Legavre

Entendu dans la discussion (extraits)

« Pas un conflit religieux mais un conflit territorial »

« Je suis conseiller municipal à Montfermeil (ville limitrophe de Clichy-sous-Bois, Ndlr). On n’a pas encore organisé la même chose à Montfermeil mais ça ne saurait tarder. La seconde chose que je voudrais dire, c’est qu’il s’agit vraiment d’un conflit territorial. Un colonisateur, un colonisé. Et certainement pas un conflit religieux. Les médias veulent nous tendre un piège. Il ne faut pas tomber dedans. Ils voudraient nous faire croire qu’il s’agit d’un conflit entre l’islam et le judaïsme. Ça n’a strictement rien à voir. Il y a des Juifs qui soutiennent les Palestiniens et, malheureusement, vous le savez, il y a des États musulmans qui soutiennent Israël. (…) Il ne faut pas tomber dans ce piège de considérer que tous les Juifs français soutiennent Israël et les attaquer en tant que tels, sinon on dessert la cause palestinienne en faisant ça. »

« La réalité, c’est qu’on est en train d’exterminer un peuple »

« On ne va pas faire de hiérarchie dans les atrocités. Il ne faut pas faire cela. Ce qui s’est passé le 7 octobre, on est bien évidemment contre. Notre humanité ne peut pas l’accepter. Mais depuis 75 ans, on peut faire les compteurs… Malheureusement, je ne crois même pas que le rapport en nombre de morts entre les deux soit de l’ordre de 1 % La réalité, c’est qu’on est en train d’exterminer un peuple. On veut effacer la trace de son existence. »

« Comment aider le peuple palestinien ? »

« Ce n’est pas possible… On voit des enfants, des femmes, des vieux qui meurent. Tout le monde (…). Je n’arrive plus… Je ne supporte pas. Mais qu’est-ce qu’on doit faire ? Si on manifeste, si on se révolte… est-ce qu’il y aura des conséquences, est-ce que ça va aboutir à quelque chose ? Est-ce qu’on pourra aider le peuple palestinien ? Parce que c’est incohérent (…). Ce n’est pas possible, on ne peut pas continuer comme ça. Il faut faire quelque chose. »

« L’État sioniste n’est pas un État juif mais un État colonialiste »

« Je voudrais insister sur une chose : l’État sioniste n’est pas un État juif. C’est un État colonialiste. Rony Brauman, que Jérôme a cité tout à l’heure, a dit quelque chose de très important. Il a dit : “En tant que Juifs, Israël nous met en danger car il développe la haine dans tous les pays.” Moi, je ne réagis pas en tant que Juif, je réagis en tant qu’être humain. Ce qui se passe est inadmissible. Et il y a plein de Juifs, par exemple l’Union juive française pour la paix, qui sont contre et qui manifestent. À Londres, à New York, il y a des rabbins qui manifestent contre l’État d’Israël. Ils disent : “Ce n’est pas un État juif, ce n’est pas un État religieux, c’est un État sioniste, c’est un État impérialiste, c’est un État colonialiste.” Et ne croyez pas que c’est l’État d’Israël qui manipule les États-Unis. Ce sont les États-Unis qui se servent d’Israël pour opprimer les peuples du Moyen-Orient. Biden disait en 1994 que les milliards qui sont investis en Israël ne sont rien à côté que ce que ça rapporte. Israël est un État artificiel créé en 1947, non seulement par les États-Unis mais également par l’URSS qui se sont partagé le monde, et on a utilisé la souffrance réelle d’un peuple pour opprimer un autre peuple.

Ma mère était juive polonaise. Sa famille a été exterminée dans les camps. Quand j’avais 14 ans, après une manifestation en soutien aux Palestiniens, j’ai demandé à ma mère : “Qu’est-ce que tu penses de ce qu’il se passe ? Elle m’a répondu : “Je ne veux pas que l’on fasse aux Arabes ce qu’on nous a fait à nous.” »

« Expliquer à nos enfants ce qui se passe »

« Je suis tout à fait d’accord avec ce que vient de dire ce monsieur. Hier, on a vu sur TV5 Monde un rabbin en Cisjordanie qui est allé aider les Palestiniens attaqués par les colons. Donc c’est très important de faire la différence entre les sionistes, Netanyahou et sa clique, et les Juifs qui bien des fois défendent les Palestiniens. Deuxième chose que je veux absolument dire, c’est aux parents qui ont des jeunes enfants : il faut bien leur expliquer ce qui se passe. Parce que des fois, avec la colère, on peut dire tout et n’importe quoi. C’est très important de leur expliquer l’histoire en Palestine, exactement comme cela a été expliqué aujourd’hui. »