L’emploi industriel sauvé par les canons ? Arnaque, fraude et supercherie
Dans le monde syndical et politique, certains se plaisent à dire : il faut des hôpitaux ET aussi des Rafale. (…) Il faudrait augmenter les budgets militaires, sans toucher aux budgets sociaux et aux services publics. Qui peut encore croire cette fable ?
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« La course à l’armement s’accélère », écrit Le Figaro : « 2 887 milliards de dollars ont été dépensés dans le monde en 2025. » Si le monde se réarme, ce n’est pas à cause du « fou » qui siège à la Maison-Blanche, selon une expression que Trump affectionne pour qualifier ses adversaires, et que l’on peut lui retourner sans crainte.
« 25 fois le budget de l’armée française »
La raison est plus profonde, plus fondamentale. Le 24 avril, un bandeau de la chaîne LCI annonce : « 1 500 milliards : le plan pour réarmer le monde. » Ce jour-là, l’invité est Daniel Rudnicki Schlumberger, un des principaux dirigeants de la banque américaine JPMorganChase. Il explique que la banque a décidé de prêter 1 500 milliards sur dix ans pour réarmer le monde, l’équivalent de « 25 fois le budget de l’armée française ». Telle est la position des représentants du capital financier américain. Dans un monde où le capital en crise ne parvient plus à valoriser ses investissements, la machine de guerre et l’industrie d’armement sont un volet d’entraînement pour toute l’économie mondiale. Ceux qui s’en félicitent mesurent-ils bien où cela peut mener ?
Dans le monde syndical et politique, certains se plaisent à dire : il faut des hôpitaux ET aussi des Rafale. Une formule que l’on peut décliner sur tous les tons, et à toutes les sauces, pourvu que l’on soit convaincu du récit qui nous est servi en continu par le gouvernement et ses soutiens, par les journaux aux ordres et par les chaînes de propagande qui s’émeuvent de la violence politique aux États-Unis lorsqu’elle vise Trump, mais pas quand elle vise les Noirs déshérités, quand ils ne se réjouissent pas des assassinats « ciblés », des bombardements et des massacres en Palestine, au Liban et en Iran, qualifiés de « mal nécessaire ».
Conciler missiles et écoles ?
Donc, il faudrait des écoles ET des missiles. Il faudrait augmenter les budgets militaires, sans toucher aux budgets sociaux et aux services publics. Qui peut encore croire cette fable ? Dans une lettre du 20 avril, le ministère de l’Action et des Comptes publics écrit : « La préparation du projet de loi de finances pour 2027 s’inscrit dans un contexte particulier, dans lequel l’effort engagé depuis plusieurs années en faveur de la défense a vocation à être poursuivi et amplifié sur les années à venir. La conciliation de cette priorité avec la nécessaire maîtrise des comptes publics impose des choix : les budgets ministériels hors mission “défense” devront globalement être en diminution, en valeur, par rapport à la loi de finances initiale pour 2026. » On ne peut être plus clair.
Même le général américain, ancien chef des forces alliées en Europe au moment du débarquement en Normandie en 1944, et ancien président des États-Unis Dwight D. Eisenhower le reconnaissait, dans un discours prononcé le 16 avril 1953 : « Chaque arme fabriquée, chaque navire de guerre lancé, chaque fusée tirée signifie, au sens ultime, un vol commis contre ceux qui ont faim et ne sont pas nourris, contre ceux qui ont froid et ne sont pas vêtus. » Mais certains regardent ailleurs et préfèrent se rassurer en se disant que l’armée et l’industrie militaire vont sauver les emplois détruits dans l’industrie et l’économie productive.
À l’évidence, la paix sera au cœur des discours du 1er Mai. Sous l’apparence des déclarations grandiloquentes des dirigeants des principales organisations syndicales, les mêmes continueront de se féliciter d’avoir « sauvé » les fonderies de Bretagne en passant de la production de carters à la production d’obus.
Plans de licenciements dans l’industrie
Le papetier Fibre Excellence vient d’être placé en redressement judiciaire. Que vont devenir les 670 emplois menacés et les 10 000 emplois induits ? Que vont devenir les 750 salariés de Brandt, placée en liquidation judiciaire ? Les 1 254 salariés des usines Michelin de Cholet et Vannes ? Les 300 employés de Bosch à Moulins-Yzeure et à Vénissieux ? La générale nommée à France Travail, va-t-elle les mener, de force ou par défaut, vers l’armée et le complexe militaro-industriel, aux côtés de leurs enfants embrigadés par la politique de Macron/ Lecornu et de leur ministre de l’Éducation ? Trouvera-t-on des gens pour s’en féliciter au motif que, dans la période actuelle, ce serait un moindre mal, ou qu’on ne pourrait pas faire autrement ?
N’avons-nous pas besoin de maintenir ces emplois et de créer des milliers de postes dans nos hôpitaux et nos écoles, dans nos services publics et dans notre industrie pour répondre aux besoins vitaux de la population ?
En Allemagne, 350 000 obus par an
De l’autre côté du Rhin, en proie à une crise industrielle profonde, l’Allemagne organise une reconversion massive vers l’industrie d’armement. Rheinmetall vient d’ouvrir l’usine de production d’obus d’artillerie la plus grande d’Europe à Unterlüss, visant 350 000 obus par an d’ici 2027, plus que toute l’industrie américaine de production d’obus d’artillerie. Et il faudrait faire partout la même chose en Europe, y compris en France ? Il ne s’agit plus de préparer les défilés du 14 juillet, mais bien de préparer la guerre.
Seule la classe ouvrière organisée, consciente des dangers qui la guettent, pourra arrêter ce processus, avec l’aide et l’appui des forces politiques de rupture qui, sur le continent et à l’échelle internationale, refusent la guerre.
La paix, un enjeu du mouvement ouvrier
Les travailleurs le savent : il faut défendre les emplois industriels et civils et lutter contre l’effondrement économique dans lequel nous plonge la politique de Macron, sans quoi la guerre est inévitable. Comme le dit le syndicat national britannique des travailleurs du rail et du transport : « La paix est un enjeu du mouvement ouvrier. » Avec les dockers de Gênes en Italie, des militants de l’IG Metall en Allemagne et de nombreux syndicalistes et militants politiques venus de toute l’Europe, nous nous retrouverons le 20 juin à Londres pour participer au meeting international contre la guerre.
Pas pour témoigner. Pour se rassembler et s’organiser, pour combattre nos gouvernements et le capital financier fauteur de guerre, qui ne voient d’autre issue à la crise politique, sociale et économique qu’ils ont eux-mêmes provoquée, qu’une fuite en avant vers la destruction.
Il y a un an, dans son discours du 1er Mai, Hans-Jürgen Urban, membre de la direction du puissant syndicat industriel allemand IG Metall, déclarait : « Croit-on vraiment qu’une nouvelle course aux armements puisse garantir la paix mondiale au XXIe siècle ? Je dis : non! » On ne saurait mieux dire.
