Acte II de la réforme du marché du travail : que prévoit Macron ?

Ce qui se dessine pourrait être d’une rare brutalité : nouveau durcissement des règles de l’assurance chômage, fin définitive de l’extension automatique des accords de branche à toutes les entreprises d’une branche donnée, et un montant du Smic variant d’une branche à l’autre.

Macron au forum économique de Davos, le 17 janvier. (AFP)
Par Yacine Hadjhamou
Publié le 27 janvier 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Lors de son intervention au forum de Davos, le 17 janvier dernier, Macron a annoncé : « Nous allons ouvrir un deuxième temps sur la réforme de notre marché du travail en durcissant les règles de l’assurance chômage, en ayant plus de simplicité sur les embauches », confirmant ainsi les propos de l’Elysée sur cette question depuis plusieurs semaines. Le magazine Challenges du 18 janvier en dit un peu plus, en faisant référence aux propos des conseillers de l’Elysée.

Les chômeurs de plus de 55 ans plongés dans la misère

Pour les règles de l’assurance chômage, l’objectif serait d’aligner la durée d’indemnisation des travailleurs de plus de 55 ans, qui est actuellement de 27 mois, sur celle de ceux de moins de 55 ans, qui, elle, n’est que de 18 mois. C’est la mesure que soutient ouvertement le ministre Bruno Le Maire depuis plusieurs semaines. Le tout au nom du fait que le taux d’emploi des 55-64 ans est de 57 %, contre 82 % pour les 25-49 ans.

Le postulat étant que projeter dans la misère — car c’est de cela qu’il s’agit — des centaines de milliers de chômeurs de plus de 55 ans les « obligera » à accepter n’importe quel emploi. En les faisant basculer dans le RSA, et en combinant cela avec le fait que les allocataires du RSA seront obligés à partir du 1er janvier 2025 de justifier 15 heures d’activité par semaine pour continuer à en bénéficier, on espère en haut lieu écraser un peu plus les millions de « travailleurs pauvres » que produit jour après jour le système.

La brutalité de la mesure avait freiné jusqu’ici les ardeurs du ministre
Le Maire. Manifestement, ces « scrupules » ont disparu.

La fin de l’extension automatique des accords de branche

S’agissant des simplifications à l’embauche, la nouvelle ministre du Travail et de la Santé, Catherine Vautrin, semble lever un coin du voile. Elle déclare, dans son interview à la presse régionale, le 21 janvier, que « le président de la République souhaite que nous travaillions sur le renforcement du dialogue social à l’intérieur de l’entreprise ». Ce qui confirme les propos prêtés aux conseillers de l’Elysée par Challenges : ce qui serait proposé, ce serait la fin de l’extension automatique des accords conclus dans les branches professionnelles à toutes les entreprises de la branche concernée (qu’il s’agisse de la boulangerie-pâtisserie ou de la métallurgie) et, dans la même veine, que les règles de revalorisation du Smic soient revues pour les confier à la négociation par branche (son niveau pourrait donc varier d’une branche à l’autre). Là aussi, c’est tout à fait cohérent avec les propos « jésuitiques » de Macron sur le fait qu’il souhaite une revalorisation des salaires minimum des branches.

Une mise à bas du Smic

Un rappel : ce qui s’appelait alors le Smig a été créé en 1950, avec la grande loi rétablissant la liberté de la négociation collective en France, afin d’éviter que, dans les branches professionnelles où les syndicats étaient absents, les salaires négociés soient minimes (rappelons que les salaires étaient bloqués depuis 1939, 11 ans !).

Le Smig était indexé sur l’inflation. Dans la foulée de la grève générale de mai et juin 1968, le patronat, terrorisé, a concédé une augmentation de 35 % du Smig (alors qu’il avait refusé trois mois auparavant une augmentation de 3 % !). Voyant le patronat céder aussi facilement, Pompidou, alors Premier ministre, se tourna vers ses conseillers et leur dit : « Ils sont fous !  ». Est donc ensuite créé le Smic (1970), avec une indexation sur l’inflation (dès qu’elle atteint 2 %, le Smic est automatiquement revalorisé) et sur le salaire moyen qui alors progressait plus vite que l’inflation.

Le tournant de la rigueur de 1982 (blocage des salaires) a abouti à un tassement, qui n’a cessé de s’accentuer, du salaire moyen, d’où la « smicardisation » des salaires.

Selon l’étude la plus récente, 39 branches professionnelles ont des salaires minima inférieurs au Smic. En janvier 2023, près de 18 % des salariés du privé et près de 20 % des salariés de la Fonction publique étaient payés au Smic. En combinaison avec les effets dévastateurs du temps partiel et de la précarité, on aboutit l’augmentation incessante du taux de pauvreté.

En renvoyant la revalorisation du Smic aux branches professionnelles (tout en assurant qu’on sera attentif à ce qu’elle « valorise » les minima), on ferait sauter les derniers verrous.

Jusqu’où Macron ira-t-il ?

Au nom du « dialogue social en entreprise », le projet serait, on l’a vu, d’effectuer un nouveau détricotage des accords de branche, car toujours selon les conseillers de l’Elysée cités par Challenges, l’application automatique des accords de branche pénaliserait les petites entreprises. Alors, ce serait : malheur aux « grands dirigeants » qui s’étaient vantés en 2017 d’avoir sauvegardé la branche comme pivot central de la négociation collective !

Jusqu’où le gouvernement ira-t-il ? Difficile à dire. Le Premier ministre Attal se targue de vouloir élaborer son discours de politique générale « avec les forces syndicales ». Mais tous les salariés et leurs représentants savent que le « dialogue social » a été une formidable machine à camoufler les grandes régressions et les petits renoncements.

La question de l’inflation, et des salaires et des revenus qui ne suivent pas, est devenue tellement brûlante — l’actualité le rappelle chaque jour — que le sujet est hautement inflammable. A suivre.