Ils s’accordent sur une loi « la plus régressive depuis au moins 40 ans »
Marine Le Pen s'est réjouie « d’une victoire idéologique du Rassemblement national » en votant le projet de loi immigration du gouvernement. Macron, minoritaire, est prêt à tous les coups bas et à s’allier avec la pire réaction pour gouverner contre la population.
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A l’heure où nous bouclons ce numéro (mardi 19 décembre à 22 heures), le gouvernement se prépare à faire voter le projet de loi immigration, qualifié de « projet de loi le plus régressif depuis au moins quarante ans pour les droits et conditions de vie des personnes étrangères, y compris celles présentes depuis longtemps en France » par la CGT, Solidaires, la Ligue des droits de l’homme et une quarantaine d’associations d’aides aux migrants dans un communiqué commun du 19 décembre.
Le Sénat l’a voté ce mardi 19 décembre. Il devrait en être de même à l’Assemblée nationale.
Quel que soit le détail du vote, la macronie est fracturée comme jamais. La crise politique est majeure. Les ministres Aurélien Rousseau, Sylvie Retailleau, Patrice Vergriet « sont allés voir Elisabeth Borne et ont mis leur démission dans la balance », a indiqué à l’AFP une source ministérielle. Trois autres doivent se réunir avec eux dans la soirée. Les Jeunes avec Macron (Jam) ont appelé les parlementaires à ne pas soutenir le projet de loi.
Le président du Modem, Jean-Paul Matteï, annonce dans un premier temps que son groupe votera contre la loi immigration… pour finalement annoncer l’abstention. Le groupe Liot demande au gouvernement de retirer le projet de loi.
Les confédérations syndicales CGT, FO et CFDT mais aussi Solidaires et la FSU demandent le retrait du projet de loi comme des dizaines d’associations.
Une semaine plus tôt, lundi 11 décembre, l’Assemblée nationale rejetait majoritairement le projet de loi immigration. Macron et Borne ont décidé de passer outre. Malgré le lourd revers parlementaire subi avec la motion de rejet, Elisabeth Borne a annoncé mardi 12 décembre la convocation d’une commission mixte paritaire (CMP), énième déclinaison des institutions antidémocratiques de la Ve République.
« Une victoire idéologique du RN » (Marine Le Pen)
Cela s’est surtout joué dans la « commission mixte parallèle ». En effet, depuis une semaine, il y a eu des tractations pour trouver une majorité et aboutir à une loi conforme au programme du Rassemblement national, celui qu’il porte depuis des décennies avec le Front national avant lui.
Marine Le Pen a salué « une loi de durcissement des conditions de l’immigration » et s’est réjouie « d’une avancée idéologique, d’une victoire même idéologique du Rassemblement national ».
En effet, il est inscrit dans cette loi la « priorité nationale, c’est-à-dire l’avantage donné aux Français par rapport aux étrangers présents sur notre territoire dans l’accès à un certain nombre de prestations sociales qui sont aujourd’hui soumises pour les étrangers à des conditions pas assez sévères à notre goût », précise Marine Le Pen.
Elisabeth Borne ose déclarer mardi 19 décembre à l’Assemblée nationale que « c’est la Nupes qui fait en permanence des appels du pied au Rassemblement national. » Plusieurs ministres et députés de la macronie reprochent, toute honte bue, à la Nupes d’avoir voté la motion de rejet ayant ouvert la voie à une version très durcie du texte. Le Rassemblement national contre lequel Macron appelait à faire barrage lors du second tour de l’élection présidentielle. Tout le monde se souvient de ce tweet publié le soir de son élection : « A celles et ceux qui ont voté pour moi, non pour soutenir mes idées mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite, votre vote m’oblige. »
Après le vingt-troisième « 49.3 »
Comme si ce n’était pas Macron le responsable du maintien de ce texte malgré la motion de rejet. Dans n’importe quelle démocratie, ce texte aurait déjà été retiré. Mais pas dans la Ve République dont les arcanes permettent tous les passages en force. Elisabeth Borne ne le sait que trop, elle qui a osé déclencher le 23e recours au 49.3 quelques minutes après l’annonce de l’accord trouvé sur le texte immigration, pour l’adoption définitive du budget 2024, un budget de guerre contre les travailleurs et les jeunes de ce pays.
