Rassemblement devant l’Assemblée nationale contre la loi de programmation militaire

Environ 200 militants syndicaux CGT et FO se sont rassemblés près de l’Assemblée nationale à l’appel de la Fédération CGT Santé le 4 mai, jour où débutaient les discussions sur le projet de texte qui doit actualiser la loi de programmation militaire 2024-2030.

Lors du rassemblement à proximité de l’Assemblée nationale, le 4 mai 2026.
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Publié le 6 mai 2026
Temps de lecture : 6 minutes

Environ 200 militants syndicaux CGT et FO se sont rassemblés près de l’Assemblée nationale à l’appel de la Fédération CGT Santé le 4 mai, jour où débutaient les discussions sur le projet de texte qui doit actualiser la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030. Qui prévoit une hausse de 36 milliards d’euros s’ajoutant aux 413 milliards d’euros initialement prévus au budget.

Étaient également présents, des conseillers municipaux LFI de Paris, Damien Girard, député écologiste, ainsi que les députés LFI Thomas Portes, Arnaud Saint-Martin, et Aurélien Saintoul qui, dans son intervention, a indiqué que son groupe voterait contre cette actualisation de la LPM. En revanche, on s’interroge sur l’absence des confédérations syndicales à ce rassemblement où bon nombre de fédérations et d’unions départementales ont défilé au micro pour condamner la marche à la guerre, rappeler les revendications.

 

« Un climat d’union sacrée au nom de la défense nationale »

  • Natacha Pommet, secrétaire générale de la fédération CGT des Services publics (extraits)

La revue nationale stratégique 2025 revendique une économie qui se prépare à la guerre et un réarmement moral de la nation.

Cette revue nationale stratégique vise également à acculturer près de 10 millions de jeunes de 13 à 25 ans aux enjeux de défense et de sécurité nationale, notamment à travers l’éducation nationale, l’enseignement supérieur, les milieux sportifs et associatifs. Cela s’intègre totalement dans les propos du général Mandon tenus lors du congrès des maires de France, affirmant que l’on devait se préparer à voir mourir nos enfants. Pour le gouvernement, la moralité se juge à la hauteur de l’engagement guerrier.

Cette revue nationale stratégique prévoit de mettre l’économie, les capacités industrielles, les réserves, les jeunes et les collectivités au service de la défense et de la sécurité nationale. Dans ce contexte, tout l’écosystème militaro-industriel est cadré comme stratégique. Par conséquent, il devient prioritaire pour les aides publiques, les fonds européens, les simplifications administratives, les commandes à long terme.

Par exemple, une école de 10 classes, c’est de l’emploi local stable, des axèmes, des enseignants, des agents techniques, de l’investissement de proximité et des effets multiplicateurs sur le quartier. Mais une école de dix classes, c’est le prix de trois missiles à terre, qui sont jugés prioritaires sur la réponse aux besoins sociaux.

(…) Le projet crée un état d’alerte de sécurité nationale permettant des dérogations aux droits communs, y compris sur le temps de travail, la santé-sécurité au travail, certaines procédures de consultation, l’urbanisme ou l’environnement, toujours au nom des besoins de la défense. (…) Cette politique oppose de fait le développement des services publics nécessaires à la population, à la montée d’une économie d’armement soutenue par la puissance publique pour le compte des industriels. Elle tente de nourrir un climat d’union sacrée, dans lequel toute contestation des choix militaires peut être disqualifiée au nom de la nécessaire défense nationale.

(…) Au lieu de préparer la guerre, il s’agirait de préparer la paix, développer et renforcer les services publics, nos salaires, la sécurité sociale, nos caisses de retraite, plutôt que l’escalade militaire et l’exception sécuritaire. C’est pour ça que la fédération CGT des services publics a appelé à ce rassemblement.

Elle réaffirme son opposition à la loi de programmation militaire et elle affirme son engagement à défendre les garanties statutaires. Elle refuse que l’exception sécuritaire devienne un laboratoire de flexibilité et de dérogation imposé pour des dizaines de milliers d’agents, notamment territoriaux.

(…) Elle réaffirme son opposition à l’arbitrage budgétaire.

(…) Elle réaffirme enfin son rejet de l’union sacrée militaro-sécuritaire (…) majorité, services publics, salaires, protection sociale, environnement et démocratie. (…)

 

« L’augmentation des budgets militaires n’apporteront que mort et destruction »

  • Clément Poullet, secrétaire général de la fédération de l’Enseignement FO

Alors que les personnels, les parents, les élus et les jeunes se mobilisent depuis des semaines contre les suppressions d’heures et les fermetures de classes, le ministre de l’Éducation nationale annonce une expérimentation dans 18 départements pour accélérer les fermetures d’écoles d’ici 2030. Pour le gouvernement Macron-Lecornu, la priorité ne va pas à l’école publique, pas plus qu’elle ne va à l’hôpital et aux services publics indispensables à la population.

Le Budget de la défense a doublé en 10 ans. Mais cela ne suffit pas pour Macron et pour le complexe militaro-industriel.

(…) Qu’on ne nous fasse pas croire que les budgets de guerre sont compatibles avec nos revendications ! Le ministère des comptes publics vient d’ailleurs d’écrire que l’augmentation des dépenses nécessite de faire des économies partout ailleurs. (…)

L’histoire nous l’enseigne : l’économie de guerre débouche toujours sur la guerre.

C’est d’ailleurs ce vers quoi Macron nous entraîne, puisque ce projet de loi s’accompagne de mesures visant à développer la militarisation de la société :

– transformation de la journée défense et citoyenneté en « journée de mobilisation », en lien avec le nouveau service militaire de Macron…

– création d’un nouveau régime d’exception avec « l’état d’alerte de sécurité nationale ».

