Teknival antimilitariste dans le Cher

Lors du week-end du 1er au 3 mai, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dans le Cher, près de Bourges, pour participer à une rave party sur un terrain appartenant à l’armée et habituellement utilisé pour des essais de tirs.

Jusqu’à 40 000 personnes se sont réunies sur un site militaire à Cornusse, près de Bourges, pour un teknival, le week-end du 1er au 3 mai. (AFP)
Par Mathias Teulé
Publié le 6 mai 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Lors du week-end du 1er au 3 mai, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dans le Cher, près de Bourges, pour participer à une rave party  sur un terrain appartenant à l’armée et habituellement utilisé pour des essais de tirs.

Dans un communiqué, les organisateurs expliquent : « Le champ de tir, laboratoire mortifère ainsi que base d’expérimentations d’armes de tous types pour le compte de l’armée française et d’opérateurs privés avides d’argent aux dépens de vies humaines, est réquisitionné pour un teknival où seront célébrées la joie et l’entraide. » Pas étonnant, dès lors, que le ministre de l’Intérieur ait pris la mouche face à ces milliers de jeunes venus malgré le déploiement d’un « important dispositif (…) : barrages sur les axes routiers, présence sur place de 600 gendarmes, survols réguliers en hélicoptère… » (Le Figaro, 4 mai). Il n’en fallait pas plus pour que les chaînes d’information en continu se déchaînent contre les participants, comme chaque année.

On se souvient notamment de la rave de Lieuron en pleine période de COVID, présentée comme un scandale national. Pourtant, comme le rappelaient certains observateurs, « il s’agissait d’une fête en forme de protestation. Les besoins de la jeunesse n’avaient pas été pris en considération pendant la période de crise sanitaire et de confinement1Ben Lagren, de la coordination nationale des  sound systems, à Ouest-France. ».  À l’époque déjà, des responsables politiques réclamaient des peines délirantes contre les organisateurs.

Dans la même logique répressive, l’Assemblée nationale a récemment adopté une loi visant à renforcer la criminalisation des free party  et des rassemblements festifs non autorisés2Le 9 avril 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture un texte prévoyant un arsenal de mesures pour réprimer les free party. Cette proposition de loi du groupe Horizons, présentée par Laetitia Saint-Paul, a été soutenue par le gouvernement, la droite et le Rassemblement national., facilitant les sanctions administratives, les amendes et la saisie du matériel, au nom du maintien de l’ordre. Une orientation législative qui s’inscrit dans une volonté de contrôle accru des espaces de fête autonomes.

La réalité est pourtant bien loin de la caricature médiatique. Un habitant d’une commune limitrophe explique au micro de BFMTV : « Faut bien qu’ils s’amusent. Il n’y a pas de souci. (…)  Il n’y a pas de débordement. » Loin de l’image de « drogués irresponsables » martelée en boucle.

Une dimension politique assumée

Au-delà de la fête, les  free party  portent aussi une dimension politique assumée : elles cherchent à s’extraire des logiques marchandes qui dominent les loisirs traditionnels, où tout est payant, normé et contrôlé. Ici, pas de sponsors ni de profits, mais de l’autogestion, de la solidarité et une culture alternative qui s’oppose frontalement à un pouvoir toujours plus autoritaire.

Et si un tel acharnement existe, c’est peut-être parce que ces rassemblements dérangent. Laurent Nunez lui-même évoque une « provocation », notamment en raison de la proximité avec sa ville d’origine, mais aussi du caractère antimilitariste du lieu : « On vient sur le polygone3Site militaire près de Bourges. parce que l’on est contre la guerre  (…),  il y a une revendication antimilitaire. »  Une jeunesse qui refuse la guerre et l’ordre établi devient alors une cible du gouvernement autoritaire : double amende pour les participants (fête non déclarée et intrusion sur terrain militaire), poursuites judiciaires contre les organisateurs, saisie du matériel. Une fuite en avant répressive qui en dit long sur les priorités du pouvoir.

Comme l’a dénoncé Mathilde Panot, députée de la France insoumise sur X : « Il est aberrant que la priorité actuelle des macronistes soit de mettre des DJ en prison. Qu’on laisse la jeunesse de ce pays tranquille. »

La jeunesse est contre la guerre. Guerre à la guerre.