Les défenseurs du texte, de Darmanin à Ciotti en passant par Le Pen, répètent en boucle que les Français veulent ce texte. Mais chacun sait que ce que veulent les travailleurs et les jeunes de ce pays, ce sont des choses simples, auxquelles se refusent tous ceux qui sont au pouvoir et se sont refusés tous ceux qui y étaient, à leur place, depuis des décennies, à commencer par l’augmentation des salaires.
Ce sont les mêmes qui votaient contre l’augmentation du Smic en juillet 2022.
Les mêmes qui défilaient déjà à Paris le 12 novembre en se parant fallacieusement du drapeau de la lutte contre l’antisémitisme pour in fine constituer l’arc républicain de soutien à Macron et au gouvernement de Benjamin Netanyahou qui massacre les civils palestiniens depuis le 7 octobre.
Ce sont les mêmes qui mènent une offensive politique déchaînée et débridée contre La France insoumise, force politique de rupture qui n’a pas mis un doigt dans l’engrenage de l’arc républicain derrière Macron.
Ce sont ceux qui ont décidé de sanctionner les immigrés en les rendant responsables d’une situation créée par les gouvernements successifs et leurs soutiens à l’Assemblée. Ceux qui depuis des décennies pratiquent une politique anti-ouvrière, antisociale. Le racisme et la xénophobie ont toujours servi à ça.
Retrait !
« Au moment où dans la 7e puissance du monde, les gens ont faim, les gens ne savent pas comment boucler leur fin de mois, les gens ne savent pas comment payer leur loyer, nous devons faire autre chose que de faire régresser les droits de toutes et tous. Lorsque l’on s’en prend aux droits des derniers arrivés, c’est le laboratoire du pire pour les droits de toutes celles et ceux qui vivent dans ce pays. Nous nous opposerons fermement à ce texte », a déclaré Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire de La France insoumise à l’Assemblée nationale, le 19 décembre.
Le président Macron, minoritaire, est prêt à tous les coups bas et à s’allier avec la pire réaction pour gouverner contre la population. Macron et Borne, minoritaires dans le pays et à l’Assemblée, se maintiennent grâce aux institutions de la Ve République qui permettent 49.3, coups de force et atteintes aux libertés. Ces institutions ne peuvent déboucher que sur le pire.
Le rétablissement de la démocratie commence par la défense des droits sociaux et des libertés du plus grand nombre, et le rejet du racisme.
Aujourd’hui comme demain, retrait de la loi immigration Macron-Ciotti-Le Pen !
Parmi les mesures de cette loi antisociale et xénophobe– Pour les étrangers, il faudra avoir résidé au moins cinq ans en France pour percevoir allocations familiales et aides au logement. C’est le principe de la « préférence nationale » emprunté à Marine Le Pen. La défenseure des droits, Claire Hédon, s’en « alarme ». – Instauration d’une condition de « respect des principes de la République » (définis par le gouvernement) pour obtenir un titre de séjour. – Instauration de « quotas » annuels d’étrangers admis sur le territoire. – Durcissement des conditions du regroupement familial. – Fin de l’inconditionnalité de l’hébergement d’urgence. Le 115 devra contrôler les papiers des personnes SDF avant de les mettre à l’abri. – Pouvoir discrétionnaire laissé aux préfets de régularisation des travailleurs sans papiers dans les métiers dits « en tension ». – Fin de l’obtention automatique de la nationalité française pour les enfants nés en France de parents étrangers. – Engagement de la Première ministre à remettre en cause l’aide médicale d’Etat (AME) dans un texte présenté au début de l’an prochain. Nous y reviendrons. |