Ne soyons pas naïfs : c’est un basculement ! La critique des choix militaires, budgétaires ou géopolitiques sera présentée comme irresponsable, voire passible, en temps de conflit, de « haute trahison ». On connaît déjà la criminalisation de ceux qui critiquent la politique de l’État génocidaire d’Israël, et le sinistre projet de la députée Yadan.

Comment ne pas s’inquiéter quand les médias, nombre de partis de gouvernement et la présidence de la République communient dans la célébration du grand réarmement et de l’activité militaire ?

La propagande belliciste bat son plein jusque dans les écoles notamment avec la multiplication de partenariats avec l’armée : les classes défense, le projet d’un enseignement à la défense, l’intervention de sergents recruteurs dans les lycées au moment des vœux sur la plateforme Parcoursup (…) . « Vous ne pouvez pas poursuivre vos études à l’université ? Engagez-vous ! », « Vous voulez bénéficier d’avantages pour poursuivre vos études ? Rengagez-vous ! » (…)

Parce que l’augmentation des budgets militaires n’apportera que mort et destruction, parce qu’elle s’oppose frontalement à nos revendications et à la préservation des services publics, nous n’avons pas d’autre choix que de mener campagne et d’organiser la mobilisation, l’action concrète pour empêcher cette folie guerrière dans laquelle Macron veut nous entraîner.

Je voudrais saluer les dockers de Gênes, mais aussi de plusieurs villes d’Europe, qui ont organisé grèves et mobilisations contre l’envoi des armes à Israël. Je voudrais saluer la jeunesse d’Allemagne qui par dizaines de milliers manifeste contre la conscription. Je voudrais saluer la jeunesse en France qui dit à Macron qui n’a cessé de détruire ses conditions de vie et d’études : « Non au service militaire ! Macron, nous ne voulons pas de ta guerre ! Nous n’irons pas ! »

C’est cette même jeunesse qui dans les universités du monde entier, de Sciences Po à Columbia, se mobilise pour dénoncer le génocide en Palestine et ses complices, et exiger la fin des partenariats avec Israël.

Nous devons être à leurs côtés !

Nous devons comme syndicats prendre toutes les initiatives nécessaires, y compris la grève, pour qu’ils n’aillent pas à la guerre, pour empêcher la guerre.

C’est l’objectif que se donnent les dizaines et dizaines de syndicats en Europe qui soutiennent la conférence internationale contre la guerre qui aura lieu le 20 juin à Londres.

Tous ensemble, par la mobilisation, nous pouvons faire reculer les gouvernements fauteurs de guerre et complices du génocide à Gaza !

Retrait de la loi de programmation militaire !

Retrait des budgets de guerre !

De l’argent pour l’école et l’hôpital, pas pour les Rafale !

 

« Rendez-nous cet argent »

  • Joran Jamelot, de l’union syndicale CGT de l’Assistance-publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP)

On a du mal à se représenter ce que représentent 8,5 milliards d’euros, parce que c’est très abstrait pour nous petits salariés qui gagnons 1 500, 2 000 euros par mois.

8,5 milliards et demi d’euros, ça correspond au budget de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), c’est-à-dire non  seulement les salaires de 20 000 médecins, 80 000 agents paramédicaux, ouvriers, services techniques, administratifs de l’assistance publique… Bref, le budget de fonctionnement des 37 hôpitaux de l’AP-HP au service de l’ensemble de la population parisienne pour la santé.

Et c’est cette masse financière là que l’Assemblée Nationale va créditer en plus sur le budget militaire, pour faire quoi ? Pour acheter (…) ces engins de guerre et de destruction qui ne sont pas amenés à être rangés dans des arsenaux, mais qui sont amenés à être utilisés et même à être utilisés très rapidement sur ce qu’ils appellent le théâtre des opérations.

(…)  C’est inacceptable et nous sommes en train de le payer très concrètement tous les jours par les efforts qu’on nous demande de faire dans les services publics, au niveau des salaires, sur l’inflation des prix. Ces 8,5 milliards d’euros, ils vont manquer pour nos écoles, pour nos hôpitaux, pour nos routes, pour nos services publics territoriaux.

(…)  Il va falloir qu’on monte le rapport de force de manière beaucoup plus importante pour que les salariés de ce pays disent non à la guerre. On refuse de participer à l’effort de guerre : pas un soldat français hors de France pas un euro de plus pour la guerre !

Rendez-nous cet argent, rendez-nous les 480 milliards que vous programmez sur la loi de programmation militaire. (…)  Cet argent il doit revenir aux travailleurs qui produisent toutes les richesses de ce pays. (…)

 

« Il nous aura manqué 15 voix pour les bloquer »

  • Soizic Lizion, de la fédération CGT Santé

La guerre sociale est déjà là par l’asphyxie des services publics, de l’école, de l’hôpital, du social et du médico-social. (…)

Le gouvernement annonce 2 milliards d’économies sur le budget de la Sécurité sociale au moment où de nombreux hôpitaux prévoient déjà des mesures d’économie, des plans de retour à l’équilibre avec suppression de postes, fermetures de lits, de services temporaires ou définitifs. Le gouvernement a lancé une réflexion sur la fermeture des maternités, faisant moins de 1 300 accouchements par an. Mais cela ne suffira pas.

Le 16 décembre 2025, nous sommes venus à l’Assemblée nationale pour dire aux députés de voter contre le PLFSS 2026 et ses 4 milliards d’euros d’économies supplémentaires. Il aura manqué 15 voix pour le bloquer.