« Ayons le courage des mots. On parlera du ghetto de Rafah »
Raphaël Pitti, ancien médecin militaire et aujourd’hui médecin humanitaire témoigne sur France 5, le 3 mars.
- Actualité internationale, Guerre, Palestine

« Vous obligez [les habitants] à être confiné dans une zone extrêmement réduite, qui est la ville de Rafah. Vous empêchez la nourriture de rentrer, vous leur coupez l’eau potable, vous coupez l’électricité, vous coupez tout ravitaillement sanitaire alors qu’elle a besoin de santé primaire, elle ne peut pas se soigner. Toutes les évacuations sont bouchées, les poubelles ne sont pas ramassées faute d’essence.
Ils vivent en permanence à la recherche de nourriture et ils sont bombardés jour et nuit. Ils n’ont pas la possibilité d’aller chercher les morts qui sont sous les gravats.
Comment voulez-vous appeler ça ? Ayons le courage des mots. On parlera du ghetto de Rafah, n’ayons pas peur des mots. (…)
On a parlé des 30 000 morts qui sont des morts directes (…) mais on oublie de parler de toutes les pathologies chroniques qui ne sont pas traitées. (…)
Je vais vous donner un exemple, nous avons reçu une jeune femme de vingt-quatre ans enceinte de sept mois qui est diabétique depuis l’âge de douze ans. Elle n’a pas assez d’insuline (…) elle fait une complication, le bébé meurt, la femme meurt le lendemain parce que le laboratoire n’avait pas assez de kit pour faire des bilans toutes les heures. Est-ce qu’on a comptabilisé toutes ces pathologies chroniques (dont la population) meurt faute de soins ? Non. Alors on n’est pas à 30 000, on est bien plus au-delà et on a dépassé ces 30 000.
Nous demandons le cessez-le-feu immédiat, nous demandons de laisser toutes les ONG rentrer pour nous laisser faire notre travail.
Vous avez cette population désœuvrée qui marche. Il y en a un qui a tenté de voler à l’arraché. Voler dans cette situation c’est voler à tous. [La foule] a voulu le lyncher. Il a commencé à courir, poursuivi par cette foule. Il a voulu rentrer dans l’hôpital européen pour tenter de se réfugier. La garde a tiré une salve de fusil-mitrailleur en hauteur pour calmer la foule.
Il y a une situation dont on ne sait pas ce que cette population va devenir. On ne sait pas du tout si elle ne va pas se mettre à attaquer de tous les côtés. On est dans une situation d’émeutes, à la recherche de nourriture. Que va-t-il se passer si on continue ? »
