Connaissez-vous l’appel commun signé par Raquel Garrido avec Cohn-Bendit et Jadot ?

Mercredi 3 avril, un texte de « personnalités » a été publié par le journal Le Monde sous le titre « Adoptons le scrutin proportionnel pour élire les députés, il y va de l’avenir de notre démocratie ».

(Photos AFP)
Par Daniel Shapira
Publié le 20 avril 2024
Temps de lecture : 3 minutes

O n est surpris de découvrir parmi les signataires, Raquel Garrido, élue députée LFI en 2022. Avec elle, sont en effet signataires, Daniel Cohn-Bendit qui fut notamment ami de Macron, Yannick Jadot qui avait été un candidat écologiste à la présidentielle déchaîné contre Jean-Luc Mélenchon. Mais on trouve également bien du beau monde : Cyrielle Chatelain, présidente du groupe des écologistes à l’Assemblée nationale, Maud Gatel, secrétaire générale du Modem, Jérôme Guedj, député PS, Bertrand Pancher, président du groupe Liot à l’Assemblée nationale, Chloé Ridel, porte-parole du PS, Barbara Pompili, qui a la particularité quasi unique d’avoir été membre du gouvernement sous les présidences successives de Hollande et de Macron, sous les Premiers ministres Valls, Cazeneuve puis Castex.

Et que propose ce collectif de signataires ? « Le scrutin proportionnel pour élire les députés ».

Bien sûr, qui pourrait s’opposer à tout pas en avant contre les mécanismes antidémocratiques de la Ve République ? Mais voyons de plus près en quoi consiste cette proposition.

Car il ne s’agit nullement de s’opposer à la Constitution de la Ve République. Les rédacteurs de la tribune précisent en effet : « Certains souhaitent doter le pays d’une nouvelle Constitution. Ce débat est légitime, mais la mise en chantier d’une nouvelle Constitution est un processus par nature complexe. Et ce n’est pas un préalable au changement de mode de scrutin. Celui-ci est parfaitement réalisable, en effet, dans le cadre de la Constitution actuelle : il suffit pour cela d’une simple loi. Cela avait d’ailleurs déjà été fait en 1986, sans empêcher qu’une majorité se dégage. »

Donc c’est clair, la proposition ne vise nullement à s’opposer à la Constitution de la Ve République puisqu’elle propose de maintenir « le cadre de la Constitution actuelle ».

Et nos rédacteurs en viennent même à louer et vanter toute une série de mécanismes propres à la Constitution de la Ve puisqu’ils écrivent : « Le spectre de la IVe République, régulièrement agité, fait fi de l’existence, dans la Constitution de la Ve République, de mécanismes qui empêchent de renverser les gouvernements sans majorité alternative, ou permettent le cas échéant, à des gouvernements de faire adopter des lois même s’ils sont minoritaires. »

Pourquoi ne pas mentionner explicitement « ces mécanismes » dont se félicitent nos rédacteurs ? Car « permettre à des gouvernements de faire adopter des lois même s’ils sont minoritaires » cela porte un nom : l’article 49.3 utilisé vingt-trois fois par Élisabeth Borne en deux ans. Donc si on comprend bien, on nous propose une proportionnelle avec 49.3.

Mais alors, dans quel but cette proposition ? Ils l’écrivent en conclusion : « Elle est indispensable pour faire reculer l’abstention, renforcer la légitimité de nos institutions, développer une culture de rassemblement et de compromis et barrer la route à une extrême droite qui reste minoritaire dans le pays ».

Faire reculer l’abstention ? Comme si elle ne venait pas de la politique des dirigeants qui, une fois élus, foulent aux pieds les aspirations des électeurs comme on l’a notamment vu après le référendum de 2005.

Renforcer la légitimité de nos institutions ? Donc, tenter de sauver la Constitution de la Ve République de plus en plus rejetée après les vingt-trois utilisations du 49.3.

Barrer la route à l’extrême droite ? Certes. Mais pas à Macron et ses successeurs qui ont voté ensemble avec le RN, notamment en décembre dernier, l’infâme loi sur l’immigration ?

Développer une culture de rassemblement et de compromis ? Et voilà ! L’essentiel est lâché. Une culture de rassemblement et de compromis entre qui et qui ? Les représentants des exploiteurs et des exploités ? Les représentants des multinationales du Cac 40 et de ceux qui en subissent les conséquences ?

Que la secrétaire générale du Modem, que Daniel Cohn-Bendit aient, avec beaucoup d’autres, un tel objectif, cela se comprend. C’est dans leur nature. Mais Raquel Garrido ? Que vient-elle faire dans cette liste ? On est loin ici de simples débats sur la démocratie dans LFI dont elle est si friande au plus grand plaisir des médias possédés par le grand capital. Non, là, on est sur le fond.

Que cherche Garrido en signant ce texte, elle qui, naguère, écrivait contre la Ve République et menait campagne pour une VIe République ? Agit-elle en éclaireuse pour d’autres qui attendent leur heure pour se déchaîner contre Jean-Luc Mélenchon et LFI au soir des élections européennes ? L’avenir le dira.